Résumé, synthèse et analyse des Fourmis de Bernard WERBER

 


Préface et mise en contexte

Avant le premier chapitre, Werber propose une introduction scientifique sous forme d’extrait de l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu.
On y trouve un parallèle frappant entre les humains et les fourmis :

Pendant que vous lisez ces lignes, des dizaines d’humains et des centaines de millions de fourmis naissent et meurent sur Terre.
Ce passage pose le ton du roman : relativisme, symétrie des mondes et curiosité scientifique.

 

Chapitre 1 – L’Éveilleur

Ce chapitre marque le début du monde des fourmis.
Le protagoniste n’est pas humain : c’est une fourmi mâle qui s’éveille lentement après une période d’hibernation.
Werber décrit son réveil sensoriel avec un style presque poétique : chaque odeur, vibration et mouvement est perçu comme un signal vital.

Cette fourmi, connue sous le nom de 327e mâle, découvre la fourmilière de Bel-o-kan, un univers d’ordre, de communication et d’instinct.
On comprend que la société des fourmis est parfaitement organisée : tout y a une fonction, de la récolte de nourriture à la défense de la colonie.

Chapitre 2 – L’Héritage et la découverte du 3 rue des Sybarites

Jonathan Wells, jeune serrurier récemment licencié, hérite d’un appartement au 3, rue des Sybarites, à Fontainebleau, légué par son mystérieux oncle Edmond Wells, scientifique et naturaliste excentrique. Lors de la visite, le notaire décrit le lieu comme un immeuble ancien classé monument historique, imprégné d’histoire et de mystère.
Jonathan, bien que légèrement claustrophobe et sujet à la peur du noir, est impressionné par la taille du logement : un sous-sol de 200 mètres carrés, poussiéreux mais plein de potentiel. Ce legs tombe à pic pour lui et sa famille, car ils traversent une période financière difficile.

Lucie, sa femme, perçoit l’appartement comme une page blanche : « C’est comme si on devait transformer une prison en hôtel », dit-elle, pleine d’enthousiasme. Leur fils Nicolas et leur chien Ouarzazate complètent ce tableau familial ordinaire sur le point d’être plongé dans l’extraordinaire.

Jonathan confie à Lucie qu’il connaît peu son oncle. Il se souvient seulement d’un homme doux et joueur, mais qu’il n’a plus revu depuis l’enfance. Ce dernier était biologiste, probablement spécialisé dans les insectes, et semblait observer le monde avec une curiosité presque philosophique.

 

Chapitre 3 – Bel-o-kan, la cité des fourmis

La narration bascule soudainement dans le monde souterrain, à Bel-o-kan, une cité gigantesque peuplée de 18 millions de fourmis. Bernard Werber décrit la société des fourmis avec une précision quasi scientifique : une organisation millimétrée, une économie fondée sur la production de miellat, et des infrastructures souterraines qui rivalisent de complexité avec celles des humains.

Les premières fourmis sortent lentement de leur hibernation, après trois mois d’immobilité. Werber décrit avec lyrisme leur réveil biologique : le sang transparent recommence à circuler, les muscles se réchauffent, les membres s’étirent. Ces passages presque poétiques donnent au lecteur la sensation d’assister à une renaissance primitive.

 

Chapitre 4 – Le réveil du 327e mâle

Parmi les premières à s’éveiller, un mâle reproducteur — le 327e — attire l’attention. Il possède cinq yeux (deux globuleux et trois infrarouges), des antennes hypersensibles et un thorax protégé par un mésotonum : une plaque bouclier qui le distingue. Ce personnage incarne la conscience émergente du monde des fourmis, curieuse et sensible à son environnement.
Il est chargé de réveiller les autres et d’annoncer la fin du sommeil collectif. Sa perception du soleil, de la chaleur et de la lumière est presque mystique : la chaleur devient une force vitale qui relie les individus entre eux, comme un rite de réveil sacré.

 

Chapitre 5 – La lettre d’Edmond Wells

Retour au monde humain. Jonathan rend visite à sa grand-mère Augusta, qui lui révèle qu’avant sa mort, Edmond Wells lui a confié une lettre destinée à lui seul. Cette lettre, mystérieusement égarée, semble contenir un message important — peut-être une clé pour comprendre l’appartement ou une révélation scientifique.
Ce passage installe la tension narrative : deux intrigues, l’une humaine et l’autre myrmécéenne, avancent en parallèle, liées par un secret que seul le lecteur devine encore confusément.

 

Chapitre 6 – La visite à Grand-mère Augusta

Jonathan rend visite à sa grand-mère Augusta pour en apprendre davantage sur son oncle Edmond. Elle vit seule dans un petit appartement encombré de souvenirs, symbole d’un temps figé. Leur échange, ponctué de verveine et de vieilles anecdotes, dresse un portrait à la fois tendre et mélancolique d’une vieille femme lucide sur le monde moderne.
Augusta regrette que le passage au nouveau millénaire n’ait rien changé : les humains restent prisonniers de leurs vieilles habitudes. Elle se moque de la société contemporaine qui recycle sans cesse les idées et les modes du passé, preuve selon elle d’une stagnation de l’esprit.

Jonathan confie ses difficultés : il a perdu son emploi et a renoncé à ses expériences communautaires idéalistes. Sa grand-mère, avec son humour piquant, lui conseille d’accepter les aléas de la vie sans renoncer à la curiosité — un écho discret à la philosophie d’Edmond.

 

Chapitre 7 – Le portrait d’Edmond Wells

Augusta évoque enfin Edmond Wells, l’oncle disparu. Enfant, il démontait tout ce qu’il trouvait pour comprendre le fonctionnement des choses : jouets, horloges, appareils ménagers. Cette curiosité maladive, parfois destructrice, révèle un tempérament de chercheur acharné, obsédé par le savoir.
Il aimait aussi se construire des abris et des tanières, où il se réfugiait des heures durant, comme s’il cherchait déjà à s’isoler du monde pour explorer une autre dimension. Cette habitude d’hibernation symbolique annonce ses futurs travaux sur les fourmis, créatures souterraines et communautaires.

Mais son enfance fut marquée par des crises extrêmes : tentatives de suicide, actes de violence contre ses enseignants, comportements incompris. Trop sensible et trop différent, Edmond était considéré comme un marginal, voire un fou. Sa grand-mère, cependant, voyait en lui un génie « à côté », un être décalé mais lucide.

 

Chapitre 8 – Le défi des allumettes

Augusta se souvient d’un épisode marquant : à onze ans, Edmond lui avait demandé de réaliser quatre triangles équilatéraux avec six allumettes — un casse-tête apparemment impossible.
Jonathan essaie à son tour, sans succès. Augusta se rappelle alors la phrase de son fils :

« Il faut penser différemment. Si on réfléchit comme on en a l’habitude, on n’arrive à rien. »

Cette maxime, à la fois simple et profonde, résume la philosophie de Werber et le fil conducteur du roman : comprendre le monde exige un changement de perspective. Ce passage agit comme une clé symbolique, préfigurant le lien entre l’univers humain et celui des fourmis — deux mondes qui s’ignorent mais partagent les mêmes lois de complexité.

 

Chapitre 9 – Le destin scientifique et la mort d’Edmond

Augusta raconte la suite de la vie d’Edmond : des études brillantes en biologie, un doctorat, puis un emploi dans une entreprise de produits alimentaires. Après un voyage en Afrique, il revient vivre dans la maison de la rue des Sybarites, où il se consacre à ses recherches.
Mais sa mort reste mystérieuse : il aurait été tué par des guêpes en forêt, après avoir involontairement dérangé un essaim. L’événement, largement relayé par la presse, entoure sa disparition d’une aura à la fois tragique et symbolique — comme si la nature elle-même avait clos le destin de cet homme qui cherchait à la comprendre.

Chapitre 10 – Le message interdit

Jonathan découvre enfin la lettre laissée par son oncle Edmond. Elle contient une seule phrase, énigmatique et terrifiante :

« SURTOUT NE JAMAIS ALLER À LA CAVE ! »
Ce message, écrit d’une main fébrile et scellé avec précaution, déclenche chez Jonathan une inquiétude profonde. Pourquoi un tel avertissement ? Que cache la cave de l’appartement ?
Cette phrase marque le point de bascule du roman, reliant pour la première fois de manière explicite les deux intrigues : celle du monde humain et celle du monde des fourmis. Ce lien mystérieux deviendra le cœur du récit.

 

Chapitre 11 – Le réveil complet de Bel-o-kan

Dans la cité souterraine, le 327ᵉ mâle continue de réveiller la fourmilière. Werber décrit la biologie et la communication des fourmis avec une précision fascinante.
Chaque antenne sert à une fonction spécifique : lecture d’informations olfactives, dialogues simples ou complexes, communication avec la Reine, défense.
Les fourmis s’identifient et se reconnaissent par des signatures chimiques uniques, gravées sur leurs segments.
Le mâle rencontre une ouvrière aveugle qu’il aide à se réchauffer — une scène à la fois mécanique et pleine d’empathie, où la solidarité des insectes remplace toute émotion humaine. Puis, chacun retourne à son rôle : la cité doit se remettre en marche après l’hiver.

 

Chapitre 12 – Le relieur et l’Encyclopédie du savoir relatif et absolu

Pendant ce temps, au 3 rue des Sybarites, Nicolas, le jeune fils de Jonathan, reçoit la visite d’un inconnu, Monsieur Gougne, relieur de métier. Il affirme avoir travaillé pour Edmond Wells, qui lui avait confié la tâche de relier un ensemble de notes sous le titre « Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu ».
Cette encyclopédie, mentionnée pour la première fois ici, deviendra un symbole central du roman : une œuvre totalisante censée rassembler toutes les connaissances humaines et naturelles.
L’homme insiste, mais Nicolas, méfiant, finit par lui claquer la porte au nez, tandis que le chien grogne avec force. Ce passage ajoute une note de tension sourde : la maison semble attirer des visiteurs inquiétants, porteurs de secrets liés à Edmond.

 

Chapitre 13 – La renaissance de la Cité

Sous terre, la cité de Bel-o-kan renaît complètement. Les messagères thermiques parcourent les galeries pour réchauffer les sœurs encore endormies. Certaines, toutefois, ne se réveilleront jamais — mortes pendant l’hibernation. Leurs corps sont évacués vers le dépotoir collectif, dans un processus d’hygiène et d’ordre presque religieux.
Werber y déploie un parallèle saisissant avec les sociétés humaines : la mort y est banale, mais nécessaire à la survie de l’ensemble.
Le 327ᵉ mâle, désormais totalement intégré à la mécanique de la cité, aide à réparer la structure abîmée par l’hiver. Mais sa curiosité naturelle le distingue des autres : il observe, il interroge, il doute — comme un chercheur.

 

Chapitre 14 – L’expédition vers le microclimat

Alors que la cité retrouve sa vitalité, une vieille guerrière vient chercher le 327ᵉ mâle pour une expédition de chasse. Elle lui montre un fragment de chair d’insecte inhabituel : du coléoptère trouvé dans une zone qui, en principe, devrait encore être en hibernation.
Elle explique que ce morceau provient d’une région réchauffée par une source souterraine, un microclimat où il n’y a pas d’hiver et où la vie prospère continuellement.
Ce récit intrigue le 327ᵉ mâle. Il décide d’accompagner la troupe de vingt-huit guerrières dans cette expédition périlleuse.
Ce chapitre marque le début du grand voyage des fourmis, première véritable action collective du récit, miroir souterrain de la quête de Jonathan à la surface.

Chapitre 15 – Le testament d’Edmond Wells

La grand-mère d’Edmond achève de raconter à Jonathan la mort tragique de son fils : attaqué par des guêpes, piqué à mort, son corps saturé de venin. Cette mort violente, survenue dans la forêt qu’il aimait tant, semble avoir une dimension symbolique — comme si la nature se refermait sur celui qui l’avait trop sondée.
Jonathan découvre sur la photo d’époque un Edmond au regard malicieux, un esprit brillant mais indocile, tout le contraire de son tempérament réservé. Sa mère, Suzy, est également évoquée : morte dans un accident, elle avait gardé le nom Wells, comme pour prolonger l’héritage scientifique et philosophique de son frère.

Avant de partir, Augusta lui remet la lettre scellée de l’oncle Edmond. En l’ouvrant, Jonathan lit la phrase désormais célèbre :

« SURTOUT NE JAMAIS ALLER À LA CAVE ! »
Ce message, énigmatique, plonge Jonathan dans la stupeur et fait basculer le roman vers le mystère central.

 

Chapitre 16 – L’interdiction de la cave

De retour chez lui, Jonathan découvre que la cave intrigue déjà sa famille. Lucie veut l’ouvrir pour l’aménager, tandis que Nicolas remarque la serrure massive et la fente inquiétante dans la porte.
Pris de panique, Jonathan interdit catégoriquement à quiconque d’y descendre. Incapable d’expliquer rationnellement son refus, il invente un mensonge : la cave serait infestée de rats.
Mais cette interdiction, loin d’apaiser les siens, suscite la curiosité. La maison, par sa taille et son silence, devient un personnage à part entière — un lieu d’attente et de secret.

La tension domestique grandit aussi entre Jonathan et Lucie. Elle lui reproche son inactivité, son idéalisme et son refus de chercher un travail. Leur couple, autrefois passionné, montre les premiers signes d’usure.
Pendant ce temps, Nicolas mentionne la visite d’un homme étrange, venu parler d’une encyclopédie écrite par Edmond — l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu. Jonathan comprend alors que plusieurs indices convergent vers son oncle et vers cette cave qu’il ne doit surtout pas ouvrir.


Chapitre 17 – L’expédition des fourmis

Sous terre, la mission du 327ᵉ mâle et de la troupe de vingt-huit guerrières commence. Le groupe quitte Bel-o-kan et traverse des cités alliées aux noms poétiques : Yodu-lou-baikan, Giou-li-aikan, Zédi-bei-nakan… autant de fourmilières spécialisées dans des domaines précis — agriculture, chimie, guerre.
Werber décrit ici un univers politique complexe : les fourmis ne sont pas de simples insectes, mais une fédération de cités avec des reines, des alliances et des mythes fondateurs. Bel-o-kan, encore jeune, est en pleine expansion. Son origine remonte à une reine égarée, Belo-kiu-kiuni, dont le nom signifie « la fourmi perdue ».

Les exploratrices s’enfoncent vers l’ouest, au-delà des frontières connues, dans une zone vierge de toute piste chimique. La tension monte : les signaux olfactifs se raréfient, les arbres forment un toit oppressant, et l’air se charge d’une atmosphère étrangère. La troupe avance malgré tout, portée par la curiosité collective.

 

Chapitre 18 – L’épreuve du piège végétal

Les fourmis progressent selon une formation dite “serpent grosse tête”, un système de rotation où les éclaireuses changent sans cesse de place pour maintenir la vigilance.
Soudain, une d’entre elles s’approche d’une plante carnivore, une dionée, et s’y fait piéger. L’instant est décrit avec une intensité quasi cinématographique : la glu qui emprisonne, la mâchoire qui se referme, l’acide qui dissout lentement le corps.
Les autres fourmis enregistrent l’événement sans émotion — un simple message chimique « Attention danger » est diffusé, et la colonne reprend sa marche.

Ce passage résume l’un des thèmes essentiels du roman : la froideur mécanique de la survie collective. Chez les fourmis, la mort n’est ni tragique ni morale : elle est fonctionnelle, absorbée dans le flux du vivant.

 

Chapitre 19 – Les deux mondes parallèles

À la surface, Jonathan contemple la porte de la cave et se demande ce qu’elle cache.
Sous terre, le 327ᵉ mâle poursuit sa route vers une zone inconnue, attiré par un microclimat où la vie ne s’arrête jamais.
Les deux univers — celui de l’homme et celui des fourmis — avancent en parallèle, chacun vers sa propre énigme, séparés par quelques mètres de terre et un abîme d’incompréhension.
Le roman atteint ici une symétrie parfaite : la curiosité, moteur des deux espèces, pousse les uns vers la cave et les autres vers la source chaude, deux lieux interdits où se cachent les vérités profondes.

Chapitre 20 – L’expédition souterraine

Le 327ᵉ mâle et la troupe de guerrières atteignent enfin la caverne du microclimat, guidées par les phéromones laissées par d’anciennes exploratrices. La chaleur monte du sol, épaisse, soufrée — elles ont trouvé la source d’eau chaude, un lieu rare dans leur monde glacial.
La scène, presque géologique, décrit un monde souterrain foisonnant : un scarabée géotrupe roule sa sphère d’œufs comme un Atlas miniature, une chauve-souris surgit, des champignons phosphorescents tapissent les parois.
Les fourmis observent, analysent, et tuent avec précision : un perce-oreille, cible de l’une des plus vieilles guerrières, est foudroyé d’un jet d’acide formique concentré. L’expédition, dans ce monde humide et minéral, s’apparente à une conquête scientifique et guerrière.
Elles marquent enfin la caverne de leur drapeau chimique fédéral : « Bel-o-kan ! », scellant ainsi l’expansion de la cité.

 

Chapitre 21 – La rencontre avec Jason Bragel

Pendant ce temps, Jonathan rend visite à Jason Bragel, ancien ami et collègue de son oncle Edmond.
Bragel, grand et dégingandé, vit entouré de plantes luxuriantes dans un appartement presque sauvage — métaphore vivante de la compétition entre espèces qu’il étudie. Pour lui, « les végétaux, c’est un monde sans pitié », reflet de la nature dans sa logique pure et implacable.

Jason décrit Edmond comme un chercheur mystique, obsédé par la compréhension du vivant à son niveau le plus fondamental. Son travail sur les bactéries, qu’il considérait comme « nos ancêtres », visait à comprendre la psychologie de la cellule — car pour lui, tout être complexe n’est qu’un ensemble de micro-entités.

 

Chapitre 22 – Le savant et le drame

Edmond Wells, explique Jason, était un scientifique total : biologiste, philosophe, expérimentateur, mais aussi rêveur. Il s’exerçait même à contrôler ses battements de cœur, fasciné par la possibilité de maîtriser la mort.
Après un doctorat brillant, il rejoint la société Sweetmilk Corporation, où il découvre une bactérie révolutionnaire capable de produire un goût et un parfum. Cette invention lui vaut le prix de l’année 1963.

Mais le destin se charge de le briser : il épouse Ling Mi, une jeune femme chinoise douce et joyeuse, bientôt emportée par une leucémie. Cette mort, pour Edmond, est un coup fatal. Lui qui voulait comprendre la vie au plus petit niveau se voit impuissant devant la souffrance humaine.
Désespéré, il quitte son travail et s’enfonce dans la solitude. Ce double effondrement — personnel et scientifique — fait de lui un homme hanté.

 

Chapitre 23 – Le départ pour l’Afrique

Après la mort de Ling Mi, Edmond quitte la France pour l’Afrique. Il rejoint une équipe du CNRS dirigée par un certain professeur Rosenfeld, sans en dire davantage.
Bragel pense qu’il y a trouvé un nouveau champ de recherche, peut-être sur une espèce animale ou un écosystème inconnu. Edmond lui envoie une seule carte postale, laconique, avant de disparaître de nouveau.
Lors de leur unique rencontre ultérieure, sur les Champs-Élysées, Edmond semble serein, presque apaisé, mais refuse de parler de son travail.

C’est alors que Jonathan apprend l’existence confirmée de l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, œuvre inachevée, cachée et peut-être perdue. Jason confie qu’il n’en a jamais vu la moindre page, mais ajoute en riant :

« Connaissant Edmond, il a dû la planquer avec un dragon cracheur de feu. »

 

Chapitre 24 – Le test final

Avant de se séparer, Jonathan pose la question laissée en suspens par sa grand-mère :

« Comment fait-on quatre triangles équilatéraux avec six allumettes ? »
Jason sourit et répond :
« Je ne vous la donnerai pas. Comme disait Edmond : “C’est à chacun de trouver seul son passage.” »
Cette réplique symbolise à nouveau le cœur du roman : chaque être doit découvrir par lui-même la voie vers la connaissance, même si elle conduit à l’inconnu.

 

Chapitre 25 – Retour à Bel-o-kan

Sous terre, les fourmis rebroussent chemin, lourdement chargées de proies. Leur retour illustre la discipline et la cohésion de leur espèce : elles ne dorment presque jamais, ne s’arrêtent que si la température chute, et se relayent sans faille.
Werber introduit ici la légende d’une ancienne reine, Bi-stin-ga, qui avait envoyé des centaines d’expéditions aux quatre coins du monde — aucune n’étant jamais revenue. Cette évocation du danger des limites renvoie en miroir au risque que prennent Jonathan et sa famille : dépasser l’interdit.
La reine actuelle, Belo-kiu-kiuni, se montre plus prudente mais partage la même curiosité : l’envie de comprendre ce qui se cache « au-delà ».

Ainsi, le roman continue de tisser ses deux fils narratifs — la quête de savoir chez l’homme et celle chez la fourmi — en un parallèle constant entre science, curiosité et péril.

Chapitre 26 – La politique de Bel-o-kan

Le récit s’ouvre sur un portrait fascinant de la reine Belo-kiu-kiuni, souveraine visionnaire de Bel-o-kan. Elle dirige une fédération de 64 cités, toutes interconnectées par des réseaux complexes de tunnels et de pistes olfactives, formant une véritable civilisation organisée.
Chaque cité se spécialise : certaines dans la guerre, d’autres dans l’agriculture ou la chimie. Le mot d’ordre de la Fédération est simple et implacable :

« Lentement, mais toujours en avant. »
Cette philosophie de progrès constant, sans relâche, reflète à la fois la logique biologique des fourmis et le moteur même de l’humanité.

 

Chapitre 27 – La découverte macabre

Sur le chemin du retour, le 327ᵉ mâle et son escouade croisent à nouveau la plante carnivore qu’ils avaient contournée à l’aller. L’idée de la déraciner pour l’offrir à la reine fait débat. Une discussion complexe, menée par phéromones, illustre ici la richesse du langage des fourmis — un dialogue chimique où chaque molécule est un mot, chaque effluve une nuance.
Finalement, elles décident d’abandonner l’idée : trop dangereuse, trop encombrante.
Mais peu après, le 327ᵉ mâle découvre une pâquerette rouge, fleur inconnue. Il s’en empare comme trophée… avant de tomber sur une scène d’horreur : toute son escouade gît morte, foudroyée sans un bruit.
Aucune trace d’acide, aucun signal d’alerte. La mort a été instantanée. Commence alors pour le mâle une enquête minutieuse, une véritable scène de crime à l’échelle des insectes.

 

Chapitre 28 – L’ennemi invisible

Le 327ᵉ mâle utilise ses antennes comme de véritables capteurs ultrasensibles, capables de vibrer jusqu’à 12 000 fois par seconde. Après analyse, il identifie un parfum familier : celui des fourmis de Shi-gae-pou, les ennemies du Nord, redoutables guerrières.
Elles ont manifestement inventé une nouvelle arme foudroyante, peut-être chimique, qui tue sans combat. Le mâle comprend qu’il doit rentrer à Bel-o-kan et alerter la Reine : la guerre est sur le point de recommencer.

Ce passage est l’un des plus saisissants du roman : il illustre comment la logique militaire et politique se transpose dans le monde des insectes, avec la même cruauté et les mêmes stratégies que chez les humains.

 

Chapitre 29 – Parallèle humain : dîner familial et inquiétude

Pendant que, sous terre, la Fédération des fourmis s’apprête à affronter la guerre, à la surface la famille Wells dîne tranquillement devant la télévision. Nicolas regarde un documentaire de science-fiction sur les Vénusiens et les armes lasers, inconscient du parallèle exact entre le film et la scène souterraine qui vient de se dérouler.
Jonathan, sceptique, se moque de ces histoires d’extraterrestres. La conversation prend un ton léger jusqu’à ce que Lucie intervienne pour ramener tout le monde à la réalité domestique.

Mais soudain, le calme est brisé : le chien Ouarzazate a disparu.

 

Chapitre 30 – La disparition du chien

L’enfant cherche partout, siffle, appelle, sans réponse. Les trois membres de la famille fouillent l’appartement de fond en comble. Tout est fermé : le chien n’a pas pu sortir.
C’est alors que leurs regards se tournent vers la porte de la cave, toujours close, sa fente béante comme une bouche sombre.
Des jappements lointains montent des profondeurs. Nicolas supplie qu’on aille le chercher. Lucie insiste. Jonathan, terrorisé, refuse, figé par sa phobie du noir et par l’interdit de la lettre.
Mais face aux pleurs de son fils et au regard de sa femme, il finit par céder.
Il prend une torche, éclaire la fente — et ne voit que le noir absolu, un noir vivant, avalant la lumière.

La scène se clôt sur une tension extrême : Jonathan, tremblant, s’avance vers la cave, symbole de la curiosité interdite, du passage entre les deux mondes.

 

Le roman atteint ici un tournant dramatique :

  • Sous terre, la guerre des fourmis se prépare.
  • À la surface, l’homme s’apprête à briser l’interdit.
    Les deux mondes convergent vers un point de contact invisible — la cave — où la frontière entre humanité et fourmilière commence à se dissoudre.

 

Chapitre 31 – La descente

Nicolas, en pleurs, supplie son père de descendre dans la cave. Jonathan, torturé par la peur et le souvenir de l’avertissement de son oncle — « Surtout ne jamais aller à la cave » — finit par céder.
Ce moment marque un tournant psychologique : il ne s’agit plus seulement de sauver le chien, mais pour Jonathan de confronter sa propre terreur et de se prouver qu’il peut affronter l’inconnu.
Armé d’une lampe et de ses outils, il fait sauter la serrure et s’apprête à descendre, laissant à sa femme et à son fils un ordre ferme : ne pas le suivre, quoi qu’il arrive.

 

Chapitre 32 – Le retour du 327ᵉ mâle

Pendant que Jonathan s’enfonce dans les ténèbres, le 327ᵉ mâle court, épuisé, vers sa cité. Il est le seul survivant de l’expédition. Son corps meurtri, couvert de poussière, avance mécaniquement, guidé par les phéromones de Bel-o-kan.
La description de son retour est d’une intensité saisissante : les dernières lumières du jour se reflètent sur le dôme de la cité, une véritable montagne vivante, dont les entrées sont refermées par les maçonnes au crépuscule.
À peine franchit-il le seuil que la cité se scelle derrière lui, le coupant définitivement du monde extérieur.

 

Chapitre 33 – Le don du corps

Affamé, le 327ᵉ mâle accepte une trophallaxie, un rituel d’échange alimentaire qui symbolise la solidarité entre fourmis.
La description biologique est fascinante : chaque fourmi possède un jabot social, un estomac secondaire qui lui permet de stocker et de redistribuer de la nourriture.
Cette scène, à la fois intime et mécanique, illustre parfaitement la différence entre l’individualité humaine et l’unité collective des fourmis. Chez elles, l’acte de se nourrir devient un geste social, un acte de fusion.

Mais dès qu’il reprend des forces, le mâle diffuse ses phéromones d’alerte : la guerre est déclarée, les naines de Shi-gae-pou ont massacré ses compagnes.

 

Chapitre 34 – L’indifférence de la foule

La cité réagit avec scepticisme. Les ouvrières s’attroupent, questionnent, doutent. Le mâle n’a aucune preuve tangible : ni cadavre, ni trace d’arme.
La panique monte, puis retombe aussi vite. Les phéromones se dissipent, les fourmis retournent à leurs tâches.
La phrase « A-t-il des preuves ? » revient en boucle comme un écho collectif, montrant une société à la fois hyperorganisée et profondément bureaucratique.

Ce passage met en parallèle la solitude du témoin incompris et la froideur d’une intelligence collective incapable d’écouter l’individu.
Le 327ᵉ mâle devient un prophète ignoré, porteur d’un message que personne ne veut entendre.

 

Chapitre 35 – L’attente à la surface

Quatre heures se sont écoulées depuis la descente de Jonathan.
Lucie et Nicolas, rongés par l’angoisse, se tiennent devant la porte de la cave. L’enfant, persuadé que son père est mort comme le chien, supplie sa mère d’agir.
À la lueur d’une lampe halogène, Lucie croit distinguer un escalier en colimaçon dans l’obscurité. Ce détail concret rend la cave plus mystérieuse encore : c’est un espace architectural qui ne devrait pas exister.
Ils attendent, main dans la main, suspendus entre peur et espoir.

 

Chapitre 36 – Le message pour la Reine

Pendant ce temps, le 327ᵉ mâle, désespéré, décide de porter son avertissement directement à la Reine Belo-kiu-kiuni.
Il traverse les galeries grouillantes, remontant à contre-courant les nourrices et les œufs. L’organisation de Bel-o-kan est décrite avec une précision stupéfiante : 75 niveaux de galeries, des flux d’ouvrières circulant comme du sang dans un organisme vivant.
Les descriptions deviennent presque organiques : la cité est un corps collectif, un organisme géant dont chaque fourmi est une cellule.

Il parvient enfin aux portes du sanctuaire royal, où des milliers de gardes filtrent les entrées. Son odeur d’identification lui permet de passer.
Au loin, l’odeur sucrée et enivrante de la Reine flotte déjà dans l’air : l’incarnation de la puissance et de la vie.

 

Ce double mouvement – Jonathan descendant vers l’inconnu, le 327ᵉ mâle remontant vers la Reine – crée une symétrie parfaite.
L’un plonge dans les ténèbres de la peur humaine, l’autre gravit les couloirs d’un empire biologique.
Tous deux cherchent la même chose : la vérité derrière l’ordre apparent, sans savoir que leur quête les mènera à se rencontrer.

Chapitre 37 – L’audience royale

Le 327ᵉ mâle parvient enfin devant la Reine Belo-kiu-kiuni, majestueuse et monumentale, véritable centre vital de Bel-o-kan.
La scène, d’une intensité visuelle et symbolique rare, décrit un temple insecte : une salle circulaire aux proportions parfaites, construite pour amplifier les ondes olfactives. Chaque molécule de parfum rebondit sur les parois, prolongeant les échanges phéromoniques entre individus.
Au centre repose la Reine, entourée d’ouvrières dévouées, caressant paresseusement une plante carnivore, symbole à la fois de pouvoir et de danger.
Werber confère à cette rencontre une aura quasi religieuse : le 327ᵉ mâle, minuscule et épuisé, se tient devant une divinité vivante, mère de millions d’êtres.

 

Chapitre 38 – Le dialogue avec Belo-kiu-kiuni

Le 327ᵉ mâle entame avec la Reine un dialogue antennaire, rituel de communication d’une finesse absolue.
Belo-kiu-kiuni, qui règne depuis quatorze hivers, incarne la sagesse et l’équilibre de la Meute. Elle a connu toutes les grandes guerres : contre les abeilles, les guêpes, les araignées et les fourmis naines.
Lorsqu’elle s’adresse à lui, c’est avec une solennité ancestrale :

« Bienvenue dans le sexe de la Meute. Tu m’as quittée, mais tu ne peux t’empêcher de revenir. »

Le 327ᵉ expose son message : les vingt-huit fourmis de son expédition ont été massacrées par une arme inconnue. Il supplie la Reine d’alerter la cité et de préparer une riposte.
Mais Belo-kiu-kiuni reste calme, pragmatique. Elle lui rappelle que le pouvoir ne lui appartient pas : dans la société des fourmis, tout se décide collectivement. Si la Meute n’est pas prête à entendre, nul ne peut forcer la conscience collective.


Chapitre 39 – L’impuissance du témoin

Le jeune mâle insiste. Il argumente, amplifie ses phéromones, tente de susciter la peur et la vigilance. Mais la Reine reste sereine :

« La Meute croule déjà sous les priorités. »
La cité doit finir la reconstruction du dôme, assurer la récolte de protéines et préparer la Fête de la Renaissance, célébration du réveil printanier.

Cette scène illustre la logique utilitariste absolue du monde des fourmis : aucune émotion, aucun élan individuel ne peut prévaloir sur la survie collective.
En guise de réponse, Belo-kiu-kiuni pond calmement vingt-huit œufs, remplaçant ainsi les vingt-huit mortes. Le cycle continue, indifférent au drame.

 

Chapitre 40 – L’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu : le Big Bang

Le récit bascule brusquement dans un extrait de l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu d’Edmond Wells.
Le ton devient philosophique, presque cosmologique. L’auteur y médite sur la naissance de l’univers :
Tout commence par un geste infime, un frottement de doigt sur une page, une vibration minuscule qui peut créer des mondes.
Werber lie ainsi le microcosme (le lecteur, le papier, la particule) au macrocosme (l’univers, la création, le Big Bang).

Il développe une idée fondamentale :

« Dans notre univers, la première loi est : TOUJOURS PLUS COMPLEXE. »

Chaque explosion, chaque transformation, chaque forme de vie tend vers la complexité croissante — qu’il s’agisse d’un atome, d’une étoile ou d’une société de fourmis.
Ce passage, à la fois scientifique et métaphysique, relie la genèse cosmique à la genèse biologique : les univers, comme les fourmilières, naissent d’un chaos, se structurent, et évoluent vers l’ordre.

 

Ici, Werber scelle la philosophie du roman :
L’homme, la fourmi et l’univers obéissent à la même loi — celle de la complexité croissante, du mouvement perpétuel vers un équilibre supérieur.
Chaque geste, même insignifiant, déclenche des conséquences cosmiques, visibles ou invisibles.

Le lecteur comprend alors que le mystère de la cave, celui de la fourmilière et celui de l’univers tout entier sont peut-être un seul et même mystère : la quête du sens dans un monde en expansion permanente.

Chapitre 41 – Le porteur du message

Le 327ᵉ mâle erre dans les couloirs du sud de Bel-o-kan, rongé par la frustration et la solitude. Il ressasse sans cesse la formule sacrée :

« Explorateur il a été la patte, sur place il a été l’œil, de retour il est le stimulus nerveux. »

Mais la cité ne réagit pas à son stimulus. Il est porteur d’une information vitale que personne ne veut entendre.
Werber en fait ici une métaphore du prophète ignoré, du scientifique incompris ou du lanceur d’alerte dans une société trop organisée pour écouter la dissonance.
Le mâle, consumé par sa détresse, tente encore de convaincre une messagère thermique — en vain.

Puis soudain, il sent qu’on le suit dans les galeries : un pas irrégulier, un souffle derrière lui, un bruit inquiétant, « scritch… tsss… scritch… tsss… ».

 

Chapitre 42 – L’ombre dans le tunnel

L’atmosphère devient angoissante. Le 327ᵉ mâle bifurque plusieurs fois pour semer son poursuivant, mais à chaque détour, le bruit reprend.
Il finit par identifier une guerrière boiteuse, mutilée, dégageant une odeur étrange de roche — un parfum étranger au monde de Bel-o-kan.
Puis surgit une seconde fourmi, plus grosse, armée de mandibules puissantes. Le piège se referme.
Lui, symbole de l’individualité éveillée, est confronté à une société devenue sourde à la différence : les deux fourmis, comme des anticorps, veulent l’éliminer pour préserver la stabilité du corps collectif.

 

Chapitre 43 – L’exécution

Les deux guerrières l’encerclent. L’une lui grimpe sur le dos, lui arrache les antennes et efface son identité chimique — acte symbolique et terrible, équivalent d’une mort sociale.
Le 327ᵉ est réduit à néant : sans ses phéromones, il n’existe plus pour la Meute.
Elles le traînent vers le dépotoir, lieu des cadavres et des déchets, où il sera abandonné vivant, dépersonnalisé.

Cette scène, d’une violence crue, illustre la cruauté de la perfection sociale : dans une civilisation où tout est ordre, la différence est une maladie à éliminer.
Werber joue ici avec la métaphore du système immunitaire, montrant qu’un organisme collectif peut devenir meurtrier envers ses propres cellules pensantes.

 

Chapitre 44 – Transition : l’humanité perdue

Le texte coupe brutalement vers un discours évangélique télévisé, tenu par un prédicateur fanatique — le père Mac Donald —, qui condamne l’individualisme moderne et appelle à une armée de « soldats de Dieu ».
Ce sermon absurde, sponsorisé par une marque de surgelés (Sweetmilk), symbolise la dérive morale et spirituelle du monde humain.
Werber juxtapose deux fanatismes :

  • celui des fourmis, enfermées dans l’ordre collectif,
  • et celui des humains, prisonniers de la religion, de la consommation et des illusions médiatiques.

 

Chapitre 45 – Le retour de Jonathan

Pendant que le prêche s’achève, Lucie s’effondre d’inquiétude. Huit heures se sont écoulées depuis la descente de Jonathan.
Elle finit par appeler la police, mais avant qu’on ne réponde, une voix faible l’interrompt :

« Je t’avais demandé de ne pas appeler… »

Jonathan apparaît enfin, pâle, tremblant, tenant dans ses bras le corps déchiqueté du chien Ouarzazate.
La scène est saisissante : l’animal semble avoir été lacéré par des centaines de petites coupures, comme si une armée minuscule l’avait attaqué.
Jonathan, étrangement calme et fiévreux, semble transformé.
Nicolas pleure, inconsolable, tandis que son père, d’une voix apaisée mais distante, parle déjà d’acheter un autre animal.

Lucie le regarde, horrifiée : quelque chose en lui a changé.
Il n’est plus vraiment le même homme.

 

Ce passage marque une rupture majeure du roman :

  • le monde humain a désormais subi le contact du monde des fourmis,
  • et Jonathan, qui a franchi l’interdit, porte en lui une altération invisible, à la fois physique et mentale.

Les deux univers, séparés jusqu’ici par la terre, commencent lentement à fusionner, annonçant la suite du drame : la contamination, la communication et la guerre entre les espèces.

Chapitre 46 – Le retour du gouffre

Jonathan remonte enfin de la cave, livide, le corps souillé de terre et de sang. Lucie l’interroge, bouleversée. Il tente de masquer sa peur par des réponses évasives : il parle de rats furieux, de tunnels sans fin, de sang partout. Mais dans sa voix perce une terreur plus profonde, inexplicable.
Il prétend ne pas être allé jusqu’au bout — la cave serait trop profonde, « si sombre que c’est la mort elle-même ».
Son visage se déforme d’un tic nerveux, et Lucie, effrayée, comprend qu’il a changé. Son regard, sa voix, même sa façon de parler semblent contaminés par quelque chose qu’il a vu — ou senti — dans l’obscurité.


Chapitre 47 – L’obsession du retour

Lucie, bouleversée, veut tourner la page : sceller la cave et oublier. Mais Jonathan, au contraire, est obsédé par l’idée d’y retourner.
Il dit à sa femme :

« Edmond est passé, je passerai. »
Cette phrase signe son basculement. Il parle de sa descente comme d’une épreuve initiatique, un passage obligatoire pour « aller au fond des choses ». Il confesse qu’il s’est toujours arrêté avant la fin, qu’il a toujours vécu à moitié. La cave devient alors pour lui le symbole de sa propre lâcheté.
Lucie tente de le raisonner, puis de le suivre, mais il la retient violemment :
« C’est ma plongée. Mon chemin. Personne ne doit s’en mêler. »
Leur couple se fissure. Nicolas pleure la mort du chien, mais Jonathan détourne son attention avec le problème des six allumettes, celui-là même qu’Edmond posait autrefois.
L’enfant échoue à trouver quatre triangles, et Jonathan, fixant les allumettes, murmure :
« Je sens que je n’en ai plus pour très longtemps… »
Il ne parle plus du jeu. Il parle de la cave.


Chapitre 48 – La secousse

Alors qu’ils tentent de retrouver un semblant de calme, la maison tremble.
Un tremblement de terre d’une violence inouïe secoue les murs, fait couler le sable du plafond et fissure les fondations.
C’est à ce moment que la narration alterne de nouveau : le tremblement est perçu à la fois par les humains et les fourmis, créant un effet de miroir saisissant.
En surface, Lucie hurle. Sous terre, le sol se disloque.


Chapitre 49 – Le cataclysme de Bel-o-kan

Dans la cité des fourmis, c’est le chaos absolu.
Les galeries s’effondrent, les ponts cèdent, les tunnels se bouchent. Des millions de fourmis meurent écrasées.
Les phéromones d’alerte explosent dans l’air, déclenchant une réaction en chaîne : panique, confusion, effondrement collectif.
Le narrateur décrit la catastrophe comme un crash biologique : la cité, organisme géant, est frappée d’un spasme.
Les signaux de détresse se multiplient : les ouvrières évacuent les œufs, les soldates se regroupent, mais le désastre s’amplifie.
Et soudain, du dôme perforé par les secousses, une langue rose et vivante s’introduit dans la fourmilière.


Chapitre 50 – L’attaque du pic-vert

C’est un pic-vert, prédateur mythique du printemps.
Werber en décrit l’assaut comme une apocalypse miniature :
La langue du volatile, un muscle démesuré et gluissant, s’enfonce dans la terre, fouaille les galeries et aspire des grappes entières de fourmis.
Les soldates se jettent dessus, mordent, se sacrifient, mais la langue disparaît puis revient, plus longue, plus rapide, plus vorace.
La cité entière résonne d’un tam-tam d’alarme, les ouvrières frappant le sol pour prévenir les étages inférieurs.
Mais la peur dégénère. Certaines fourmis deviennent folles, mordent tout ce qui bouge, d’autres se suicident dans un délire chimique.
Le texte culmine dans une image saisissante :

« L’organisme Cité halète : tac, tac, tac ! Et répond le pic-vert : toc… toc… toc… »

Bel-o-kan devient un champ de guerre biologique, une ruche agonisante sous l’assaut d’un monstre venu du ciel.
Et pendant ce temps, à la surface, Jonathan se tient immobile, le regard vide, entendant peut-être, à travers la terre, le cri des fourmis.

Chapitre 51 – La peur et le mensonge

Lucie confronte Jonathan au sujet de la cave et du chien mutilé.
Elle l’accuse d’avoir caché la vérité, d’être devenu un étranger. Jonathan, nerveux, tente de se justifier : selon lui, des rats furieux auraient dévoré Ouarzazate.
Mais ses yeux fuyants, ses tics nerveux et sa voix tremblante trahissent la peur.
Il avoue que la cave est « très, très profonde », et qu’il n’a pas atteint le fond :

« C’est si sombre… C’est la mort. »
Lucie, bouleversée, propose de sceller la porte et d’oublier. Mais Jonathan s’y oppose avec une fièvre croissante.

 

Chapitre 52 – L’appel de la descente

Jonathan révèle qu’il veut retourner dans la cave.
Pour lui, c’est une question de dignité et de courage :

« J’ai toujours fait les choses à moitié… J’ai peur, mais si je n’y retourne pas, je ne pourrai plus jamais me regarder dans une glace. »
Lucie tente désespérément de le retenir, l’implore par amour et par peur, mais il est déterminé.
Lorsqu’elle annonce vouloir descendre avec lui, il la saisit brutalement par les poignets :
« C’est ma plongée. Mon chemin. Personne ne doit s’en mêler. »
Cette scène révèle un glissement psychologique majeur : Jonathan n’agit plus en père ou en mari, mais en initié possédé par une force ou une idée plus grande que lui.

 

Chapitre 53 – L’enfant et les allumettes

Nicolas, effrayé par la dispute et la mort de son chien, pleure. Pour le calmer, Jonathan lui propose le fameux problème des six allumettes :

« On peut faire quatre triangles équilatéraux avec six allumettes. Cherche bien. »
L’enfant échoue, mais son père lui glisse :
« Pour trouver la solution, il faut penser différemment. »
Cette phrase, leitmotiv de l’œuvre, symbolise le passage vers une autre forme de pensée — au-delà du visible, au-delà des conventions humaines.
Le lendemain, Jonathan installe une porte en fer à l’entrée de la cave et garde la clé autour du cou.
Mais alors qu’il croit sceller le danger, la terre tremble.


Chapitre 54 – Le tremblement de la Cité

Sous terre, le cataclysme ravage Bel-o-kan. Les galeries s’effondrent, les phéromones d’alerte explosent dans l’air.
Le 327ᵉ mâle, toujours traqué, profite du chaos pour fuir. Des millions de fourmis paniquent ; la cité, comme un organisme blessé, entre en crise systémique.
Werber décrit un véritable cataclysme sensoriel : des secousses, un grondement, un silence, puis… un cri collectif.
C’est alors qu’un objet gigantesque perce le dôme : une langue rose, rapide, humide, meurtrière.


Chapitre 55 – Le pic-vert (suite)

Le pic-vert s’abat sur la cité avec la précision d’un fléau biologique.
Sa langue aspire des grappes entières de fourmis.
Les soldates frappent le sol en cadence pour alerter les niveaux inférieurs — un tam-tam organique résonne dans tout Bel-o-kan.
Mais la peur dégénère : des fourmis mordent tout ce qui bouge, d’autres se suicident dans des spasmes collectifs.
La cité, incapable de vaincre son agresseur, commence à s’autodétruire.


Chapitre 56 – La contre-attaque

Les fourmis réagissent avec une discipline surnaturelle.
Des artilleuses forment des commandos et encerclent le cou du pic-vert.
Elles tirent des jets d’acide formique concentré, le brûlant de l’intérieur.
Le volatile, coincé dans le dôme, s’agite, étouffe, hurle, tandis que les soldates s’introduisent dans ses plaies et le dévorent vivant.
L’armée du génie attaque par l’anus, d’autres pénètrent par la gorge, par la carotide, par les poumons.
C’est une scène de guerre chirurgicale, un ballet d’horreur biologique où la cité, par pure organisation, triomphe du monstre.

 

Chapitre 57 – La victoire de Bel-o-kan

Le pic-vert meurt dans une convulsion.
Des chaînes d’ouvrières transportent sa chair, ses plumes, ses organes.
La cité le digère : chaque fragment est redistribué selon sa fonction.
Werber décrit ici la logique implacable du vivant : rien ne se perd, tout se transforme.
Le dôme est reconstruit presque aussitôt, comme si la catastrophe n’avait jamais eu lieu.
La nature reprend son cours, indifférente au carnage.

 

Chapitre 58 – L’origine de la civilisation

Un extrait de l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu s’intercale.
Edmond Wells retrace l’histoire de la complexification biologique : des insectes primitifs aux termites, premiers architectes sociaux de la planète.
Les termites, en créant des cités solidaires, ont ouvert la voie à une idée universelle :

« L’union fait la survie. »
C’est la naissance du collectif, de la conscience sociale, du premier « organisme société ».

 

Chapitre 59 – Le 327ᵉ mâle isolé

Revenu dans les ruines de Bel-o-kan, le 327ᵉ mâle comprend qu’il a perdu ses odeurs passeports : il n’a plus d’identité.
Désormais, toute rencontre est synonyme de mort.
Il réfléchit à ce qu’il a vu : ces deux guerrières au parfum de roche… des cellules détruisant d’autres cellules.

« On aurait dit des cellules atteintes de cancer. »
Cette analogie, fondamentale dans le roman, relie la maladie biologique à la corruption du système collectif.
Le mâle conclut qu’il y a désormais deux dangers : l’ennemi extérieur et la dégénérescence interne.

 

Chapitre 60 – Retour à la surface : Edmond Wells chez Sweetmilk

Le récit remonte dans le passé d’Edmond Wells.
Un cadre de la société Sweetmilk Corporation raconte à un journaliste que Wells était un génie… mais insoumis.
Brillant chimiste, il avait découvert une bactérie parfumante utilisée dans les yaourts.
Mais son indépendance l’a perdu : il refusait toute hiérarchie, méprisait les gestionnaires et croyait en une science libérée du pouvoir.
Il finit par être poussé dehors, trahi par ses collègues.
Le témoin conclut, amer :

« Mieux vaut parfois se comporter en lâche au profit des puissants qu’être courageux au profit des inconnus. »

Cette dernière phrase résonne comme un miroir thématique :
Dans tous les mondes — humain, animal, social —, la lâcheté collective triomphe souvent du courage individuel.
Mais c’est toujours ce courage, marginal et incompris, qui prépare l’évolution suivante.

Chapitre 61 – La Cité interdite

Dans les profondeurs de Bel-o-kan, le 327ᵉ mâle approche de la Cité interdite, cœur de la fourmilière et demeure de la Reine.
L’endroit est décrit comme une forteresse organique : une souche de pin, vestige d’un ancien arbre, transformée en dôme vivant.
Ce bois ancien, creusé jadis par des termites, sert de base et de colonne vertébrale à la cité. Les galeries qu’ils avaient tracées sont devenues les inscriptions sacrées des fourmis, mémoire d’un peuple vaincu.
Werber livre ici un passage d’une beauté architecturale rare : la fourmilière devient une cathédrale naturelle, un mélange de biologie et de culture.
Le 327ᵉ mâle avance à pas prudents, conscient du danger : les sentinelles concierges, gardiennes des issues, veillent.

 

Chapitre 62 – Les concierges vivantes

Ces concierges sont d’étranges mutations : leurs têtes plates et circulaires bouchent littéralement les tunnels, formant des portes vivantes.
Lors de la guerre des Fraisiers, plusieurs siècles plus tôt, elles avaient sauvé Bel-o-kan en sacrifiant leur vie pour sceller la cité contre l’invasion.
Le 327ᵉ mâle, sans odeur d’identification, doit trouver une ouverture pour s’infiltrer. Il attend, guette le mouvement d’une tête.
Mais lorsqu’une porte s’entrouvre, il comprend qu’il n’aura jamais d’autre chance : il fonce.
La concierge détecte son absence de phéromones et déclenche aussitôt l’alarme :

« Corps étranger à la Cité interdite ! Corps étranger à la Cité interdite ! »


Chapitre 63 – Le combat contre la porte

Le mâle attaque la concierge, un combat presque absurde contre une créature qui n’est plus qu’un organe défensif de la cité.
Il découpe les mandibules, brûle la chitine avec de l’acide formique, perce la tête massive pour se frayer un passage.
La scène est à la fois violente et tragique : il ne tue pas une fourmi, mais une fonction biologique, une porte qui respire encore.
En traversant le corps sans vie, il découvre l’intérieur : la concierge n’avait qu’un thorax atrophié et un abdomen réduit — une créature conçue uniquement pour fermer.

Suit alors un passage encyclopédique d’Edmond Wells, expliquant les anciennes guerres entre termites et fourmis, véritables guerres mondiales d’avant l’humanité.
Les termites furent les premiers constructeurs sociaux, mais les fourmis, en développant les armes à acide formique, prirent l’avantage et devinrent les maîtres du sol.
C’est une réflexion sur la lutte biologique du collectif contre le collectif, annonçant la guerre des espèces et la logique même de l’évolution.


Chapitre 64 – Le professeur Rosenfeld

Retour à la surface.
Jonathan rencontre le professeur Daniel Rosenfeld, un vieil entomologiste du CNRS, ami et collègue d’Edmond Wells.
Rosenfeld, grand savant au regard pétillant, explique la fascination universelle des insectes : petits, fragiles, mais immortels dans leur capacité d’adaptation.
Il raconte que Wells, après la mort de sa femme, s’était jeté dans l’étude des fourmis comme d’autres dans la religion.
Le professeur évoque les différentes représentations symboliques des insectes selon les cultures :

  • Dans le Talmud, les fourmis incarnent l’honnêteté.
  • En Afrique, elles sont un présage ou une divinité.
  • En Europe, elles représentent le travail, la discipline, mais aussi la menace.

 

Chapitre 65 – La croisade écologique d’Edmond Wells

Rosenfeld raconte que Wells avait lancé une campagne contre les fourmilières-jouets, ces boîtes vendues en grande surface contenant une reine et quelques centaines d’ouvrières.
Pour lui, c’était un crime : on enfermait des sociétés vivantes dans des prisons de plastique.
Il milita pour une écologie des insectes, prônant leur utilisation naturelle plutôt que chimique :

« Il voulait qu’on installe des cités de fourmis rousses dans les forêts pour détruire les parasites. »
Mais surtout, Edmond croyait que les insectes avaient leur propre diplomatie :
« Il ne faut jamais attaquer l’insecte de front, disait-il. Il faut s’immiscer dans sa logique. »
Rosenfeld conclut sur une note glaçante :
Les insectes résistent à tout — aux poisons, aux mutations, aux catastrophes, même aux explosions nucléaires.
Ils sont, dit-il, les véritables héritiers de la Terre.


Ce passage juxtapose les deux plans du roman :

  • Sous terre, le 327ᵉ mâle pénètre dans la Cité interdite, lieu du pouvoir et du secret.
  • À la surface, Jonathan découvre l’esprit de son oncle, ce savant visionnaire qui a compris avant tous que les insectes sont l’avenir — et que l’humanité n’est peut-être qu’un maillon provisoire dans la chaîne de l’évolution.

 

Chapitre 66 – Le meurtre et la culpabilité du 327ᵉ mâle

Le 327ᵉ mâle, après avoir tué la concierge pour s’infiltrer dans la Cité interdite, prend conscience de l’horreur de son acte : il a fait couler le sang d’une sœur de la Meute.
Mais il justifie son geste : la cité l’a rejeté, attaqué, dénié comme une cellule cancéreuse, alors il ne fait que reproduire son comportement.
Cette introspection fait de lui un être unique dans la fiction de Werber — une fourmi consciente de sa propre transgression morale.
L’auteur introduit ici un parallèle saisissant entre le cancer biologique et la révolte de l’individu contre le corps social : la Meute, en devenant trop rigide, produit sa propre anomalie.


Chapitre 67 – Le professeur Rosenfeld et la Marabounta

Rosenfeld, poursuivant son récit à Jonathan, raconte l’expédition africaine d’Edmond Wells.
Celui-ci était allé étudier les fourmis magnans, aussi appelées Marabounta : un raz-de-marée vivant, capable d’anéantir tout sur son passage.
Le professeur décrit la scène comme une vision d’apocalypse :
Des millions de fourmis noires forment une coulée mouvante, dévorant tout être vivant, de l’oiseau au chat.
Il mime leur avancée, emporté par la passion :

« C’est le sang vénéneux de l’Afrique. De l’acide vivant ! »

Chaque jour, une colonie pond jusqu’à cinq cent mille œufs, un flot d’énergie biologique monstrueux et inarrêtable.
Rosenfeld évoque les populations africaines fuyant ces invasions, vidant les maisons, plaçant les pieds des meubles dans du vinaigre pour survivre.
Mais il ajoute, ironique :

« C’est le meilleur moyen de nettoyer sa case de fond en comble. »
Werber transforme la scène en parabole écologique : la nature, dans sa violence, accomplit parfois un nettoyage moral du monde.


Chapitre 68 – La chaleur et l’invasion à venir

Rosenfeld poursuit : à cause du réchauffement climatique, les insectes tropicaux migrent vers le nord.
Il en donne la preuve : des papillons tropicaux sont désormais observés dans le Bassin parisien.
Il met en garde Jonathan :

« Vous vous imaginez des magnans dans Paris ? Bonjour la panique. »

Cette prémonition écologique s’entrelace avec la tension narrative : pendant que les humains parlent d’invasions possibles, les fourmis, sous terre, envahissent déjà.

Sous terre justement, le 327ᵉ mâle reprend sa fuite : les guerrières au parfum de roche le pourchassent dans les tunnels de la Cité interdite.
Il parvient à s’enfuir en renversant une ouvrière, puis se cache dans une anfractuosité, haletant.
La chasse devient symbolique : la Meute cherche à éliminer sa propre conscience.

 

Chapitre 69 – Jonathan, Lucie et Augusta

À la surface, la tension familiale culmine.
Lucie, désespérée, avoue à la grand-mère Augusta que Jonathan est redescendu dans la cave depuis la veille et n’en est pas ressorti.
Il s’y enferme avec du béton, de l’acier, et refuse toute aide.
Augusta, horrifiée, comprend que l’interdiction d’Edmond est brisée.
Lucie sombre dans l’épuisement nerveux, au bord de la dépression.

Cette alternance de drames humains et de périls souterrains renforce le miroir entre les deux mondes : les humains, comme les fourmis, creusent leur propre tombe par obsession et orgueil.

Suit un court extrait de l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, où Edmond Wells décrit les mutations des fourmis :
certaines naissent avec des mandibules géantes pour être soldats, d’autres avec des glandes spéciales pour soigner les larves.
L’idée centrale : chaque être est façonné pour une fonction précise, une métaphore de la spécialisation humaine moderne.

 

Chapitre 70 – La rencontre avec la femelle ailée

Le 327ᵉ mâle, réfugié dans sa cachette, découvre qu’il n’est pas seul :
une présence chaude, puissante, émettrice de signaux olfactifs intenses s’y trouve.
C’est une femelle ailée, la 56ᵉ princesse de ponte.
Werber décrit la scène avec un lyrisme quasi érotique : ses pattes graciles, ses antennes vibrantes d’hormones, ses yeux rouges comme des rubis.
Mais la fascination vire à la terreur :
la femelle lui saute à la gorge pour le décapiter.

Le combat est brutal. Le mâle, plus agile, parvient à la maîtriser sans la tuer.
Il veut simplement qu’elle l’écoute, qu’ils communiquent.
C’est le début d’une Communication Absolue (CA) — la tentative ultime d’unir deux consciences, de dépasser les barrières chimiques de leur espèce.
Là encore, Werber relie les thèmes : le dialogue impossible entre espèces, entre mondes, entre formes de pensée.
L’amour devient ici la seule passerelle possible vers la compréhension.

Chapitre 71 – La communication absolue

La 56ᵉ femelle ailée et le 327ᵉ mâle se livrent à un combat féroce.
Mais au moment où il s’apprête à l’étrangler, elle découvre avec stupeur qu’il est un mâle — une aberration biologique dans son univers clos de femelles.
Elle se souvient alors de l’enseignement des nourrices :

« Les mâles ne sont que des demi-êtres, issus du froid et de la mort. »

Malgré sa répulsion, elle s’immobilise. Le mâle tente d’entrer en communication antennaire.
Elle résiste, se ferme, rabat ses antennes, mais il insiste, jusqu’à ce que leurs septième segments respectifs se touchent.

Alors s’opère un phénomène rare : la Communication Absolue (CA).
Les antennes se frottent, s’enlacent, vibrent à l’unisson jusqu’à fusionner.
Le texte devient presque mystique : les pensées des deux insectes s’unissent dans un flux d’images, d’émotions et de parfums.
Werber décrit cela comme une « défloration de l’esprit » — une union mentale totale, sans mensonge, sans médiation.

Le mâle lui transmet tout :

  • le massacre de l’expédition,
  • les fourmis naines et leur arme secrète,
  • la trahison interne à la Meute,
  • la peur d’une guerre imminente.

Quand la CA s’achève, la femelle, bouleversée, lui donne quelques phéromones-passeports, lui assurant protection temporaire.
Puis elle partage de la nourriture avec lui — un rituel de confiance.
Le 327ᵉ réalise qu’il a enfin convaincu un autre être conscient.
L’information a trouvé un second porteur : la résistance peut commencer.

 

Chapitre 72 – Le projet du trio

Le 327ᵉ et la 56ᵉ savent qu’ils doivent agir vite.
Mais deux obstacles se dressent :

  1. Ils ne pourront pas recruter assez de fourmis avant la Fête de la Renaissance.
  2. Les tueuses au parfum de roche rôdent toujours.

La 56ᵉ propose donc de créer une cache secrète — sa loge contient un tunnel dissimulé, interdit par la Reine, vestige des guerres passées.
Werber en profite pour rappeler la folie sécuritaire de la Reine Ha-yekte-douni, morte étouffée dans sa propre forteresse hermétique :

« Une cité trop protégée finit par mourir de son propre isolement. »

Ce passage est une métaphore limpide : toute société qui se ferme sur elle-même se condamne.

 

Chapitre 73 – La recrue inattendue : la 103 683ᵉ

Alors qu’ils quittent la loge, la 56ᵉ attire une grande soldate asexuée en jouant sur le registre émotionnel des phéromones : peur, urgence, patriotisme.
C’est la 103 683ᵉ, colosse sans yeux mais aux mandibules démesurées, soldate fanatique et naïve.
Elle se rallie instantanément à la cause du duo : sauver la Meute de la menace des fourmis naines.

« Comptez sur moi », émet-elle avec ferveur.

Le trio se forme — une cellule rebelle à l’intérieur de Bel-o-kan.
Leur mission : répandre la vérité avant qu’il ne soit trop tard.

 

Chapitre 74 – Le plan d’action

Les trois se partagent les rôles :

  • Le 327ᵉ mâle ira convaincre les nourrices du solarium, réputées crédules.
  • La 103 683ᵉ recrutera des soldates et rassemblera une légion.
  • La 56ᵉ femelle infiltrera les champignonnières et étables, centres névralgiques de la cité.

Ils se donnent rendez-vous à 23°-temps (une mesure typique de la temporalité des fourmis).
L’heure n’est plus au doute : l’information doit circuler, quitte à braver les lois sacrées de la Reine.

 

Chapitre 75 – Parallèle humain : les Japonais et l’exclusion

Werber intercale un reportage télévisé sur les coutumes japonaises, diffusé dans le monde humain.
On y explique que, pour les Japonais, le monde se divise entre eux et les “Gaijin”, les étrangers.
Un Japonais ayant vécu chez les étrangers perd son identité et n’est plus reconnu par les siens.

Cette observation n’est pas anodine : elle fait écho au sort du 327ᵉ mâle.
Lui aussi est devenu un Gaijin de la Meute — un exclu, un porteur d’altérité que sa société rejette.
Ainsi, Werber tisse un parallèle constant entre les mécanismes de rejet dans les sociétés humaines et insectes :
le conformisme, la peur de la différence, et la punition de la curiosité.

 

À ce stade, la trame s’éclaire :
Sous terre, le 327ᵉ mâle, la 56ᵉ femelle et la 103 683ᵉ soldate forment le premier embryon de pensée libre dans un monde collectif.
À la surface, Jonathan, isolé et obsédé par la cave, rejoue le même schéma : celui de l’individu en quête de vérité, rejeté par sa propre espèce.

Chapitre 76 – Le Japon et la mort

Une émission télévisée sur le Japon se déroule en arrière-plan. La voix off parle de la vision japonaise de la vie et de la mort : la mort d’un individu importe peu, seule compte la disparition d’une cellule productive.
Le documentaire montre des rituels shinto, des combats de kendo, et le seppuku, le suicide rituel.
Werber utilise cette séquence comme une parabole : dans une société où seul compte le collectif, l’individu devient sacrifiable — une idée partagée par les fourmis et, de plus en plus, par les humains.

Jonathan, de retour à la maison, s’emporte contre la télévision :

« La télé, toujours la télé ! Ça abrutit ! »
Lucie, lasse, lui reproche son absence et son obsession.
Nicolas, lui, reste captivé par les images, indifférent à la tension parentale.
Jonathan, pour se détendre, recommence à manipuler les six allumettes, cherchant à résoudre le problème symbolique laissé par Edmond Wells.

 

Chapitre 77 – Le départ de Jonathan

Lucie comprend que Jonathan prépare un nouveau départ : il va retourner dans la cave.
Elle tente de l’arrêter, bouleversée :

« Dis-le-moi maintenant, qu’y a-t-il là-dessous qui te fascine tant ? Je suis ta femme, après tout ! »
Mais il reste silencieux, le regard fuyant, un tic nerveux à la bouche.
Il prépare son sac : provisions, outils de serrurier, torche, couteau.
Quand elle l’accuse d’avoir dépensé tout l’argent du chômage pour acheter des livres sur les fourmis, il répond sèchement :
« Je m’intéresse à la serrurerie et aux fourmis. C’est mon droit. »
Puis il conclut froidement :
« Il faut me faire confiance. Il faut que j’aille jusqu’au bout. Je ne suis pas fou. »
Lucie, dévastée, le laisse partir.
Son rire dément résonne dans l’escalier alors qu’il s’enfonce de nouveau dans le noir.


Chapitre 78 – Le solarium de Bel-o-kan

Retour sous terre.
Le 327ᵉ mâle atteint le solarium, cœur lumineux et vital de la cité, où les nourrices veillent à la naissance de nouvelles fourmis.
Werber décrit avec minutie ce laboratoire biologique parfait :

  • La température y oscille entre 25° et 40° grâce à des radiateurs naturels faits de bois noir et d’humus fermenté.
  • Les œufs sont empilés, déplacés selon la lumière et la chaleur.
  • Le slogan des nourrices : « Chaleur humide pour les œufs, chaleur sèche pour les cocons. »

Chaque détail illustre l’organisation prodigieuse de la société des fourmis, à la fois scientifique et instinctive.
Des centaines de larves s’agitent, réclamant leur ration de miellat, pendant que d’autres, mûres, tissent leurs cocons.
La transformation biologique est décrite comme une alchimie naturelle, un miracle du vivant.

 

Chapitre 79 – La vie dans l’étuve

Les nymphes changent de couleur, passant du blanc au brun, pendant que les nourrices les surveillent avec dévotion.
Werber rend palpable le miracle de la métamorphose : tout se reconstruit — système nerveux, organes, chitine.
Le cocon devient le symbole de la renaissance, l’équivalent biologique de la foi.
Au milieu de cette effervescence, le 327ᵉ mâle tente de transmettre son message aux nourrices : il veut les avertir du danger.
Mais personne ne l’écoute.
Une d’elles lui murmure :

« Chut. Rien n’est plus grave que la naissance d’un être. »
C’est une réplique d’une beauté tragique, qui exprime la priorité absolue donnée à la vie, même au détriment de la conscience.

 

Chapitre 80 – Le sabotage et l’odeur de roche

Alors qu’il insiste, une nourrice tire sur lui un jet d’acide formique, manquant de peu ses antennes.
Elle s’enfuit dans la pouponnière en renversant une pile d’œufs, les brisant dans une explosion de liquide transparent.
Le 327ᵉ tente de la poursuivre, mais une artilleuse la foudroie avant qu’il ne l’atteigne.
Il s’approche du cadavre et perçoit un parfum étrange :

« Une odeur de roche. »

C’est le même parfum que celui des guerrières ennemies rencontrées dans le tunnel.
Le danger est désormais dans la cité : l’infection a commencé.
La Meute est contaminée de l’intérieur, et la guerre approche — une guerre invisible, chimique et totale.

 

Ce passage marque une montée dramatique :

  • Jonathan s’enfonce à nouveau vers la cave, symbole de la connaissance interdite.
  • Le 327ᵉ mâle découvre que l’ennemi est déjà parmi les siens.
    Les deux mondes, humain et myrmécéen, convergent inexorablement vers le chaos.

Chapitre 81 – Les champignonnières de Bel-o-kan

L’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu d’Edmond Wells ouvre ce passage en expliquant la sociabilité naturelle des fourmis et des humains.
Les deux espèces partagent une dépendance biologique à leur communauté : le nouveau-né humain ne peut marcher, le jeune insecte ne peut sortir seul du cocon.
Cette faiblesse originelle crée la nécessité du savoir transmis, premier moteur de l’intelligence collective.

Dans Bel-o-kan, la 56ᵉ femelle ailée explore pour la première fois les champs de champignons, un lieu mythique pour elle qui n’a jamais quitté le gynécée.
Werber y déploie une description fascinante des champignonnières : jardins blancs, organisés avec une rigueur quasi industrielle.
Les ouvrières transforment feuilles et excréments en pâte, humidifient le mélange avec leur salive, puis laissent pousser les agarics, champignons nourriciers de la cité.
Le moindre parasite y est éliminé avec une précision chirurgicale.
La 56ᵉ s’émerveille : le travail y est sacré, méthodique, et le sol lui-même respire.

 

Chapitre 82 – La tentative d’assassinat

Tandis qu’elle observe les jardinières, la 56ᵉ tente d’avertir une ouvrière du danger qui menace la cité :

« Un grave danger approche. Les naines ont une arme secrète. »
Mais la jardinière, indifférente, lui propose de goûter un morceau d’agaric.
À peine l’a-t-elle avalé que la femelle ressent une brûlure atroce : le champignon est empoisonné à la myrmicacine, acide foudroyant utilisé comme herbicide.
La jardinière se jette sur elle, toutes mandibules dehors.
Une lutte féroce s’engage : les deux roulent dans le compost, s’assènent des coups d’antennes massives.
Finalement, la 56ᵉ la plaque au sol et découvre l’odeur de roche — signature olfactive des infiltrées ennemies.

Mais avant qu’elle ne puisse l’interroger, la traîtresse entre en catalepsie volontaire, un état proche de la mort qui empêche toute confession.
La 56ᵉ comprend que la Meute est contaminée de l’intérieur : les fourmis naines ont infiltré la cité, corrompant même les jardinières.

 

Chapitre 83 – La fuite de la 56ᵉ

Les agricultrices encerclent la 56ᵉ, la croyant coupable de meurtre.
Elle comprend qu’il est inutile de se justifier : les phéromones de panique saturent l’air, la foule n’écoutera pas.
Elle s’enfuit d’un battement d’ailes, bouleversée.
Son constat rejoint celui du 327ᵉ mâle : des cellules sont devenues folles dans la Meute.
L’ordre parfait de Bel-o-kan se fissure sous une maladie interne, invisible et implacable.

 

Chapitre 84 – Transition : “Toujours plus bas”

Un intertitre annonce la descente d’un autre personnage : la 103 683ᵉ asexuée, la grande soldate, s’enfonce vers les salles d’entraînement militaire du 45e étage.
Le récit quitte la découverte pour plonger dans le monde de la guerre.

 

Chapitre 85 – Les salles de lutte

La 103 683ᵉ pénètre dans les salles de combat, où des milliers de soldates s’affrontent en duels ritualisés.
Werber décrit ces joutes avec un réalisme fascinant :
Les combattantes se tâtent d’abord pour évaluer la taille et la force, tournent, se provoquent par des défis odorants, puis se jettent l’une sur l’autre.
Le choc des carapaces résonne, les mandibules claquent dans le vide, les jets d’acide sifflent à travers l’air.

Une vieille guerrière enseigne à une novice que la victoire se décide avant le combat :

« Il faut accepter la victoire. Tout est dans la tête. »
Celui qui veut vaincre vaincra, car la domination est avant tout psychologique — une loi universelle du vivant.

 

Ces chapitres dévoilent deux faces de la civilisation des fourmis :

  • D’un côté, la société du travail, réglée et harmonieuse, où chaque geste sert la survie commune.
  • De l’autre, la société de la guerre, où la compétition devient un art spirituel.
    Mais dans les deux cas, Werber expose une même idée : la perfection sociale cache toujours une folie latente, un instinct de mort prêt à surgir.

 

Chapitre 86 – Les mercenaires de Bel-o-kan

La 103 683ᵉ soldate poursuit son exploration jusqu’au quartier des mercenaires, installé sous l’arène principale.
Là se côtoient toutes les peuplades de la région : fourmis rouges, jaunes, noires, cracheuses de colle, primitives à aiguillon venimeux, et même fourmis naines, les ennemies jurées.
Ce brassage d’espèces, né de siècles de guerres et d’alliances, fait de Bel-o-kan une véritable Babylone insecte.
Werber en profite pour introduire une digression historique : autrefois, les termites avaient inventé l’idée du mercenariat biologique, nourrissant d’autres peuples pour les utiliser comme armées auxiliaires.
Les fourmis, toujours plus adaptables, avaient perfectionné le concept, jusqu’à employer d’autres fourmis contre leurs propres sœurs.

La 103 683ᵉ comprend alors une vérité terrible : la guerre entre espèces a rendu les fourmis capables de se trahir elles-mêmes.
La perfection de leur société dissimule un vice profond — la capacité d’utiliser ses semblables comme outils, au nom du bien commun.

 

Chapitre 87 – La réunion des conspiratrices

La soldate interroge plusieurs mercenaires sur l’arme secrète des naines de Shi-gae-pou, capable d’anéantir une expédition entière.
Toutes nient son existence, sauf une fourmi jaune qui plaisante :

« J’ai vu une poire pourrie tomber d’un arbre et tuer vingt-huit rousses d’un coup ! »
Rire général — l’humour des fourmis jaunes est acide et cruel.

Mais la 103 683ᵉ ne renonce pas. Bientôt, trente guerrières se rallient à elle pour enquêter sur cette menace invisible.
Elles décident de tenir leur première réunion secrète dans les niveaux les plus profonds, au cinquantième étage, là où plus personne ne descend.
Leur devise : « Chercher la vérité, même si elle tue. »
La soldate sent son rythme interne s’accélérer : il est 23°, l’heure du rendez-vous avec le 327ᵉ mâle et la 56ᵉ femelle.
La rébellion des consciences est en marche.


Chapitre 88 – L’humanité anesthésiée

Pendant ce temps, Nicolas regarde la télévision. Les informations annoncent le retour de la sonde Marco Polo, qui confirme qu’il n’existe aucune autre forme de vie dans le système solaire.
Le garçon s’interroge :

« Et si Papa avait raison ? Et si nous étions les seuls êtres intelligents de l’univers ? »
Une idée qui le terrifie autant qu’elle le fascine.

Après le journal, un reportage sur les castes indiennes s’enchaîne : un système rigide où chaque individu naît et meurt à sa place.
Werber juxtapose ici le monde humain et celui des fourmis : dans les deux, l’ordre social se confond avec la fatalité biologique.

Lucie intervient : il est une heure du matin. Nicolas, saturé d’images, ne veut pas dormir. La télévision est devenue pour lui un anesthésiant, un mur contre la peur.

 

Chapitre 89 – Le conte du tailleur de pierre

Pour l’endormir, Lucie lui raconte une vieille légende hébraïque :
Un tailleur de pierre, las de son travail, rêve d’être le soleil, puis un nuage, puis le vent, puis une montagne, avant de redevenir… un tailleur de pierre.
La morale : chaque être, même le plus humble, a sa place et sa force.

Nicolas écoute, émerveillé :

« Dis, Maman, tu crois que Papa creuse lui aussi ? »
Elle répond doucement :
« Peut-être. Il croit qu’il deviendra autre chose à force de descendre. »
L’enfant, innocent, murmure :
« Papa se prend pour le roi des fourmis. »
Lucie sourit tristement :
« Les hommes aussi sont fascinés par les fourmilières. »

 

Chapitre 90 – Les souterrains et la découverte

Après avoir couché Nicolas, Lucie découvre dans un vieux livre d’architecture que leur maison fut jadis habitée par des protestants fuyant les guerres de Religion.
Un souterrain de grande profondeur aurait été creusé pour échapper aux persécutions.
Elle comprend alors que la cave d’Edmond Wells n’est pas naturelle : elle mène à un réseau bien plus vaste, peut-être sous la ville entière.


Pendant ce temps, sous terre, les trois fourmis rebelles — la 56ᵉ, la 327ᵉ et la 103 683ᵉ — se rejoignent.
Elles forment un triangle de communication absolue, fusionnant leurs pensées et leurs souvenirs.
Mais soudain, la 103 683ᵉ détecte une odeur parasite :

« Les murs ont des antennes… »
Deux antennes dépassent de l’entrée de la loge de la 56ᵉ.
Quelqu’un les écoute.

La trahison est déjà là.

Chapitre 91 – Le rêve de Lucie

Deux jours se sont écoulés sans nouvelles de Jonathan, toujours enfermé dans la cave.
Lucie, épuisée par l’attente, s’arrête devant les six allumettes.
Elle se rappelle les paroles de son mari :

« Il faut penser différemment. »
Elle s’endort et fait un rêve étrange et symbolique.
Elle y voit Edmond Wells, Jonathan et un inconnu, tous dans une file de condamnés à mort dans un désert mexicain, encadrés par des soldats.
Les pendus discutent calmement de la vie et de la mort.
Edmond, toujours philosophe, dit :
« Ce n’est qu’un aléa de la vie, pas une fin. Tout problème a sa solution. »

Ils se libèrent miraculeusement, deviennent minuscules et disparaissent dans un trou au cœur d’une poutre, comme dans une métamorphose.
Derrière ce passage, un escalier en colimaçon les mène à une chambre 8 donnant sur la mer — le chiffre s’allonge, devient l’infini.
Le rêve bascule en cauchemar : Lucie étrangle Jonathan, qui se transforme en crevette décortiquée, sous le regard tranquille d’Edmond.
Celui-ci claque des doigts, six allumettes apparaissent dans le ciel et s’enflamment :

« IL FAUT PENSER AUTREMENT ! »
Les allumettes se rassemblent pour former quelque chose… que Lucie ne voit pas.

 

Chapitre 92 – La descente de Lucie

Le lendemain, Lucie, fébrile et enfiévrée, achète un chalumeau et parvient à ouvrir la porte de la cave.
Son fils Nicolas, réveillé, la surprend :

« Maman, ne pars pas ! »
Elle lui promet de revenir :
« Je vais chercher ton père. »
Puis elle s’enfonce dans le noir.
La lumière de sa lampe s’éteint peu à peu. La narration bascule dans une double tension : celle de la mère qui descend dans la mort et celle, parallèle, du monde des fourmis.


Chapitre 93 – L’assaut des fourmis de roche

Sous terre, les rebelles de Bel-o-kan — la 56ᵉ femelle ailée, le 327ᵉ mâle et la 103 683ᵉ soldate — sont attaqués.
Une fourmi boiteuse au parfum de roche surgit, suivie d’une centaine de guerrières : les infiltrées ennemies.
La 56ᵉ réagit avec héroïsme : elle bat des ailes et tire des jets d’acide formique sur les premières intruses, tandis que ses compagnons s’enfuient.
Le trio plonge dans un tunnel secret, creusé jadis par la 56ᵉ elle-même.


Chapitre 94 – La fuite et le camouflage

Poursuivis par les tueuses, les trois fuyards creusent un abri dans un mur, se cachant derrière une mince cloison de terre.
Le bruit des mandibules résonne derrière eux, la cité tout entière vibre du vacarme des poursuivantes.
La 103 683ᵉ, pragmatique, se rappelle une maxime ancienne :

« Quand l’ennemi semble plus fort, échappe à son mode de compréhension. »
Ils décident donc de se fondre dans la terre elle-même, en se couvrant d’argile et de sable.
Mais l’air se raréfie. La panique monte.
Ils doivent creuser toujours plus profondément pour échapper à la détection olfactive.


Chapitre 95 – La poche d’air

Leur fuite les conduit dans une poche d’air perdue, un sanctuaire minuscule au cœur de la cité, isolé du monde.
Ils y trouvent enfin le silence, un cocon organique et tiède.
Epuisés, ils se livrent à une trophallaxie : échange de nourriture par régurgitation, symbole suprême de solidarité.
Le mâle nourrit la femelle, qui nourrit la soldate.
Tous trois se caressent et se réconfortent — un moment d’une tendresse presque humaine.
Werber décrit cette scène comme un instant de paix fragile, suspendu dans le chaos :

« Ah ! qu’il est agréable de donner, pour une fourmi… »

Mais le répit sera de courte durée. L’air s’épuise.
Ils savent qu’ils ne peuvent rester dans cette bulle sans oxygène, cette tombe douce et tiède, où le sommeil pourrait devenir éternel.

 

Ce passage est un pivot dramatique du roman :

  • Lucie descend à son tour dans la cave, accomplissant la prophétie interdite.
  • Le trio de fourmis, traqué, trouve refuge dans les entrailles de la cité — l’écho biologique de la cave humaine.

Deux quêtes parallèles, deux descentes vers la vérité, où la frontière entre le monde des hommes et celui des fourmis s’efface définitivement.

Chapitre 96 – La reprise de la descente

Les trois fourmis rebelles — le 327ᵉ mâle, la 56ᵉ femelle ailée et la 103 683ᵉ soldate — reprennent leur creusement vers les niveaux les plus profonds de Bel-o-kan.
Elles avancent guidées par leur organe de Johnston, capteur magnétique permettant de s’orienter grâce aux champs terrestres.
Leur objectif : rejoindre la salle secrète du cinquantième étage, où les trente guerrières converties à leur cause les attendent.
Mais le froid devient glacial : la nuit s’est infiltrée dans le sol. Les gestes ralentissent, leurs muscles se figent, et bientôt elles sombrent dans un sommeil léthargique, blotties dans la terre humide.

 

Chapitre 97 – La descente de Lucie (suite)

En parallèle, Lucie poursuit sa descente sans fin dans la cave, appelant son mari :

« Jonathan, c’est moi, Lucie ! »
L’air se raréfie, la chaleur se dissipe, et son corps devient machine, avançant malgré la douleur.
Peu à peu, la descente devient introspective : les marches la mènent dans ses propres souvenirs.
Elle revoit sa mère autoritaire, injuste, préférant ses frères ; son père lâche, fuyant les conflits, et comprend qu’elle a reproduit ce schéma avec Jonathan.
Son mari n’était pas faible, c’est elle qui l’avait cassé à force de reproches, comme sa mère avait détruit son père.
Cette lucidité soudaine la libère : les douleurs s’apaisent, son corps se détend.
Elle atteint alors une porte ornée d’inscriptions étranges — la même que Jonathan avait franchie.
La torche éclaire des traînées de sang : celui du chien, sans doute.
Puis un bruit se fait entendre : des pas nerveux, hésitants, s’approchant dans l’obscurité.
Quand la lumière frappe enfin ce qui vient vers elle, Lucie hurle — un cri que personne ne peut entendre.


Chapitre 98 – Les bas-fonds de Bel-o-kan

Au même moment, le trio de fourmis atteint le 36ᵉ étage inférieur, territoire désert et humide, quartier des bannis et des parasites.
Les galeries suintent, le sol colle sous leurs pattes.
Des sons étranges résonnent : ruich, ruich, ruich… — des grillons, prétend la soldate, chantant leurs amours.
Mais la tension monte. Soudain, la terre explose : une taupe surgit, nageant dans le sol comme un poisson.
L’animal, indifférent à leur présence, fouille à la recherche de vers à paralyser.
Les fourmis, ballottées par la vague de terre, survivent miraculeusement et se lavent méticuleusement avant de reprendre la route — rituel hygiénique qui symbolise leur instinct d’ordre au cœur du chaos.


Chapitre 99 – Les diables cherche-midi

Le trio pénètre un tunnel haut et étroit dont le plafond grouille de punaises rouges, les diables cherche-midi, insectes carnivores à la carapace tachetée de noir.
Un d’entre eux plonge sur eux ; la 103 683ᵉ dégaine son abdomen et tire un jet d’acide formique, le réduisant en « confiture chaude ».
Ils le dévorent aussitôt — la survie ne connaît pas de dégoût — puis fuient avant qu’un autre ne tombe.

Suit un extrait de l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, où Edmond Wells raconte ses expériences sur l’intelligence des fourmis :
Pendant six jours, une fourmi tente en vain de retirer une brindille bloquant un trou pour atteindre du miel.
Puis, sans raison apparente, elle réussit pendant la nuit.
Conclusion : la fourmi, incapable de raisonnement conscient, peut pourtant trouver la solution par instinct collectif, par une logique d’expérience accumulée.
Werber suggère ici que l’intelligence n’est pas individuelle mais cumulative — un savoir qui s’inscrit dans la matière même de l’espèce.


Chapitre 100 – Les anciens sanitaires à compost

Les galeries deviennent de plus en plus instables.
Des grêlons de terre tombent du plafond — les “grêles intérieures”, dangereuses chutes d’amas de racines et d’argile.
La 103 683ᵉ guide ses compagnons avec prudence jusqu’à une zone humide, nauséabonde, qu’elle identifie comme les anciens sanitaires à compost, tout près du lieu de réunion.
Ils creusent une ouverture et débouchent dans une salle fétide, imprégnée d’excréments.

Là, les attend le spectacle d’horreur absolu :
leurs trente alliées, celles qui devaient former l’armée de la vérité, gisent en pièces détachées
têtes séparées des thorax, mandibules arrachées, abdomens éclatés.
Le massacre est total.
Le rêve de révolte vient d’être anéanti avant même d’avoir commencé.

Chapitre 101 – La salle des morts

Le 327ᵉ mâle, la 56ᵉ femelle et la 103 683ᵉ soldate découvrent avec horreur les cadavres mutilés de leurs compagnes.
Les trente rebelles gisent dans la salle, réduites en lambeaux.
Le sol est couvert d’acide coagulé, et l’air saturé d’une odeur de roche, celle qu’ils associent aux tueuses infiltrées.
Le mâle tente de creuser sous les corps pour trouver une explication, mais le sol est de granit pur : le plancher même de Bel-o-kan.
C’est alors qu’une lomechuse apparaît — un coléoptère mythique connu pour sa sécrétion enivrante.
La 56ᵉ se souvient d’un enseignement : sa sécrétion est un nectar de plaisir absolu, mais aussi une drogue mortelle, capable d’asservir les fourmis.
Certaines Cités la tolèrent, croyant que se laisser traverser par le poison est une manière de mieux le comprendre.


Chapitre 102 – Le piège de la lomechuse

Fasciné par son parfum, le 327ᵉ mâle s’approche et lèche l’abdomen velu du coléoptère, ivre de plaisir.
Mais la 103 683ᵉ soldate, lucide, comprend la ruse :

« Cet insecte ne devrait pas être ici. Quelqu’un l’a amené pour nous arrêter ! »
Elle tire un jet d’acide formique, brûlant la créature sur place.
Les trois compagnons fouillent la salle et découvrent un passage dissimulé sous une pierre, creusé directement dans le rocher granitique — impossible pour des mandibules.
Ils s’y engagent et découvrent un grenier secret, rempli de nourriture : miel, farines, graines, carcasses séchées.
Tout sent l’odeur de roche.
Quelqu’un, à l’intérieur même de la cité, a organisé une réserve clandestine en lien avec les assassins.


Chapitre 103 – La vérité interdite

Les trois rebelles comprennent qu’ils ont touché au cœur d’un complot interne.
Mais avant qu’ils puissent réagir, la Cité entière tremble :

Pan pan panpan, pan pan panpan !
L’alerte de deuxième niveau retentit — la guerre est déclarée.
Leurs corps obéissent instinctivement à l’appel collectif : ils remontent vers la surface.
Derrière eux, la boiteuse infiltrée, cachée dans l’ombre, les observe partir, soulagée :
« Ouf ! Ils n’ont rien découvert. »

À la surface, Nicolas finit par alerter la police.
Affamé, les yeux rouges, il explique que ses parents ont disparu dans la cave.
Deux policiers, sceptiques, l’accompagnent au 3, rue des Sybarites, devant la porte blindée.


Chapitre 104 – La guerre des fourmis

Sous terre, la catastrophe s’étend :
La cité fille La-chola-kan vient d’être attaquée par les fourmis naines.
Un témoin raconte qu’une branche d’acacia mobile a percé le dôme et foré les tunnels en tournant — image symbolique d’une arme mécanique, incompréhensible pour les fourmis.
Puis, après un court silence, les légions naines ont surgi, massacrant tout.
Des dizaines de milliers de mortes, la cité dévastée, les survivantes retranchées dans une souche.
La Fédération entière décrète la guerre de printemps : Bel-o-kan doit riposter immédiatement.


Chapitre 105 – La mobilisation générale

Dans Bel-o-kan, c’est la mobilisation totale :

  • Les nourrices descendent les larves au -43e étage.
  • Les trayeuses protègent leurs pucerons.
  • Les agricultrices préparent des rations de guerre.
  • Les artilleuses emplissent leurs abdomens d’acide.
  • Les cisailleuses aiguisent leurs mandibules.
  • Les mercenaires forment des légions.

La Cité ferme ses pores, contracte ses muscles et “serre les dents” — prête à mordre.

Pendant ce temps, au commissariat, l’inspecteur Galin et le commissaire Bilsheim interrogent Nicolas.
Ils découvrent la porte fondue au chalumeau.
« C’est ta mère qui a fait ça ? »
« Oui. »
« Eh bien… elle est dégourdie ta maman. »
Mais Nicolas ne rit pas. Son regard vide en dit long : il sait, sans le comprendre encore, que la cave n’a pas rendu ses morts.


Ce passage entremêle magistralement les deux mondes :

  • Sous terre, Bel-o-kan entre dans une guerre apocalyptique.
  • À la surface, les humains pressentent qu’un drame sans précédent s’est joué sous leurs pieds.

La mécanique de Werber se resserre : la guerre des fourmis et la disparition des humains deviennent deux faces d’un même mystère.

Chapitre 106 – La police enquête

Le commissaire Bilsheim et l’inspecteur Galin interrogent Nicolas sur la disparition de ses parents.
L’enfant raconte calmement :

« Papa est descendu pour chercher le chien. Après, il a acheté des plaques de métal et plein de livres sur les fourmis. »
Bilsheim, dérouté, se contente de murmurer son éternel « Évidemment ».
Ce tic verbal, qui faisait de lui un policier apprécié des fous, lui donne un air rassurant. C’est sa méthode : écouter sans juger, hocher la tête, et laisser les gens parler.
Mais cette fois, il sent une angoisse sourde dans le ton de l’enfant — quelque chose d’inhumain.
Quand Nicolas évoque les six allumettes et la “nouvelle manière de penser” de son père, Bilsheim se dit qu’il a affaire à un cas pathologique.
« L’oncle Edmond ? Il est mort, à cause des rats », ajoute Nicolas.
Le commissaire soupire, épuisé.
Il en conclut que cette affaire fera encore partie des « coups foireux » qu’on lui refile, aux côtés des cas de vieilles dévorées par leurs chats ou de prostituées meurtrières.


Chapitre 107 – La brigade des fous

L’inspecteur Galin, son acolyte, arrive avec les pompiers. Enthousiaste, il déclare :

« Laissez-moi plonger, chef. Je vous les ramène en civières gonflables. »
Bilsheim, bien qu’incrédule, accepte.
Le duo forme une unité officieuse : la brigade des affaires-de-cinglés-dont-personne-ne-veut.
Ils ont déjà vu tant d’horreurs que rien ne les surprend.
Mais ce qu’ils vont découvrir dans la cave du 3, rue des Sybarites dépassera tout ce qu’ils pouvaient imaginer.


Chapitre 108 – La Reine Belo-kiu-kiuni s’inquiète

Sous terre, la Reine Belo-kiu-kiuni cesse de pondre.
Elle renvoie ses servantes et médite seule, une antenne levée.
Elle n’a pas peur de la guerre — elle en a connu cinquante —, mais l’idée de l’arme secrète des fourmis naines la hante.
Une branche d’acacia tournante a percé le dôme de La-chola-kan, détruisant la cité entière.
Elle se souvient d’un précédent : lors des guerres contre les termites du Sud, un jour, cent vingt soldates furent immobilisées sans mourir.
Les termites avaient inventé une caste d’artilleuses lanceuses de glu.
La Fédération répliqua avec la célèbre bataille des Feuilles mortes, remportée grâce à l’ingéniosité collective.
Mais cette fois, les naines ne sont pas des termites : elles sont rapides, stratèges, intelligentes.
La Reine sait que la survie de la Meute est en jeu.


Chapitre 109 – L’histoire des fourmis naines

Werber offre ici un véritable passage d’histoire naturelle fictive :
Les fourmis naines sont apparues cent ans plus tôt dans la région.
Au début, on les crut inoffensives : petites, malingres, sans armement visible.
Mais peu à peu, elles remplacèrent les populations entières qu’elles côtoyaient.
Les grosses fourmis noires disparurent les premières, puis les abeilles de l’églantier, les termites du Nord, enfin les rouges à venin.
Elles n’étaient pas des conquérantes violentes : elles infiltraient, empoisonnaient, colonisaient.
Les réfugiées de ces cités racontaient leurs tactiques avant-gardistes : infection des points d’eau, empoisonnement floral, guerre chimique.


Chapitre 110 – Les 200 reines et l’ancienne cité

L’année précédente, la cité de Niziu-ni-kan tomba à son tour.
Quand les Belokaniennes reprirent la ville, elles découvrirent 200 reines naines installées simultanément dans le même nid.
Une aberration biologique : chez les fourmis rousses, une seule reine règne à la fois.
Mais pour les naines, la multiplication des reines est une stratégie d’expansion.
C’est une armée offensive, contrairement aux abeilles ou aux termites, purement défensives.
L’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu commente :

« Les fourmis sont les seuls insectes sociaux à entretenir une armée offensive. »

Les reines capturées racontent leur origine :
Elles vivaient jadis à Shi-gae-pou, ancienne cité fondée au pied d’un laurier-rose dans une contrée tropicale sans hiver.
Mais un jour, le laurier et le sable furent arrachés du sol pour être déposés dans une boîte de bois — une allusion directe aux fourmilières de laboratoire fabriquées par les humains.
Ainsi, les naines sont peut-être les descendantes de fourmis captives, civilisées par l’homme, qui auraient retrouvé la liberté et inventé leur propre système de domination.


Cette section scelle une révélation clé :
Les fourmis naines, ennemies invisibles, seraient issues de l’expérimentation humaine — la science de l’homme s’étant retournée contre lui.
En parallèle, la descente des policiers dans la cave prépare le choc final entre les deux mondes, où la raison humaine et la logique insecte vont enfin se croiser.

Chapitre 111 – L’origine des fourmis naines (suite)

Les fourmis naines, après avoir été transportées avec leur laurier-rose, découvrent un monde étranger : plus froid, moins coloré, et rythmé par l’hiver.
Leur survie devient un combat d’adaptation.
Elles inventent alors deux techniques essentielles :

  • se gaver de sucres (fructose des fruits rouges),
  • s’enduire de bave d’escargot pour se protéger du froid.
    Mais leur innovation majeure vient de leur structure sociale : elles n’ont ni mâles ailés, ni vol nuptial.
    Chaque femelle féconde pond dans son propre abri, créant des cités à centaines de reines, capables de renaître même après la destruction de la colonie principale.
    Werber souligne ici un principe darwinien absolu : la décentralisation comme moteur d’immortalité.

Les naines conquièrent les territoires centimètre par centimètre, contrairement aux rousses qui s’étendent par bonds.
Leur petite taille est un avantage : moins de besoins énergétiques, des réflexes plus rapides.
Leur efficacité en cas de crise (comme lors d’une inondation) surpasse toutes les autres espèces.


Chapitre 112 – L’inquiétude de Belo-kiu-kiuni

La Reine Belo-kiu-kiuni, fascinée et terrifiée par la supériorité tactique des naines, cherche une riposte.
Elle imagine une arme secrète encore plus puissante que leurs « branches destructrices ».
Pour y parvenir, elle convoque des groupes de réflexion — soldats et ouvrières réunies par trois ou cinq — pour échanger en communications absolues.
Ces petites unités deviennent autant de laboratoires d’innovation collective.
C’est la naissance d’une révolution militaire : l’intelligence partagée, au service de la survie.


Chapitre 113 – Les policiers dans la descente

Pendant ce temps, à la surface, Galin et les pompiers descendent dans la cave des Wells.
Ils lisent sur la voûte une inscription gravée :

Examine-toi toi-même,
Si tu ne t’es pas purifié assidûment,
Les noces chimiques te feront dommage.
Malheur à qui s’attarde là-bas.
Ars Magna.

Cette phrase, énigmatique, semble tirée d’un grimoire alchimique.
L’escalier en colimaçon s’enfonce sans fin, semblable à une hélice d’ADN.
La tension monte : les secouristes ne savent plus s’ils descendent vers des victimes ou vers quelque chose d’autre.


Chapitre 114 – L’invention du “tank”

Sous terre, les communications absolues des Belokaniennes aboutissent à une idée géniale :
associer les fourmis casse-graines — lourdes et lentes mais puissantes — à des ouvrières rapides chargées de les transporter.
Six ouvrières portent une casse-graines, la guidant par odeur : un char vivant, invincible et agile.
Les essais dans le solarium sont concluants.
Bel-o-kan vient d’inventer le tank biologique.

Pendant ce temps, les pompiers et Galin continuent à descendre.
Mais on ne les vit jamais remonter.

Le lendemain, les journaux titrent :

« Fontainebleau – Huit pompiers et un inspecteur de police disparaissent mystérieusement dans une cave. »


Chapitre 115 – La bataille de La-chola-kan

L’aube se lève sur le champ de bataille.
Les fourmis naines attaquent la Cité de La-chola-kan, épuisée et affamée.
Elles avancent méthodiquement, creusant des trous en quinconce pour se protéger, ne laissant dépasser que leurs mandibules — une stratégie défensive imparable.
Les Belokaniennes, arrivées en renfort, dévalent la colline des Coquelicots, des millions de soldats écarlates courant comme un fleuve rouge.
Mais les naines les attendent.
Les premières vagues s’écrasent contre une muraille de mandibules.
Le choc est titanesque : la terre tremble, le sol se couvre de cadavres.
L’ennemi est invisible, tapi sous la surface, méthodique et froid.

Les Belokaniennes ont déclenché la plus grande guerre de l’histoire des fourmis — une guerre née de la peur et du miroir déformant de l’évolution.


Ce passage réunit les deux mondes dans un parallèle saisissant :

  • les humains descendent vers une vérité souterraine qu’ils ne comprendront jamais ;
  • les fourmis livrent une guerre d’adaptation contre une espèce issue, peut-être, de la main de l’homme.

L’humanité et la fourmilière s’enfoncent ensemble dans l’abîme de leur propre génie.

Chapitre 116 – Le retournement de la bataille

La bataille de La-chola-kan atteint son paroxysme.
Les Belokaniennes, d’abord acculées, sont repoussées par les innombrables fourmis naines.
Les rousses battent en retraite, poursuivies par des vagues d’ennemies cinq fois plus nombreuses.
Mais cette défaite apparente n’est qu’une ruse tactique.
Les naines, grimpant la colline des Coquelicots, s’épuisent.
Au sommet, une forêt d’épines se dresse soudain : les pinces géantes des casse-graines.
Ces « tanks vivants », portés par six ouvrières chacune, fondent sur les naines dans un vacarme d’apocalypse.
Les mandibules des machines s’abaissent, labourent, broient, et les troupes ennemies sont tondues comme une pelouse.
Les naines paniquent, se piétinent entre elles, incapables de résister à cette vague d’acier biologique.


Chapitre 117 – L’arme secrète des naines

Mais Shi-gae-pou n’a pas dit son dernier mot.
Les stratèges naines décident de jouer leur arme secrète : une invention terrifiante.
Elles utilisent des crânes de fourmis rousses infectés par un champignon, l’alternaria, découvert sur le cadavre d’une exploratrice.
Les spores de ce parasite s’accrochent à la chitine, la rongent, puis font exploser la carcasse de l’insecte contaminé.
Et surtout : elles n’affectent pas les naines, car celles-ci sont protégées par la bave d’escargot dont elles s’enduisent pour se protéger du froid.
Les Shigaepouyennes viennent d’inventer la guerre bactériologique.

Elles lancent des centaines de crânes infectés dans les rangs ennemis.
Les Belokaniennes éternuent, paniquent, se contaminent entre elles.
Les porteuses abandonnent leurs fardeaux, les tanks se disloquent, et la bataille vire au chaos.


Chapitre 118 – Le contre-poison

La contamination est foudroyante.
Les stratèges rousses ordonnent le sacrifice des soldats infectés pour éviter la propagation.
Mais des espionnes découvrent la parade : la bave d’escargot neutralise les spores.
Trois escargots sont sacrifiés, et chaque fourmi s’enduit de leur sécrétion visqueuse, au prix d’un dégoût instinctif.
Le moral remonte.
La Fédération prépare une nouvelle formation tactique :

  • les tanks au centre,
  • cent vingt légions d’infanterie sur les ailes,
  • soixante légions étrangères pour soutenir les flancs.
    L’équilibre semble rétabli — la guerre entre les espèces prend des airs de stratégie napoléonienne.

Chapitre 119 – La riposte stratégique des naines

Les Shigaepouyennes, malgré leurs pertes, analysent rapidement les faiblesses ennemies grâce à leurs communications absolues.
Elles trouvent plusieurs solutions :

  1. Couper les “pattes vivantes” des casse-graines pour les immobiliser.
  2. Former des carrés compacts afin d’éviter les chocs directs et frapper les tanks par-derrière.
  3. Trancher les antennes des casse-graines pour perturber la synchronisation entre la tourelle et les porteuses.
    Les trois tactiques sont retenues.
    Les naines commencent à bâtir un plan d’encerclement digne des plus grands stratèges humains.

Chapitre 120 – La douleur et la reprise du combat

Werber intercale ici un texte d’Edmond Wells sur la souffrance des fourmis.
Il réfute la croyance selon laquelle elles ne ressentiraient rien :

« La fourmi décapitée émet une odeur particulière : l’odeur de la douleur. »
Elles n’ont pas de nerfs, mais un influx chimique.
Elles savent quand il leur manque un morceau, et elles souffrent — à leur manière.

À 11h47, les troupes reprennent le combat.
Les tanks dévalent la colline, massifs et implacables.
Mais soudain, la ligne des naines s’ouvre : elles forment les carrés, laissent passer les mastodontes, puis les frappent par-derrière.
Les géants, pris au piège de leur propre élan, chancellent.
Leur lenteur à se retourner devient fatale.
Les antennes coupées, les porteuses désorientées, les chars se disloquent.
La bataille s’inverse de nouveau.


Ces pages offrent un sommet d’intensité et de symbolisme :

  • La guerre des fourmis devient une allégorie totale de l’humanité, avec sa logique d’innovation et d’autodestruction.
  • Les naines, issues des expériences humaines, maîtrisent désormais la guerre biologique et tactique, dépassant leurs créatrices involontaires.
  • Werber livre ici une réflexion vertigineuse : le progrès, sans conscience, finit toujours par se retourner contre celui qui l’a engendré.

Chapitre 121 – Le massacre des tanks

Les casse-graines — ces tanks biologiques inventés par Bel-o-kan — s’effondrent sous l’assaut des fourmis naines.
Les ennemies, minuscules mais stratèges, plongent sous les chars vivants, tranchent les pattes des porteuses, crèvent les ventres, coupent les antennes.
Les machines de guerre, privées de coordination, s’écroulent et s’éventrent, répandant leur liquide vital.
Les ouvrières ignorantes continuent de tirer leurs carcasses, croyant encore à la victoire.
Werber déploie ici une image d’une puissance symbolique : la technologie dépassée par l’intelligence vivante.
Comme les inventions humaines, les tanks meurent de leur perfection — incapables d’évoluer face à l’adaptation.


Chapitre 122 – L’artillerie entre en scène

Les rousses décident alors de recourir à leur arme la plus primitive : l’acide formique.
Des milliers d’artilleuses, postées sur la crête, orientent leurs abdomens en position de tir.

« Feu ! »
Les jets jaunes s’abattent sur les carrés des naines. Les antennes fondent, les carapaces se liquéfient.
Mais, stoïques, les naines avancent encore, piétinant leurs mortes.
Les Belokaniennes se relaient en vagues successives de feu et de glu, tandis que les naines, méthodiques, serrent les rangs.
Le champ de bataille devient un enfer d’acide, de cris chimiques, de vapeurs corrosives.


Chapitre 123 – Le chaos absolu

Les cracheuses de colle rejoignent les artilleuses, créant une pluie de glu qui emprisonne des rangées entières de naines.
Mais ces dernières résistent, essayant de riposter avec leur propre acide, moins puissant, inefficace contre les carapaces épaisses.
Le sol fume, la terre brûle, les carrés se disloquent.
C’est alors que tout se mélange :

« Nuée. Ruée. Coulée. »
Les lignes s’effondrent, les légions s’emmêlent, et la guerre redevient animalité pure.
Rien ne distingue plus les camps : une mer rouge de chitine et de sang.


Chapitre 124 – Corps à corps

Werber décrit un combat dantesque :
Des millions de mandibules en dents de scie s’affrontent dans la moiteur du sol.
Des fourmis s’arrosent d’acide, s’autodétruisent avec leurs ennemies.
Les antennes deviennent des javelots, les pattes des fouets.
Une rousse, géniale, propulse ses antennes comme des projectiles et transperce dix adversaires d’un coup.
Le sol est couvert d’antennes et de membres tranchés :

« On croirait marcher sur un tapis d’aiguilles de pin. »
Certaines guerrières se suicident plutôt que d’être capturées — la guerre atteint ici une dimension sacrée et suicidaire, un fanatisme collectif.


Chapitre 125 – L’héroïsme de la 103 683ᵉ et la victoire

La 103 683ᵉ soldate combat cinq naines à la fois.
Les leçons de la vieille maîtresse de combat lui reviennent :

« Tout se joue avant le contact. Il faut accepter la victoire. »
Elle tue deux adversaires, repousse les autres, mais les blessures s’accumulent.
Autour d’elle, des têtes infectées à l’alternaria sont lancées par les naines — mais cette fois, grâce à la bave d’escargot, le poison glisse sur les carapaces.
Les deux armées, épuisées, continuent à se battre jusqu’à l’orage.
À cinq heures, la pluie tombe enfin :
« On dirait que le ciel en a assez de tant de violence. »
Le bilan est effroyable : 5 millions de morts, dont 4 millions de naines.
Mais La-chola-kan est libérée.


Ce passage marque l’apogée du cycle guerrier du roman :

  • La bataille, d’une intensité épique, illustre la futilité du progrès militaire, où chaque arme trouve aussitôt sa contrepartie.
  • Les fourmis deviennent des archétypes du destin humain : invention, démesure, destruction, puis régénération.
    La guerre n’a pas de vainqueur — seulement des survivants.

 

Chapitre 126 – La pluie sur le champ de bataille

La bataille est terminée.
À perte de vue, le sol n’est plus qu’un cimetière d’insectes : cuirasses éclatées, pattes arrachées, flaques d’acide jaune.
Les carcasses des tanks, figées dans des postures héroïques, semblent encore vouloir crever le ciel d’orage.
Puis vient la pluie — purificatrice, indifférente.
Elle efface tout : les traces de guerre, les morts, la gloire.
L’univers retrouve son silence.


Chapitre 127 – Le commissaire Bilsheim rappelé à l’ordre

Pendant ce temps, Bilsheim reçoit un appel furieux de Solange Doumeng, la directrice de la PJ :

« Vous êtes complètement givré ! Vous m’avez envoyé un bleu et il est mort ! »
Elle lui ordonne de retourner dans la cave et de ramener les corps.
« Votre héros Galin mérite une sépulture chrétienne, et je veux un article élogieux avant la fin du mois. »
Bilsheim obéit, abattu. Il sait écouter tous les fous… sauf elle.

Puis Werber insère un passage d’Edmond Wells :

« L’homme garde ses émotions pour lui.
La fourmi, elle, les partage par phéromones.
Quand elle pleure, ce sont des millions qui pleurent avec elle. »
Cette différence fonde le cœur du roman : l’homme est seul dans ses émotions, la fourmi est un être collectif.


Chapitre 128 – Le retour à Bel-o-kan

Dans les cités de la Fédération, la victoire est célébrée sans exaltation.
Pas de héros : chacun a accompli sa tâche.
Les survivantes se soignent, recollent leurs membres, se lavent le corps.
Les blessées tiennent dans leurs mandibules des pattes arrachées qu’elles espèrent recoller — en vain.

Dans la grande salle du -45e étage, les soldates rejouent la bataille devant les ouvrières, mimant les moments clés : la charge, la fuite, les tanks, la défaite, puis la victoire.
La 103 683ᵉ, héroïne survivante, n’a perdu qu’une patte — une broutille.
Elle retrouve la 56ᵉ femelle et le 327ᵉ mâle pour une communication absolue.
Ils s’interrogent :

« Pourquoi les naines n’ont-elles pas utilisé l’arme qui avait détruit la première expédition ? »

Leur réflexion devient vertigineuse : et si les naines n’étaient pas responsables ?
Et si une autre espèce manipulait la guerre ?


Chapitre 129 – L’hypothèse des termites

Les trois fourmis élaborent une nouvelle hypothèse :
les véritables ennemis ne sont peut-être pas les naines, mais les termites de l’Est.
Depuis quelque temps, ces termites franchissent le fleuve et attaquent les zones frontalières.
Et si elles avaient manipulé les naines et les rousses pour qu’elles s’exterminent mutuellement ?
Leur plan serait parfait : laisser les deux camps s’affaiblir, puis régner sur les ruines.

Les guerrières au parfum de roche seraient alors des mercenaires à la solde des termites.
La théorie semble si cohérente qu’ils y croient dur comme fer.
Mais ils sont interrompus par un signal collectif : la fête de la Renaissance aura lieu demain.
La 103 683ᵉ se sépare de ses amis :

« Bonne copulation ! Je poursuis l’enquête vers la termitière de l’Est. »

À peine sont-ils partis que deux silhouettes apparaissent : la brute et la boiteuse, tueuses infiltrées, qui collectent leurs phéromones pour rapporter leur conversation à leurs maîtres.


Chapitre 130 – Nicolas à l’orphelinat

Après la disparition de ses parents et de l’inspecteur Galin, Nicolas est placé dans un orphelinat près de la rue des Sybarites.
Là, on entasse les enfants abandonnés et battus.

« Les humains, écrit Werber, sont l’une des rares espèces capables de maltraiter leur progéniture. »

Les enfants vivent sous la brutalité et la routine.
Nicolas, d’abord prostré, retrouve refuge dans la télévision, sa fenêtre sur un monde plus stable.
Le soir, deux autres orphelins l’interrogent :
« On dit que tes parents se sont fait bouffer par des fourmis ? »
« Vous pouvez crever. »

Une bagarre éclate. Nicolas, formé par les films de kung-fu, frappe et se défend.
Le combat est violent, presque animal — comme un écho miniature de la guerre des fourmis.


Dans ces pages, Werber juxtapose les deux mondes :

  • Sous terre, les fourmis soupçonnent un ennemi plus vaste — les termites —, ouvrant une nouvelle couche de mystère.
  • En surface, le jeune Nicolas entre dans un univers tout aussi impitoyable, où la violence est naturelle, instinctive, et humaine.

Les deux sociétés, humaine et insecte, se reflètent désormais parfaitement :
chacune lutte pour survivre, chacune s’autodétruit au nom de son propre ordre.

Chapitre 131 – Nicolas et les fourmis sucrées

À l’orphelinat, Nicolas se bat avec deux camarades, Jean et Philippe, qui veulent le forcer à raconter ce qui est arrivé à ses parents.
L’un d’eux lui pince le nez et lui jette trois fourmis vivantes dans la bouche pour le punir.
Mais, à leur grande surprise, Nicolas trouve cela… délicieux.
Ce moment grotesque devient une scène symbolique : l’enfant goûte littéralement à l’univers des fourmis, scellant un lien biologique et spirituel avec elles.

Les trois garçons deviennent amis et passent leurs journées devant la télévision.
Un jour, ils regardent une série de science-fiction intitulée Extraterrestre et fier de l’être, où des fourmis géantes télépathes manipulent des humains pour qu’ils s’entretuent.
Ce scénario grotesque annonce en filigrane la fusion à venir entre les mondes humain et myrmécéen.
Plus tard, voulant rejouer la scène, les enfants goûtent d’autres fourmis, mais celles-ci ont une saveur acide et désagréable, comme si la nature elle-même avait changé.


Chapitre 132 – Les salles des gourdes à miellat

Werber intercale alors un passage encyclopédique fascinant sur la salle des gourdes à miellat de Bel-o-kan.
Inspirée des techniques des fourmis du Sua, cette salle abrite des ouvrières-sacrifiées suspendues au plafond, transformées en réservoirs vivants : leurs abdomens sont gonflés de nectar, de rosée et de sucres.
Ces « bonbonnes » vivantes alimentent toute la cité, délivrant leur miellat au goutte-à-goutte.
Elles incarnent le sacrifice ultime pour la collectivité, une forme d’esclavage accepté au nom de la survie.

Cette innovation prouve une fois encore que, chez les fourmis, la guerre est le moteur du progrès : la Cité a volé cette idée à un peuple vaincu.
La 56ᵉ femelle et le 327ᵉ mâle s’y abreuvent avant de se séparer — une scène de tendresse silencieuse avant le chaos à venir.


Chapitre 133 – La préparation du vol nuptial

Dans Bel-o-kan, c’est l’aube du grand événement : le vol nuptial.
Les artilleuses se positionnent sur les hauteurs, prêtes à défendre la cité contre les oiseaux.
Elles forment une couronne défensive vivante, abdomens dressés vers le ciel, et tirent leurs jets acides comme des canons antiaériens.

La 56ᵉ femelle ailée, elle, se prépare dans sa loge.
Des ouvrières l’enduisent de salive protectrice, assouplissent ses pattes, vérifient ses ailes et remplissent son jabot social de miellat pour soutenir l’effort du vol.
Werber décrit la scène avec un soin sensuel : la future reine, majestueuse, se couvre d’odeurs et de couleurs — un mariage de biologie et de rituel.


Chapitre 134 – Les souvenirs de la 56ᵉ femelle

En marchant vers la sortie, la 56ᵉ repense à tout :
le 327ᵉ mâle fugitif, leur communication absolue, la rencontre avec la 103 683ᵉ, les tueuses au parfum de roche, la lomechuse et les cadavres du -50e étage.
Elle se remémore la fuite, la peur, la découverte du passage dans le granit…
Et quelque chose la hante : rien ne colle.

Les infiltrées sont trop nombreuses, trop organisées.
Leur existence ne peut s’expliquer par la simple folie ou la trahison.
Elle songe alors à la lomechuse, insecte de surface incapable de descendre seule dans les profondeurs.
Quelqu’un a donc transporté ces créatures jusque-là, avec méthode et puissance.


Chapitre 135 – L’illumination de la 56ᵉ

Peu à peu, une évidence s’impose à elle :

« Une partie de la Meute a un secret qu’elle protège contre ses propres sœurs. »
Ce n’est plus un conflit entre espèces, mais une guerre intérieure, un mensonge collectif entretenu par le pouvoir lui-même.
En pleine procession vers le vol nuptial, la 56ᵉ s’arrête, saisie d’une révélation.
Elle revoit les événements dans l’ordre :

  • l’expédition anéantie,
  • les trente légionnaires massacrées,
  • la lomechuse importée,
  • les réserves sous la cité…
    Et soudain, elle comprend.
    Elle se retourne et court à contre-courant, criant intérieurement :

« Pourvu qu’il ne soit pas trop tard ! »

La narration s’interrompt brutalement sur cette montée dramatique, laissant planer un suspense insoutenable.


Encadré encyclopédique – L’éducation des fourmis

Werber clôt ce passage sur une fiche de l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, décrivant l’éducation des ouvrières :

  • 0–10 jours : soin à la reine.
  • 10–20 jours : soin aux cocons.
  • 20–30 jours : soin aux larves.
  • 30–40 jours : entretien de la Cité.
  • 40–50 jours : gardiennes ou trayeuses.

Tout est prévu, codé, sans place pour la déviance — un contraste total avec l’humanité chaotique de Nicolas et de ses camarades.


Ces pages forment un entrelacement parfait entre les deux univers :

  • Dans le monde des fourmis, la 56ᵉ femelle découvre un complot immense au cœur même de Bel-o-kan.
  • Dans le monde humain, Nicolas, sans le savoir, continue de s’unir aux fourmis par le goût, le jeu et le rêve.

La frontière entre espèces se dissout lentement : Werber prépare ici la fusion finale des deux mondes.

Chapitre 136 – La préparation du vol nuptial (suite)

Le 327ᵉ mâle se prépare lui aussi pour le grand vol. Autour de lui, les autres mâles ne parlent que de femelles, rêvant de leur beauté et de leur parfum.
L’un prétend avoir goûté le miellat d’une princesse, au goût de sève et aux effluves de jonquille.
Mais le 327ᵉ, qui a connu la 56ᵉ femelle ailée, sait que tout cela est illusion : le miellat d’une femelle n’est pas différent de celui des ouvrières.
Pourtant, il rêve de la revoir et de lui offrir ses spermatozoïdes pour qu’elle fonde sa propre cité.

« Dommage, pense-t-il, qu’on n’ait pas inventé une phéromone pour se reconnaître dans la foule. »

Pendant ce temps, la 56ᵉ femelle entre, contre toutes les règles, dans la salle des mâles.
C’est un scandale : mâles et femelles ne doivent se rencontrer qu’au moment du vol.
Les princes, scandalisés, diffusent des phéromones hostiles pour la chasser.
Mais elle continue, déterminée, cherchant son compagnon :

« 327ᵉ ? 327ᵉ ? Où es-tu ? »

Elle le trouve enfin… mort, la tête tranchée d’un coup net.


Chapitre 137 – Le totalitarisme de la fourmilière

Werber insère ici un texte fondamental d’Edmond Wells sur le totalitarisme :

« Les hommes admirent les fourmis parce qu’ils pensent qu’elles ont inventé un système totalitaire parfait. »

Tout le monde y obéit, travaille, se sacrifie — un rêve d’ordre que les humains ont tenté d’imiter.
Mais Edmond Wells met en garde :

« La nature n’aime pas l’uniformité. Elle puise sa force dans la diversité. »

Comme les champs de maïs génétiquement identiques qui meurent tous à la moindre maladie, une société uniforme est condamnée à s’effondrer.
Le véritable génie de la nature réside dans la diversité, la différence, la folie et l’imprévisible.

La 56ᵉ, accablée par la mort du 327ᵉ, se dirige vers le dôme.
Elle distingue deux silhouettes : les tueuses au parfum de roche — la grosse et la boiteuse.
Elles s’approchent.
La 56ᵉ bondit, les attaque, mais elles la maîtrisent rapidement.
Au lieu de la tuer, elles engagent un contact antennaire : elles veulent lui parler.


Chapitre 138 – Les tueuses se justifient

La 56ᵉ, furieuse, hurle des phéromones de colère :

« Pourquoi avoir tué le 327ᵉ ? Il allait mourir de toute façon pendant le vol ! »

Les tueuses répondent calmement :

« Certaines choses ne peuvent pas attendre. »
Elles ne sont pas des espionnes, mais des gardiennes de la santé de la Meute.
Elles se disent “soldates anti-mauvais stress”.

Elles expliquent leur mission : certaines vérités sont trop angoissantes.
Si elles se propagent, elles paralysent la Meute, provoquent des toxicités chimiques et des crises collectives.

« Il vaut mieux crever l’œil que laisser l’angoisse envahir le cerveau. »

La 56ᵉ comprend alors l’ampleur du mensonge : un système de censure biologique existe au sein même de Bel-o-kan.
Un pouvoir secret élimine toute fourmi qui découvre des vérités dangereuses.


Chapitre 139 – La rébellion de la 56ᵉ

Les tueuses poursuivent leur discours :

« Nous avons crevé l’œil. Nous avons arrêté l’angoisse. »
Selon elles, tout organisme a un tel système de sécurité.
Ceux qui en sont dépourvus meurent de peur.

Mais la 56ᵉ refuse de céder :

« Vous mentez. Ce que vous cachez finira par détruire la Meute. »

Elle profite d’un instant d’inattention et plante ses antennes dans les yeux de la grosse, la rendant aveugle.
Puis, d’un battement d’ailes, elle s’échappe dans un nuage de poussière.
Les tueuses, surprises, la perdent de vue.
La 56ᵉ fuit vers le dôme :

« Elle vient de frôler la mort. Elle va maintenant commencer une autre vie. »


Chapitre 140 – Le discours d’Edmond Wells à l’Assemblée

Werber interrompt le récit avec un discours d’Edmond Wells prononcé devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, contre les fourmilières jouets :

« Hier, j’ai vu dans les magasins ces boîtes en plastique transparent, remplies de terre et de fourmis.
Pour un enfant, c’est fascinant : un monde miniature, autonome. »

Mais il ajoute :

« Chaque fois que j’observe ces fourmis, je me sens comme leur Dieu.
Si je veux la pluie, je verse de l’eau ; si je veux la mort, je peux les écraser sans qu’elles comprennent. »

Puis il conclut :

« Et si, nous aussi, étions dans un aquarium ?
Si Adam et Ève avaient été deux cobayes expérimentaux, observés par une autre espèce géante ?
Si le bannissement du paradis n’était qu’un changement d’aquarium ? »


Ce passage marque un tournant métaphysique majeur du roman :

  • Les tueuses de Bel-o-kan révèlent que la vérité peut être biologiquement censurée.
  • Edmond Wells, lui, suggère que l’humanité entière pourrait n’être qu’une expérience observée par une intelligence supérieure.

Werber tisse ici son fil rouge :

la connaissance rend libre, mais la liberté détruit l’ordre.

Chapitre 141 – Le discours d’Edmond Wells (fin)

Edmond Wells poursuit son plaidoyer devant la commission :
Et si le Déluge n’avait été qu’un simple verre d’eau renversé par un Dieu distrait ?
Peut-être que la seule différence entre ses fourmis et les humains est que les unes sont prisonnières de parois de verre, et les autres d’une force gravitationnelle.
Il avoue qu’il ne torture jamais ses fourmis : il leur donne à manger, les protège de la chaleur, et les observe avec respect.
Mais il s’inquiète de voir des milliers d’enfants devenir des dieux irresponsables, maîtres de mini-univers qu’ils peuvent détruire au moindre caprice.

Sa conclusion est magistrale :

« Je ne vous demande pas d’interdire ces fourmilières par pitié pour les fourmis, mais parce que nous pourrions être, nous aussi, les jouets d’un jeune dieu.
Souhaiteriez-vous que la Terre soit un jour offerte en cadeau de Noël à un enfant capricieux ? »

Werber relie ainsi la curiosité scientifique à la responsabilité morale, posant la question centrale du roman :
Et si l’humanité n’était qu’une fourmilière géante observée par un autre être ?


Chapitre 142 – La montée vers la lumière

Pendant ce temps, dans Bel-o-kan, les retardataires se pressent vers la surface.
La 56ᵉ femelle se mêle à la foule des sexués, ses odeurs-passeports brouillées par celles des autres.
Elle découvre alors la lumière du jour pour la première fois.
Ce n’est d’abord qu’un halo, puis une clarté aveuglante : le soleil.
Werber décrit la scène comme une révélation mystique :

« La chaude, la douce, la belle lumière. La promesse d’un nouveau monde. »

Les photons frappent sa chitine, lui brûlent les yeux, stimulent ses trois cerveaux.
Elle se sent ivre, comme si elle avait bu trop de miellat fermenté.
L’expérience est à la fois douloureuse et divine — une naissance sensorielle après une vie d’obscurité.


Chapitre 143 – Le vent, les oiseaux et le danger

La 56ᵉ femelle franchit enfin le mur de lumière et se retrouve à l’extérieur.
Le vent la fouette, l’air froid la pique, le parfum du monde libre l’étourdit.
Elle grimpe jusqu’au sommet du dôme, où l’attendent des ouvrières qui la poussent vers la piste de décollage du vol nuptial.

Mais déjà, les moineaux rôdent, tournoyant au-dessus de la Cité.
Des artilleuses disposées en couronne défendent la sortie à coups de jets d’acide.
Un oiseau s’élance, capture trois femelles, mais se fait aussitôt brûler les ailes et s’écrase.
Werber intercale ici une réflexion encyclopédique sur les prédateurs :

« L’homme, en éliminant ses prédateurs, a perdu la conscience du danger.
Les fourmis, elles, vivent sans cesse sous menace et, de ce fait, ne cessent d’évoluer. »

Cette note relie encore une fois l’instinct des fourmis à la stagnation des humains : la sécurité rend faible.


Chapitre 144 – Le massacre des premières vagues

À 22°-temps, la Cité ordonne le départ du vol nuptial.
Les femelles battent des ailes ; les mâles, enivrés, les suivent.
Les premières vagues sont massacrées par les oiseaux :
des moineaux, puis des merles, rouges-gorges, pinsons, pigeons…
C’est un véritable festin aérien.
Les artilleuses tirent à la verticale, mais leur acide retombe sur la Cité, causant d’innombrables dégâts.
Certaines femelles refusent de sortir et choisissent de copuler dans les salles souterraines, renonçant à la lumière.
Mais d’autres persistent : la cinquième, sixième et septième vague finissent par franchir la barrière.


Chapitre 145 – Le vol de la 56ᵉ femelle

La 56ᵉ, terrorisée, hésite encore.
Autour d’elle, des têtes de sœurs décapitées tombent, suivies de plumes.
Elle sent la panique monter.
Puis, apercevant les deux tueuses, la boiteuse et la grosse aux yeux morts, elle comprend qu’elle n’a plus le choix.

« Elle prend son vol d’un seul coup. »

Les mandibules des tueuses claquent dans le vide.
La 56ᵉ s’élève, passe entre les serres d’une mésange — simple question de chance.
Sur mille cinq cents princesses, quatorze seulement survivent.
Et parmi elles, la 56ᵉ, portée par le vent et le destin.

Werber conclut avec une note d’Edmond Wells :

« Combien de cités furent anéanties par un essuie-glace ? »

La fragilité de la vie, qu’elle soit humaine ou insecte, est absolue : un geste anodin peut effacer des civilisations entières.


Ce segment du roman mêle lyrisme et métaphysique :

  • La 56ᵉ femelle vit une ascension initiatique, de la caverne vers la lumière, symbole d’illumination et de liberté.
  • Edmond Wells, lui, établit le parallèle final : nous sommes peut-être les fourmis d’un autre univers, observées par des enfants-dieux.

Les deux récits fusionnent à nouveau — la quête de connaissance devient une expérience cosmique.

 

Chapitre 146 – Le vol de la 56ᵉ femelle (suite)

La 56ᵉ femelle ailée fend désormais le ciel.
Le bleu immense s’ouvre devant elle — vertige absolu pour une créature née dans l’obscurité des galeries.
Elle découvre les courants d’air, les « pompes » qui la soulèvent et les « trous d’air » qui la précipitent.
Chaque battement d’aile devient un apprentissage. Elle découvre l’art du virage, de la descente, de la montée : un ballet instinctif, une grammaire du vol gravée dans la mémoire de l’espèce.
Mais déjà, des mâles la poursuivent. La sélection naturelle commence.
Les plus rapides l’atteignent. Le premier s’arrime à son abdomen et, au prix d’un effort acrobatique, s’accouple en plein ciel.


Chapitre 147 – L’extase et la mort

La 56ᵉ découvre une nouvelle forme de plaisir : vitesse et union se mêlent en une transe extatique.
Elle plonge soudain en piqué, grisée par la chute.

« C’est fou ! La grande extase ! »
L’image du 327ᵉ mâle traverse son esprit au moment où le vent siffle entre ses yeux.
Mais la jouissance est fatale : le premier mâle meurt d’un arrêt cardiaque post-coïtal, chute libre, effacé dans le vide.
Chez les fourmis, explique Werber, l’éjaculation est mortelle — symbole d’un monde où le plaisir s’accomplit dans la disparition.
D’autres mâles se succèdent, dix-sept ou dix-huit, emplissant la spermathèque de la 56ᵉ.
Elle sent dans son ventre le bouillonnement des millions de cellules qui peupleront un jour sa cité.
Elle devient, à cet instant, mère d’un empire à naître.


Chapitre 148 – L’amour céleste et la chasse au dragon

Autour d’elle, le ciel grouille de caravanes d’amour suspendues : femelles en extase, mâles agonisants, un ballet nuptial à la fois sublime et morbide.
Mais le danger guette. Quatre hirondelles surgissent d’un cerisier et fondent sur les amants aériens.
Le ciel devient un champ de massacre.
La 56ᵉ tente de fuir, mais les oiseaux la suivent.

En parallèle, la 103 683ᵉ soldate prépare une expédition d’exploration vers la cité de Zoubi-zoubi-kan, au bord de la Fédération, pour une « chasse au dragon » — un lézard signalé dans la zone des pucerons.
Cette mission, présentée comme un acte de bravoure, lui servira en réalité de prétexte pour poursuivre son enquête sur l’arme secrète des termites.


Chapitre 149 – Le départ des exploratrices

Les exploratrices remplissent leurs réserves d’énergie et se couvrent de bave d’escargot pour résister au froid et aux spores mortelles.
Elles quittent Bel-o-kan par la sortie de l’Est, traversant une foule grouillante de fourmis chargées de provisions, de pierres et de gibier.
Puis, la route s’étrécit.
Elles croisent une troupe de mutilées, revenues d’un combat inconnu : pattes manquantes, antennes arrachées, abdomens tranchés.
La 103 683ᵉ tente d’interroger une survivante, mais celle-ci, le crâne fendu et les orbites vides, s’effondre en silence.
L’horreur se lit dans le silence collectif : une force nouvelle, inconnue, rôde dans l’Est.


Chapitre 150 – La mort de la 56ᵉ et la leçon d’Edmond Wells

Dans le ciel, la 56ᵉ tente un dernier piqué pour fuir son poursuivant.
Mais l’hirondelle est plus rapide.
Le bec se referme sur elle — tête, thorax, abdomen — et tout s’éteint.
Ainsi se termine la destinée de celle qui voulait connaître la vérité.

Werber insère ensuite une note d’Edmond Wells sur le sacrifice :

« Une tête coupée mord encore, un thorax se traîne pour boucher une issue.
La fourmi meurt par modestie : sa mort n’a pas d’importance comparée à la tâche qu’elle accomplit. »

Pendant ce temps, les exploratrices poursuivent leur route vers l’Est, contournant buttes et buissons.
Elles avancent vers l’orient maléfique, là où s’annonce la vérité que la 56ᵉ n’aura pas eu le temps de découvrir.


Ce passage mêle extase et tragédie, mysticisme et biologie :

  • Le vol nuptial devient un rite initiatique de vie et de mort.
  • La 103 683ᵉ prend la relève, héritant de la mission de vérité.
  • L’Encyclopédie donne sens à tout : la fourmi ne se sacrifie pas par obéissance, mais parce qu’elle se considère comme insignifiante face à la Vie — un miroir renvoyé à l’humanité.

Chapitre 151 – La traversée vers l’Est

La 103 683ᵉ soldate et sa troupe progressent vers la cité frontalière de Zoubi-zoubi-kan.
Elles découvrent un territoire étrange, luxuriant et déroutant : des bolets géants, des satyres puants, des sabots de Vénus et même des pieds de chat — plantes normalement réservées à d’autres zones climatiques.
Leur voyage devient un catalogue vivant de biodiversité, preuve que la nature s’adapte au-delà des frontières biologiques.
Les fourmis suivent les signaux odorants gravés par d’autres exploratrices, des messages chimiques du type :

« Au carrefour 29, détour par les aubépines ! »
Vestiges de guerres passées, ces odeurs sont la mémoire même du sol.


Chapitre 152 – La cité de Zoubi-zoubi-kan

De loin, Zoubi-zoubi-kan semble être un simple bosquet, camouflé sous des feuillages.
Mais en réalité, c’est une cité rousse typique, structurée autour d’une souche, d’un dôme et de dépotoirs.
Ses entrées sont dissimulées dans les hauteurs, parmi les rosiers sauvages et les fougères.
Les exploratrices pénètrent dans la cité et découvrent une organisation surprenante :
les fourmis y ont transformé les pucerons en véritables bétail domestiqué, leur coupant parfois les ailes pour les garder captifs.
Les étables à pucerons sont monumentales, entretenues avec soin.
Chaque aphidien y est nourri, protégé, soigné — une symbiose devenue esclavage, preuve de la dérive utilitariste des sociétés avancées.


Chapitre 153 – Les bergères et les coccinelles

Alors que les exploratrices observent le troupeau, trois coccinelles fondent sur les pucerons, provoquant un carnage.
Les bergères locales surgissent et projettent de l’acide formique, neutralisant les envahisseuses.
Elles rassurent ensuite leurs « vaches à lait » en les caressant des antennes, jusqu’à ce qu’elles sécrètent une bulle de miellat, sucre transparent et vital.
C’est dans ce moment paisible que les exploratrices belokaniennes sont accueillies :

« Nous sommes venues pour chasser le lézard. »
Les bergères indiquent la direction : Guayeï-Tyolot, à l’Est.
Puis, par hospitalité, elles leur offrent de se nourrir directement sur les pucerons.


Chapitre 154 – Le retour de la 56ᵉ femelle (parallèle)

Werber alterne alors avec le destin de la 56ᵉ femelle ailée, que l’on croyait morte dans le bec d’une hirondelle.
En réalité, elle est vivante, engloutie mais non digérée.
Par un sursaut d’instinct, elle plante ses mandibules dans la paroi de l’œsophage de l’oiseau.
La douleur fait tousser le prédateur, qui la recrache dans les airs.
Aveuglée, les ailes engluées, elle tombe dans un fleuve, au milieu des cadavres d’autres reines.
Autour d’elle, c’est la débâcle : salamandres, pigeons, crapauds, serpents — tous les prédateurs du monde semblent s’acharner sur le vol nuptial.
Sur mille cinq cents femelles, seules six survivent.
La 56ᵉ est parmi elles.


Chapitre 155 – La dérive et la résilience

Flottant sur une feuille, la 56ᵉ calcule sa position grâce à la lumière du soleil, prouvant une intelligence instinctive rare.
Mais elle est à bout de forces : grenouilles, poissons et remous menacent de la happer.
Finalement, le froid la paralyse et elle perd connaissance, dérivant vers l’inconnu.

Transition brutale : Werber nous ramène à Nicolas, à l’orphelinat.
Avec Jean et Philippe, il regarde la télévision.
Un débat scientifique y oppose deux entomologistes :
le Professeur Leduc et le Professeur Rosenfeld.
Leduc affirme :

« Chez les fourmis, la reine n’a aucun pouvoir. Chaque cité invente son propre système de gouvernement : monarchie, démocratie, anarchie… Et quand les citoyens ne sont pas satisfaits, ils se révoltent. »
Cette réflexion fait écho, ironiquement, à la révolte des fourmis de Bel-o-kan.


Ces chapitres annoncent la convergence finale des intrigues :

  • La 103 683ᵉ s’enfonce vers l’Est et le secret des termites.
  • La 56ᵉ, miraculée, dérive vers un destin inconnu.
  • Nicolas, au contact de la science, commence à comprendre que le monde des fourmis n’est pas si éloigné du sien.

Chapitre 156 – Le débat scientifique à la télévision

À la télévision, le professeur Leduc et le professeur Rosenfeld poursuivent leur duel idéologique.
Leduc, adepte de l’école allemande, défend une société des fourmis fondée sur une hiérarchie de castes et sur des individus alpha, plus intelligents et naturellement faits pour commander.
Rosenfeld, de l’école italienne, prône au contraire une anarchie organique, où toute fourmi peut devenir chef si son idée sert la communauté.

Leur dispute devient métaphorique :

« C’est la vieille querelle entre l’inné et l’acquis, entre la nature et la culture. »
Werber s’amuse à en faire le miroir des divisions humaines — les fourmis, créatures d’ordre, sont ici le terrain d’expérimentation de nos obsessions sociales.

Mais Nicolas, lui, n’écoute plus.
Car il vient de reconnaître Leduc : c’est le même homme que celui des reliures, celui qui s’était introduit chez ses parents.
Ce visage, ces yeux jaunes, il ne peut pas se tromper.


Chapitre 157 – La révélation de Nicolas et sa fuite

Nicolas comprend alors :

  • Leduc n’a pas seulement étudié les fourmis, il a volé l’Encyclopédie d’Edmond Wells.
  • Son père et sa mère avaient découvert quelque chose dans la cave, un secret lié à ce livre.
  • C’est pour cela qu’ils sont morts.

Saisi d’un éclair de lucidité, il se dit :

« Tout est là-dessous. Dans la cave. »
Sans prévenir, il quitte la salle, monte dans sa chambre, enfile sa veste de cuir, glisse son canif et s’échappe de l’orphelinat.
Son but : retrouver la cave des Wells et découvrir la vérité.


Chapitre 158 – Guayeï-Tyolot : le poste avancé

Pendant ce temps, la 103 683ᵉ atteint le poste avancé de Guayeï-Tyolot, une petite fourmilière autonome, sans reine ni castes.
Chaque fourmi y fait tout à la fois : chasseuse, nourricière, bâtisseuse.
C’est une société primitive et égalitaire, qui se moque des grandes cités centralisées.

Les murs de la salle principale sont ornés de trophées de chasse : papillons, scarabées, grillons, tous recouverts d’acide formique pour la conservation.
Mais il manque un trophée essentiel : la reine termite.
Quand la 103 683ᵉ prononce le mot « termite », la fourmi autochtone se fige, puis s’enfuit, terrifiée.
Le mot semble tabou.


Chapitre 159 – Le miellat inconnu et la vieille guerrière

Une troupe de chasseresses revient alors, traînant une chenille étrange qui sécrète du miel.
Elles la baptisent « l’animal à sucre » et s’en délectent, découvrant une nouvelle source d’énergie.
C’est alors qu’une vieille fourmi s’approche de la 103 683ᵉ : la 4 000ᵉ guerrière, ridée, carapace rayée, mémoire vivante des guerres passées.
Elle l’invite dans sa loge secrète, un trou isolé du reste de la cité :

« N’aie crainte, ici on peut parler. »

La 103 683ᵉ lui confie sa mission : comprendre qui a inventé l’arme secrète qui a décimé La-chola-kan.
Les naines sont innocentes ; les termites sont les seuls suspects.
La vieille, surprise, demande :

« C’est cette arme qui t’a arraché la patte ? »
Non, répond la 103 683ᵉ. C’était à la bataille des Coquelicots.
La vieille sourit :
« J’y étais aussi. »
Elles échangent leurs souvenirs de guerre, liées par l’expérience du sang et de la survie.


Chapitre 160 – Les termites ont disparu

La 4 000ᵉ guerrière finit par livrer son secret :

« Il se passe ici aussi des choses très étranges… »

Les termites de l’Est ont disparu.
Autrefois, elles traversaient le fleuve de Sateï pour espionner les fourmis.
Mais depuis quelque temps, plus rien.
Aucune attaque, aucune éclaireuse, aucune trace.
Elles se sont volatilisées.

Les fourmis de Guayeï-Tyolot ont envoyé plusieurs escouades d’espionnes — toutes ont disparu à leur tour, sans laisser de cadavres.
Pas même de fragments de chitine.

« Un ennemi qui attaque, c’est inquiétant.
Mais un ennemi qui disparaît, c’est pire encore. »

La 103 683ᵉ frissonne : cela lui rappelle les disparitions dans les galeries du -50ᵉ étage, à Bel-o-kan.
Le même silence, la même absence totale de traces.
Un mystère commun relie donc la surface et le monde souterrain.


À ce stade, tout converge :

  • Nicolas retourne à la cave, là où tout a commencé.
  • La 103 683ᵉ approche du cœur du mystère : la disparition des termites.
  • Et au-dessus de tout, plane la présence de Leduc/Gougne, le scientifique démiurge, écho humain de la Reine des fourmis.

Chapitre 161 – Le mystère de la termitière de l’Est

La 103 683ᵉ soldate apprend de la vieille guerrière de Guayeï-Tyolot le récit terrifiant d’une expédition disparue.
Cinq cents fourmis avaient été envoyées pour explorer la termite de l’Est. Une seule est revenue, mourant dans des convulsions sans blessure visible.

« La mort lui était tombée dessus sans raison. »
La 103 683ᵉ comprend : la clé du mystère, de l’arme secrète et des disparitions se trouve forcément dans la termitière de l’Est.

Suit une page de l’Encyclopédie d’Edmond Wells :

« Chaque neurone du cerveau humain, chaque fourmi d’une fourmilière contient l’ensemble de l’information.
Mais seule la collectivité permet la conscience — la pensée en relief. »
Une comparaison entre le cerveau et la fourmilière, soulignant que la pensée collective est une forme de conscience holographique.


Chapitre 162 – Le réveil de la 56ᵉ femelle devenue reine

La 56ᵉ femelle, désormais reine, reprend conscience sur une rive de graviers après avoir survécu à sa chute dans le fleuve.
Elle nettoie ses antennes, reconnaît des odeurs familières : elle est du bon côté du fleuve, sur le territoire de la Fédération.
Mais aucune piste de phéromones ne l’aide. Elle devra fonder seule sa cité, qu’elle reliera plus tard à Bel-o-kan.
Fatiguée, elle attend que ses ailes sèchent avant de s’envoler à nouveau.

Pendant ce temps, la 103 683ᵉ revient à Guayeï-Tyolot. Les autres fourmis l’évitent désormais comme une pestiférée :
elle est soupçonnée d’avoir été contaminée par l’alternaria ou par un mauvais esprit.
Mais elle garde le cap : seule compte sa mission.


Chapitre 163 – Le plan contre le lézard

Les Guayeïtyolotiennes préparent une chasse au lézard : trois « dragons » ont récemment ravagé les troupeaux de pucerons.
Elles expliquent que les lézards sont thermosensibles :

« L’idéal serait de charger le saurien dès l’aube, quand la nuit l’a refroidi. »
Pour supporter le froid, les chasseuses reprennent les techniques des naines : se gaver de sucres et d’alcool, puis s’enduire de bave d’escargot pour conserver la chaleur.

Mais la 103 683ᵉ, distraite, repense au mystère de la termitière.
Une fourmi lui glisse à l’antenne :

« La vieille avec qui tu as parlé… Elle a été piquée par un ichneumon. »
Un frisson la parcourt.


Chapitre 164 – La descente de Nicolas

Retour au monde humain.
Nicolas, muni de sa clé et de son canif, retourne au 3, rue des Sybarites.
Il brise les scellés de la police, rallume la torche, et s’engouffre dans la cave en colimaçon.
La descente semble infinie : marches, inscriptions, silence.
Des rats s’enfuient à son passage.
Puis une chauve-souris s’accroche à ses cheveux, lui mordant le cuir chevelu avant de s’envoler.
Essoufflé, exalté, il continue jusqu’à buter contre un mur de béton et d’acier, celui-là même que son père avait érigé avant de disparaître.


Chapitre 165 – L’énigme des six allumettes

Sur le mur, une inscription gravée :

« Comment faire quatre triangles équilatéraux avec six allumettes ? »
En dessous, un cadran à lettres remplace les chiffres.
Nicolas se souvient des mots de son père :
« Il faut penser autrement. »
Dans un moment d’intuition pure, il compose huit lettres (le roman ne les révèle pas explicitement).
Un déclic. Le mur bascule lentement.
Nicolas s’avance, mais la paroi se referme derrière lui, éteignant sa torche.
Le noir total. Aucun retour possible.
Il gratte le béton à mains nues, se casse les ongles.
La dernière phrase du chapitre résonne comme une sentence :
« Son père avait fait du bon travail. Il n’était pas serrurier pour rien. »

Suit une dernière note d’Edmond Wells :

« La propreté est un élément de survie.
Si la mouche ne se lave pas, elle ne verra jamais la main qui s’abat sur elle. »


🔹 Résumé des enjeux à ce stade :

  • Nicolas est enfermé dans la cave, au cœur du secret.
  • La 103 683ᵉ prépare l’expédition vers la termitière disparue.
  • La 56ᵉ reine, seule survivante du vol nuptial, s’apprête à fonder une nouvelle civilisation.

Tout converge vers une révélation finale : la nature du lien entre les humains et les fourmis — deux mondes parallèles, peut-être déjà confondus.

Chapitre 166 – La disparition de Nicolas

Le lendemain, la presse s’empare de l’affaire :

« La cave maudite de Fontainebleau a encore frappé ! »
Le fils unique de la famille Wells, Nicolas, a disparu à son tour. La police reste impuissante.
Ainsi, l’histoire humaine rejoint le cycle infernal des disparitions : le fils a suivi les pas du père, dans le silence du mystère.


Chapitre 167 à 170 – L’épilogue : La toile du monde

Werber clôt le roman par une scène d’apparente déconnexion, mais d’une puissance symbolique absolue :
le regard d’une araignée observant le monde depuis une fougère.

L’araignée tisse sa toile parfaite, chef-d’œuvre d’ingénierie naturelle.
Elle construit, fil après fil, un octogone géométrique, composé de fibres de fibroïne, d’une solidité supérieure au nylon et d’une élasticité triple.
Chaque glande de son abdomen produit un type de soie différent :

  • pour le support,
  • pour la chasse,
  • pour protéger les œufs,
  • pour emballer les proies.

Werber y voit un reflet du génie biologique, une symphonie d’équilibres.

« En vérité, la soie est le prolongement filandreux des hormones araignées, tout comme les phéromones sont les prolongements volatils des hormones fourmis. »

L’araignée devient alors l’ultime métaphore du roman : chaque fil de sa toile correspond à un lien entre les espèces, entre les mondes, entre les consciences.


Chapitre 168 – La reine captive

Dans le filin de soie, une vibration. Une proie s’est prise au piège.
C’est une fourmi ailée.
Une reine rousse de Bel-o-kan : la 56ᵉ.

L’araignée s’en approche, observant l’insecte englué, incapable de se libérer.
Elle songe avec mépris à cette espèce hyperorganisée, incapable de vivre seule.

« Quel intérêt ? Où est le progrès, si l’on ne sait plus se nourrir sans l’aide d’autrui ? »

La reine, consciente, comprend que c’est la fin.
Elle a survécu à la guerre, aux oiseaux, aux fleuves — pour finir là, dans une toile blanche.

« Dans un cocon blanc, elle est née ; dans un cocon blanc, elle va mourir. »


Chapitre 169 – La mort de la 56ᵉ

L’araignée s’approche, prête à injecter son venin sédatif.
Mais chez ces chasseuses, la mise à mort est lente : elles préfèrent conserver leurs proies vivantes,
les endormant et les dévorant petit à petit, pour garder la chair fraîche.

La 56ᵉ comprend le supplice à venir : être mangée vivante, morceau après morceau.
Alors, dans un ultime instinct de survie, elle ralentit volontairement son cœur,
refusant la panique, cherchant à s’autodétruire avant la première morsure.
Mais le destin en décide autrement :
une libellule se heurte à la toile, provoquant un chaos de vibrations.
L’araignée hésite, distraitement fascinée par le nouveau combat du monde.


Chapitre 170 – Vie et mort, ou le fil du temps

Une éphémère vient de s’écraser dans la toile.
Elle ne vivra qu’une journée : née le matin, morte le soir.
Werber décrit alors sa course contre la montre, son besoin vital de se reproduire avant de disparaître.

« Comment rempliriez-vous votre existence si vous saviez que vous êtes né le matin pour mourir le soir ? »

Ce dernier insecte devient l’incarnation du sens de la vie :
la beauté éphémère du mouvement, la lutte contre le temps,
la conscience que toute existence est un fil suspendu dans l’immense toile du monde.

Pendant ce temps, l’araignée s’apprête à dévorer ses deux proies —
mais une vibration différente traverse la toile : une autre araignée, femelle, vient la rejoindre.
Elles s’accouplent sur les cadavres des insectes pris au piège.
La vie continue, la mort nourrit la création,
et la toile, indifférente, reste tendue entre les mondes.


🕸️ Épilogue – La boucle

Ainsi se ferme le cycle :

  • Les fourmis ont cherché la connaissance jusqu’à la mort.
  • Les humains ont creusé trop profond dans leur cave.
  • L’araignée, elle, tisse sans questionner.

Tout n’est que cycle, échange et interdépendance.
Les mondes se superposent, se répondent, se dévorent.
Et la soie de l’araignée devient la métaphore ultime du roman :

Chaque fil relie une conscience à une autre, formant la grande toile de la Vie.


🕷️ Conclusion générale du roman :
Werber clôt Les Fourmis sur une vision cosmique et biologique du monde :
tout est lié — humains, fourmis, araignées, idées.
Le savoir, la guerre, la survie, la reproduction : tout n’est que mécanisme d’un même organisme universel, qui se pense à travers les espèces.

« La fourmilière, la cave, la toile : trois niveaux d’un même réseau.
Et peut-être, au-dessus d’eux, quelqu’un qui nous observe,
comme nous observons les fourmis. »

🪶 Fin du tome I — Les Fourmis.
Suit, dans la trilogie, Le Jour des Fourmis, où l’humanité découvrira enfin la communication directe avec ce peuple souterrain.

 

🐜fiche complète et claire des personnages principaux du roman Les Fourmis 

 


🧍‍♂️ Univers des humains

Nicolas Wells

  • Identité : Fils d’Edmond et de Lucie Wells.
  • Rôle : Personnage principal du récit humain.
  • Caractéristiques : Curieux, rêveur, solitaire, passionné de sciences et d’aventure.
  • Évolution :
    • Hérite de la maison et de la mystérieuse cave de son oncle Edmond.
    • Découvre peu à peu l’existence d’un lien entre les humains et les fourmis.
    • Fait preuve d’un courage naïf mais déterminé : il retourne seul dans la cave malgré le danger.
    • Fin tragique : disparaît à son tour, enfermé dans la cave, rejoignant symboliquement le monde souterrain.
  • Symbole : L’humanité qui cherche à comprendre l’invisible et finit engloutie par sa propre curiosité.

Edmond Wells

  • Identité : Oncle de Nicolas, scientifique, philosophe, auteur de L’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu.
  • Rôle : Figure intellectuelle et spirituelle du roman.
  • Caractéristiques : Génial, visionnaire, mélange de savant et de sage.
  • Évolution :
    • Mort avant le début du roman, mais omniprésent à travers ses écrits.
    • Ses textes relient les deux mondes (humain et fourmi) par des réflexions métaphysiques.
  • Symbole : La connaissance absolue, la pensée universelle — le chaînon entre l’homme et l’insecte.
  • Citation clé :

« La fourmi ne pense pas seule. C’est la fourmilière qui pense. »


Jonathan Wells

  • Identité : Père de Nicolas, neveu d’Edmond.
  • Rôle : L’ingénieur curieux qui réactive le drame.
  • Évolution :
    • Découvre la cave de son oncle, s’y aventure avec sa femme.
    • Disparaît mystérieusement, dévoré ou absorbé par le monde souterrain.
  • Symbole : Le savant rationnel qui perd la raison face à l’inconnu.

Lucie Wells

  • Identité : Mère de Nicolas, épouse de Jonathan.
  • Rôle : Victime innocente de la curiosité scientifique.
  • Évolution :
    • Disparaît avec son mari dans la cave.
    • Sa mort reste inexpliquée, renforçant la dimension fantastique du roman.

Commissaire Bilsheim

  • Rôle : Inspecteur chargé d’enquêter sur les disparitions.
  • Caractéristiques : Cynique, pragmatique, souvent dépassé.
  • Évolution :
    • D’abord sceptique, il est confronté à des phénomènes qu’il ne peut expliquer.
    • Fin ambigüe : il comprend qu’il y a « quelque chose » d’autre dans la cave, mais trop tard.
  • Symbole : La limite du rationalisme humain face à l’incompréhensible.

Professeur Leduc / Gougne

  • Rôle : Entomologiste suspect, figure de la science dévoyée.
  • Caractéristiques : Froid, manipulateur, yeux jaunes inquiétants.
  • Évolution :
    • Apparaît dans des conférences et émissions TV.
    • Nicolas découvre qu’il est impliqué dans la mort de ses parents et dans l’affaire des fourmis.
  • Symbole : Le savant fou, l’humain qui veut devenir Dieu.

🐜 Univers des fourmis

La 103 683ᵉ soldate

  • Identité : Guerrière de la cité de Bel-o-kan, la plus brillante et courageuse.
  • Rôle : Héroïne principale du monde des fourmis.
  • Caractéristiques : Curieuse, rebelle, stratégique, indépendante.
  • Évolution :
    • Découvre les mystères du -50e étage et l’existence d’une conspiration interne.
    • Combat à la bataille de La-chola-kan, survit à l’arme secrète.
    • Devient exploratrice vers l’Est, à la recherche des termites disparues.
  • Symbole : Le doute et la quête de vérité face au conditionnement social.
  • Écho humain : Elle est le double de Nicolas Wells.

La 56ᵉ femelle ailée

  • Identité : Reine de Bel-o-kan.
  • Rôle : Figure du savoir et du sacrifice.
  • Caractéristiques : Intelligente, intuitive, sensible.
  • Évolution :
    • Cherche à comprendre les manipulations dans la cité.
    • Découvre le rôle des tueuses au parfum de roche, instruments de censure biologique.
    • Fuit, participe au vol nuptial, devient reine fondatrice, puis meurt dans la toile de l’araignée.
  • Symbole : La lucidité tragique, la connaissance fatale.
  • Écho humain : Lucie Wells — toutes deux mères sacrifiées pour la survie du système.

Le 327ᵉ mâle

  • Rôle : Mâle amoureux de la 56ᵉ femelle.
  • Caractéristiques : Curieux, fidèle, sensible, atypique parmi les mâles dociles.
  • Évolution :
    • Partage une communication absolue avec la 56ᵉ.
    • Meurt assassiné par les tueuses, victime du système.
  • Symbole : L’amour interdit dans une société totalitaire.

Les tueuses au parfum de roche

  • Rôle : Agents secrets de la Meute.
  • Caractéristiques : Cruelles, disciplinées, impassibles.
  • Fonction : Supprimer toute fourmi qui découvre un secret compromettant pour la stabilité de la cité.
  • Symbole : La censure biologique et la raison d’État.
  • Écho humain : Les pouvoirs qui éliminent ceux qui « savent trop ».

La vieille guerrière (de Guayeï-Tyolot)

  • Rôle : Mémoire vivante de la guerre contre les termites.
  • Caractéristiques : Philosophe, lucide, témoin du passé.
  • Symbole : La sagesse issue de l’expérience, à l’opposé du conditionnement collectif.

La Reine-Mère de Bel-o-kan

  • Rôle : Souveraine symbolique, centre de la pensée collective.
  • Caractéristiques : Passive mais omniprésente à travers les phéromones.
  • Symbole : L’ordre établi, le pouvoir conservateur et invisible.

🕸️ Symboles et correspondances

Monde humain

Monde des fourmis

Thème commun

Nicolas Wells

103 683ᵉ soldate

La curiosité et la recherche du savoir

Lucie Wells

56ᵉ femelle

La maternité et le sacrifice

Edmond Wells

Encyclopédie / Mémoire collective

La connaissance universelle

Leduc (Gougne)

Tueuses au parfum de roche

Le contrôle et la censure

Commissaire Bilsheim

Gardiennes du -45ᵉ

L’ordre et le rationnel face à l’irrationnel


🧠 En résumé

Les personnages de Les Fourmis sont miroirs les uns des autres :

  • Chaque humain a son double insecte.
  • Les deux mondes partagent les mêmes conflits : savoir, obéissance, liberté, et survie.
  • Tous finissent engloutis par un système qu’ils croyaient comprendre.

🐜 Werber fait de chacun d’eux un symbole du grand organisme vivant qu’est la Terre — où chaque être, de la fourmi à l’homme, participe à la même expérience cosmique.

 

🧠 Fiche Thématique — Les Fourmis de Bernard Werber (1991)


🪶 1. Présentation générale

  • Titre complet : Les Fourmis
  • Auteur : Bernard Werber
  • Date de publication : 1991
  • Genre : Roman de science-fiction philosophique, thriller naturaliste.
  • Trilogie :
    1. Les Fourmis (1991)
    2. Le Jour des Fourmis (1992)
    3. La Révolution des Fourmis (1996)
  • Structure :
    • Alternance de deux récits :
      • Le monde humain (Nicolas Wells et la cave)
      • Le monde des fourmis (Bel-o-kan et la 103 683ᵉ).
    • Liés par des extraits de l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, voix de l’oncle Edmond Wells.

 

🐜 2. Thèmes principaux

 

🧬 A. La connaissance et ses dangers

« Savoir, c’est se mettre en danger. »

  • Le roman illustre le mythe de Prométhée : le savoir attire la lumière mais brûle celui qui s’en approche trop.
  • Edmond, Jonathan et Nicolas Wells cherchent à comprendre ce qu’il y a sous la surface — et en meurent.
  • La fourmi 103 683ᵉ, elle aussi, cherche la vérité sur les tueuses et les termites — au risque de sa vie.
  • Werber montre que la curiosité est à la fois moteur de l’évolution et cause de la destruction.

📘 Exemples :

  • L’énigme des six allumettes : symbole de la pensée hors du cadre.
  • La descente dans la cave = descente dans la connaissance interdite.

 

🪞 B. Le parallèle entre les mondes

« Ce qui se passe chez les fourmis n’est qu’un reflet de ce qui se passe chez les hommes. »

  • Les deux sociétés sont miroirs l’une de l’autre : guerres, hiérarchies, totalitarismes, croyances.
  • Les fourmis vivent dans une organisation parfaite mais déshumanisée ; les humains, dans un chaos égoïste.
  • En les comparant, Werber questionne la valeur de notre civilisation : qui est vraiment l’espèce la plus évoluée ?

📘 Exemples :

  • Les tueuses au parfum de roche = la censure politique humaine.
  • Les batailles fourmilières = les guerres mondiales.
  • La reine fourmi = le pouvoir religieux ou monarchique.

⚙️ C. La société, l’ordre et la liberté

  • Chez les fourmis : tout est ordre, hiérarchie, obéissance.
  • Chez les humains : individualisme, désordre, ignorance.
  • Werber interroge l’idée de liberté contre stabilité :

« Mieux vaut un monde juste mais contraint, ou un monde libre mais chaotique ? »

  • La 103 683ᵉ et Nicolas incarnent ceux qui refusent le conditionnement, les chercheurs d’autonomie.

📘 Exemples :

  • Les fourmis n’ont pas de révolte ouverte : leur système élimine les déviants.
  • L’humain, lui, s’aliène par la peur et le confort.

💀 D. La mort, le sacrifice et le cycle du vivant

« La mort n’est qu’un changement d’état dans la grande fourmilière du monde. »

  • Chaque être (humain, fourmi, araignée) participe à un cycle infini de vie et de mort.
  • Le roman rejette l’anthropocentrisme : l’homme n’est pas le centre, il est un insecte parmi d’autres.
  • Werber montre que la nature recycle tout, y compris la conscience.

📘 Exemples :

  • La mort héroïque de la 56ᵉ femelle, dévorée dans une toile : retour au cycle.
  • Les batailles fourmilières où les morts deviennent nourriture et engrais.
  • La cave symbolise à la fois le tombeau et la matrice — mort et renaissance confondues.

🌌 E. La spiritualité et la vision cosmique

  • Le roman s’élève du biologique vers le métaphysique : tout est lié par une conscience supérieure.
  • L’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu sert de texte sacré, pont entre science et sagesse.
  • L’idée de Dieu comme observateur d’aquarium revient plusieurs fois :

« Et si nous étions les fourmis d’un autre univers ? »

📘 Exemples :

  • Les extraits d’Edmond Wells : “Et si le Déluge n’était qu’un verre d’eau renversé par un Dieu distrait ?”
  • L’araignée finale, métaphore du créateur indifférent qui tisse sans conscience morale.

 

🧩 3. Thèmes secondaires

Thème

Description

Exemple

Communication

Les phéromones des fourmis remplacent la parole, mais transmettent aussi les émotions.

“La fourmi pleure à plusieurs millions.”

Évolution

Chaque guerre engendre une invention biologique.

Les tanks vivants, la bave d’escargot, les champignons tueurs.

Technologie naturelle

Les fourmis sont les ingénieures parfaites de la nature.

Construction de dômes, gestion des flux thermiques, agriculture de pucerons.

Critique de la science

La science sans conscience devient autodestructrice.

Leduc / Gougne incarne l’arrogance scientifique.

L’instinct collectif

La fourmilière agit comme un seul organisme.

Les communications absolues.

 

🧬 4. Symbolisme majeur

Élément

Symbole

Interprétation

La cave

L’inconscient, le savoir interdit

Descente vers la connaissance et la folie

Les fourmis

L’humanité vue d’en bas

Microcosme de la société humaine

L’Encyclopédie

Le savoir total

L’esprit d’Edmond Wells, pont entre les mondes

L’araignée et sa toile

Le créateur indifférent

Le tissage du destin universel

Les tueuses au parfum de roche

La censure et le pouvoir invisible

Les gardiennes du secret

La lumière du jour

La vérité

L’illumination dangereuse (56ᵉ femelle)

 

💬 5. Les messages philosophiques

  1. La curiosité est la plus noble des vertus… et la plus dangereuse.
  2. L’intelligence collective dépasse l’intelligence individuelle.
  3. Toute société trop parfaite finit par dévorer ses membres.
  4. L’homme n’est qu’un maillon dans la chaîne de la vie.
  5. Dieu, ou la nature, n’a ni morale ni but : elle tisse.

 

✍️ 6. Style et structure

  • Structure alternée : chapitres humains ↔ chapitres fourmis ↔ extraits encyclopédiques.
  • Langue claire et scientifique, accessible, entre narration romanesque et vulgarisation.
  • Tonalité hybride : roman d’aventure, essai biologique, parabole métaphysique.
  • Procédés :
    • Anthropomorphisme réaliste (les fourmis ont des émotions mais pas de dialogues humains).
    • Symbolisme fort (la cave, la lumière, la toile).
    • Rythme rapide et alterné, renforçant le suspense.

 

🕯️ 7. Conclusion — La portée du roman

Les Fourmis est bien plus qu’un roman d’aventure : c’est une fresque philosophique sur la place de l’homme dans le vivant.
Werber y redéfinit le regard anthropocentrique, proposant un univers organique, collectif et cosmique, où tout être vivant est un fragment d’un tout plus vaste.

En mêlant science, fiction et spiritualité, il crée un pont entre Darwin et le Bouddha, entre la fourmilière et la galaxie.

 

🧩 Symbolisme et numérologie dans Les Fourmis


🕯️ 1. Les nombres dans le roman : un langage caché

Werber utilise les nombres comme structure symbolique du monde :

  • Chez les humains → ils sont rationnels, techniques, instrumentaux.
  • Chez les fourmis → ils sont identitaires, spirituels, et vibratoires.

Chaque chiffre reflète un niveau d’existence ou de conscience.


🔢 2. Le cas emblématique : la 103 683ᵉ soldate

Ce numéro, répété des dizaines de fois, n’est pas arbitraire.

a. Décomposition symbolique du nombre

103 683 → 1 + 0 + 3 + 6 + 8 + 3 = 21, puis 2 + 1 = 3.
→ Le 3 représente :

  • L’équilibre entre corps / esprit / âme.
  • Le triangle, forme parfaite (et structure de la fourmilière).
  • Dans le roman, c’est aussi le chiffre de l’union entre les trois mondes :
    • Humain
    • Fourmi
    • Cosmique (le “Dieu observateur”).

➡️ La 103 683ᵉ est donc celle qui relie ces trois niveaux.
C’est la médiatrice, l’éveilleuse, la “Nicolas Wells” du monde des fourmis.

b. 103 = l’individualité scientifique

→ 100 = le système complet (le collectif).
→ +3 = le déséquilibre, l’éveil, la curiosité.
Elle est la fourmi qui sort du cadre, qui remet en cause la perfection du tout.

c. 683 = le chaos ordonné

6 + 8 + 3 = 17 → 1 + 7 = 8
→ Le 8 symbolise l’infini ♾️
Elle incarne le cycle de vie, mort et renaissance — elle survit à tout.

💡 Conclusion :

Le chiffre 103 683 symbolise le passage de l’individu curieux (3) à la conscience collective (8), puis à l’universalité (∞).
C’est la “fourmi-messie” du roman.


👑 3. La 56ᵉ femelle ailée

a. Le nombre 56

5 + 6 = 11, chiffre de la transcendance.
Dans de nombreuses traditions, 11 est le portail, le passage entre deux mondes.

→ Et que fait-elle ?
Elle passe du monde souterrain à la lumière — littéralement et symboliquement.

b. Interprétation spirituelle

  • 5 : le corps, la matière (5 sens).
  • 6 : l’esprit, l’harmonie cosmique.
    Ensemble, 56 = l’union du charnel et du spirituel.

➡️ La 56ᵉ est la médiatrice spirituelle, l’équivalent féminin d’Edmond Wells.
Elle incarne l’intuition, la foi et la révélation, en opposition à la 103 683ᵉ, figure de la raison et de la quête logique.

💡 Conclusion :

La 56ᵉ n’est pas qu’une reine : elle est la prêtresse du passage à la lumière.
Sa mort dans la toile (la “toile du monde”) est une ascension transmutée : elle rejoint le grand réseau de la conscience universelle.


🧬 4. Le 327ᵉ mâle

a. Numérologie

3 + 2 + 7 = 12, puis 1 + 2 = 3.
→ Encore le 3, chiffre de l’équilibre et de l’union.
Mais ici, c’est l’amour équilibrant : il est le complément naturel de la 56ᵉ.

b. Symbolique de 327

  • 3 = la vie.
  • 2 = la dualité, la rencontre.
  • 7 = la perfection, le cycle accompli.
    → Ensemble, ils représentent la rencontre parfaite, mais condamnée.
    Leur union annonce la fusion homme/fourmi, mais elle est tuée par le système (les tueuses).

💡 Conclusion :

Le 327ᵉ est le chiffre de l’amour idéal, impossible dans un monde totalitaire.
Sa mort par les tueuses symbolise la destruction de l’équilibre intérieur par la peur du désordre.


🕳️ 5. La cave et ses symboles mathématiques

a. L’énigme des six allumettes

« Comment faire quatre triangles équilatéraux avec six allumettes ? »

C’est la clé métaphysique du roman.
Solution : on ne peut le faire que dans l’espace, en construisant une pyramide tétraédrique.

➡️ Symboliquement :

  • La connaissance sort du plan (pensée plate, matérialiste).
  • Le savoir devient tri-dimensionnel, spirituel.
  • C’est le passage de la 2D à la 3D, comme du visible à l’invisible.

💡 Conclusion :

Le roman entier est une démonstration de cette énigme :

  • Les humains pensent “à plat”.
  • Les fourmis vivent “en profondeur”.
  • Les sages (Edmond Wells, 56ᵉ, 103 683ᵉ) pensent “en volume”.

 

🧠 6. Les noms propres et leurs sens cachés

Nom

Origine / Étymologie

Symbolique

Wells

anglais pour “puits”, “source”

Lieu de connaissance, de profondeur. Tous les Wells descendent dans un puits symbolique (la cave).

Nicolas

du grec Nikê-laos = “victoire du peuple”

L’homme du peuple qui cherche la vérité, miroir de la fourmi-soldate.

Edmond

racine Ed (richesse) + mund (protection)

“Protecteur du savoir”. Porteur de l’Encyclopédie, il protège la connaissance du chaos.

Bel-o-kan

phonétiquement proche de “belle au camp” ou “bel okan” (arabe : “l’endroit lumineux”)

Cité de la lumière intérieure, métaphore de la raison.

Shi-gae-pou

tonalité asiatique inventée, évoque Shiva (destruction/recréation)

Cité du changement, de la transformation.

Gougne / Leduc

“Le duc”, symbole du pouvoir social déguisé en science

Représente l’élite arrogante, scientifique et inhumaine.


🧿 7. Symbolisme hiérarchique : la structure comme cosmos

Werber construit ses sociétés comme répliques fractales du cosmos :
Chaque niveau contient le tout.

Niveau

Monde

Symbole

Représentation

1

Fourmilière

Cerveau

Organisation collective, pensée globale

2

Maison / Cave

Corps humain

Niveau organique, lieu du mystère

3

Terre

Esprit

Réseau de communication universel

4

Univers

Dieu / Araignée

Tissage du réel

Ainsi, la toile finale est la forme ultime de la fourmilière et du cerveau :
une connexion neuronale cosmique où chaque être est un nœud de conscience.

 

🧮 8. Les chiffres récurrents et leur signification

Chiffre

Signification dans le roman

1

Individualité, isolement, naissance

3

Union, équilibre, conscience supérieure

5

Transformation, passage, matière spirituelle

6

Harmonie, cycle vital, fécondité

8

Infini, cycle éternel, résilience

11

Portail entre mondes (savoir / inconnu)

Le roman suit la progression 1 → 11 : de l’individu à la transcendance.

 

🪶 9. La structure narrative elle-même comme symbole numérique

Le roman alterne 3 fils narratifs principaux :

  1. Monde des fourmis (instinct collectif)
  2. Monde des humains (curiosité individuelle)
  3. Monde encyclopédique (connaissance universelle)

→ C’est une triade parfaite (3), comme le nombre central de la 103 683ᵉ.

Le récit est donc mathématiquement construit pour incarner son propre message :
la convergence du biologique, du rationnel et du spirituel.

 

Conclusion générale

Les Fourmis n’est pas seulement un roman de science-fiction : c’est une allégorie mathématique de la conscience universelle.

  • Les nombres ne sont pas décoratifs : ils codent la structure de la pensée.
  • Les noms et hiérarchies traduisent la fractale du vivant : chaque microcosme contient le tout.
  • La numérologie tisse le lien entre les niveaux — du grain de terre à la galaxie.

📘 En résumé :

Le 103 683ᵉ, la 56ᵉ et Nicolas Wells sont les trois angles d’un même triangle sacré :
La curiosité – La conscience – Le sacrifice.

 

Les angles morts du roman.

 

1. L’angle initiatique (structure de parcours initiatique)

Le roman n’est pas qu’une aventure de science-fiction : c’est un récit d’initiation, construit comme un rite de passage initiatique ésotérique.

🔹 Trois étapes initiatiques :

  1. Descente (Nicolas / la cave)
    → Épreuve de la peur, confrontation avec la matière et l’inconnu.
    → Écho de la katábasis mythologique (descente aux enfers, Orphée, Dante, Ulysse).
  2. Connaissance (103 683ᵉ / exploration du -50ᵉ étage)
    → Épreuve du discernement : comprendre sans se perdre.
    → Écho de la grotte platonicienne : quitter l’ombre pour la lumière.
  3. Transcendance (56ᵉ / vol nuptial)
    → Épreuve de la lumière, union de l’esprit et de la mort.
    → Écho de l’ascension mystique (paradis, illumination bouddhiste, gnose).

🔹 Structure tripartite :

Descente → Connaissance → Ascension
Chaque “héros” incarne une étape :

  • Nicolas = l’élève, le néophyte.
  • 103 683ᵉ = l’initiée, la chercheuse.
  • 56ᵉ = l’éveillée, la martyre.

👉 Ce n’est pas un hasard si Werber fait mourir tous les initiés : l’initiation ne se termine qu’au-delà de la mort.

 

2. L’angle ésotérique et alchimique (la cave = laboratoire)

La cave des Wells n’est pas qu’un mystère narratif — c’est une allégorie du laboratoire alchimique.

🔹 Symboles alchimiques explicites :

  • L’inscription sur la voûte :

« Examine-toi toi-même… Les noces chimiques te feront dommage… Ars Magna. »
— C’est littéralement le vocabulaire de l’alchimie médiévale.

  • “Les noces chimiques” = l’union du soufre (masculin) et du mercure (féminin), symbolisant la fusion des contraires.
  • La cave représente le vas hermeticum, le récipient clos où s’opère la transmutation.
  • La disparition des corps = sublimation spirituelle.

🔹 Interprétation :

Jonathan et Lucie ne meurent pas : ils se transmutent.
Leur descente dans la cave est le passage à une autre forme de vie — possiblement la fourmilière elle-même.

👉 Les Wells deviennent “partie du tout” — Werber décrit une alchimie biologique de l’humain vers l’insecte, du Moi vers le Tout.

 

3. L’angle théologique et gnostique (Dieu et la connaissance)

Werber n’emploie jamais le mot “Dieu” directement, mais son roman entier interroge la nature du Créateur.

🔹 L’hypothèse du “Dieu observateur”

« Et si nous étions les fourmis d’un autre univers ? »
C’est une forme de gnose moderne : la création comme expérience scientifique d’un Dieu-enfant.

  • Edmond Wells incarne le Demiurge bienveillant, le scientifique sage.
  • Leduc (Gougne) est le Demiurge fou, le scientifique orgueilleux.
  • L’araignée du dernier chapitre, enfin, est le Dieu indifférent, la Nature elle-même :
    • Elle crée, détruit, tisse, sans raison ni morale.
    • Elle observe, mais ne juge pas.

👉 Ces trois figures forment une Trinité théologique inversée :
Création – Observation – Indifférence.

 

4. L’angle sexuel et érotique (le corps comme connaissance)

Sous sa rigueur scientifique, Les Fourmis regorge de symbolisme sexuel et vitaliste — Werber relie sexualité, mort et savoir.

🔹 Exemples majeurs :

  • Le vol nuptial : la rencontre du mâle et de la femelle comme union mystique.
  • La mort du 327ᵉ au moment de l’orgasme → fusion de l’amour et de la mort (thanatos/éros).
  • Les fourmis-sacrifices (gourdes à miellat, casse-graines, etc.) → transfiguration du corps en fonction.

🔹 Interprétation :

Pour Werber, la sexualité est le moteur biologique du savoir :
tout être cherche à fusionner, à se reconnecter à la totalité.
Les fourmis y parviennent physiquement (par les phéromones),
les humains mentalement (par la connaissance).

👉 La quête du savoir et la quête du plaisir sont les deux faces d’un même instinct vital.

 

5. L’angle politique et critique de la modernité

Beaucoup lisent Les Fourmis comme un roman scientifique — c’est aussi une critique de la société contemporaine.

🔹 Thèmes politiques implicites :

  • Totalitarisme du collectif (chez les fourmis)
    → écho des régimes totalitaires du XXe siècle.
  • Individualisme destructeur (chez les humains)
    → critique du capitalisme et de l’isolement moderne.
  • Manipulation par la peur
    → les “tueuses au parfum de roche” incarnent la propagande biologique :
    la peur du désordre justifie la censure.

🔹 Conclusion implicite :

Ni la société parfaite (fourmilière),
ni la société libre (humaine)
ne sont viables seules.
Werber propose un troisième modèle : la symbiose, une conscience collective intelligente et empathique.


🧠 Synthèse des angles morts :

Angle

Symbole central

Signification profonde

Initiatique

La descente / la lumière

Quête spirituelle de connaissance

Alchimique

La cave / les noces chimiques

Transformation de l’humain en être universel

Gnostique

Dieu / l’araignée

L’univers comme expérience consciente

Érotique

Le vol nuptial

Fusion vitale de la chair et de l’esprit

Politique

Les tueuses / la censure

Critique du contrôle social et du conditionnement


🜂 6. L’ultime angle caché : la métaphore neuronale

C’est un point que Werber n’explicite jamais, mais qu’il structure dans le texte :

  • La fourmilière = cerveau collectif (chaque fourmi = un neurone).
  • Les phéromones = synapses chimiques.
  • La cave = cerveau humain, siège de la conscience enfouie.
  • L’araignée = réseau cosmique, symbole du système nerveux de l’univers.

👉 En réalité, le roman décrit la conscience comme un réseau fractal :
du neurone → à la fourmilière → à la planète → à l’univers.


En résumé

Il reste donc six angles de lecture invisibles mais structurants :

  1. L’initiation spirituelle
  2. L’alchimie intérieure
  3. La gnose cosmique
  4. L’érotisme vitaliste
  5. La critique sociopolitique
  6. Le réseau neuronal universel

🧭 “Les Fourmis” n’est pas qu’un roman. C’est une cartographie initiatique de la conscience, codée sous forme d’aventure biologique.
Chaque descente, chaque chiffre, chaque mort est une métaphore du passage vers un niveau supérieur de compréhension.

 

Pourquoi un plan du roman divisé en 3? 

 

👉 En réalité, ces trois plans ne sont pas séparés : ils forment une trinité hiérarchique du savoir et de la conscience.
Chaque monde incarne un niveau d’existence — biologique, intellectuel, spirituel — et ensemble, ils composent une cosmologie complète.

 

🔺 La division en trois univers dans Les Fourmis

 

🪖 I. Le monde des fourmis — Le plan biologique et collectif

« Le monde n’est pas fait pour l’individu, mais pour l’espèce. »

1. Nature du monde :

C’est un microcosme souterrain, hyperorganisé, où chaque être est une cellule d’un organisme global : la fourmilière.
Il obéit à la loi biologique : survie, reproduction, adaptation.

2. Thèmes dominants :

  • Collectivité absolue : l’individu n’existe pas, seule compte la cité.
  • Communication chimique : les phéromones remplacent la parole — c’est la pensée fusionnée.
  • Économie totale : rien n’est perdu, tout est recyclé.
  • Sacrifice fonctionnel : mourir pour l’ensemble est un acte normal.

3. Symbolisme :

  • Ce monde représente le corps de l’humanité, sa mémoire instinctive, son inconscient biologique.
  • Les fourmis sont les neurones primitifs du grand cerveau terrestre.
  • Leurs lois rappellent celles de la nature : harmonie implacable, sans morale, sans pitié.

4. Fonction narrative :

C’est le miroir naturel du monde humain.
Werber y montre que la civilisation “parfaite” n’existe qu’au prix de l’individu.
La 103 683ᵉ y est l’embryon de la pensée individuelle dans un monde collectif — ce que Nicolas est dans le monde humain.

 

🧍‍♂️ II. Le monde des hommes — Le plan rationnel et individuel

« L’homme, qui croit dominer, ignore qu’il n’est qu’un locataire dans un monde qu’il ne comprend pas. »

1. Nature du monde :

C’est celui que nous connaissons : société moderne, technologie, science, orgueil.
Mais Werber le présente par le prisme de la cave, c’est-à-dire par l’ombre de la connaissance.
Les humains vivent en surface, sur la peau du monde, sans conscience de ce qu’il y a dessous.

2. Thèmes dominants :

  • Curiosité et orgueil : l’homme veut tout comprendre, tout contrôler.
  • Isolement : rupture avec la nature et le collectif.
  • Rationalisme excessif : le savoir est technologique, pas spirituel.
  • Échec de la communication : contrairement aux fourmis, les humains parlent sans se comprendre.

3. Symbolisme :

  • Ce monde est le cerveau rationnel, le mental.
  • Nicolas Wells représente le chercheur moderne : intelligent, mais coupé du corps et de l’intuition.
  • Les humains, en perdant leur lien avec le vivant, deviennent l’ombre de la fourmilière :
    une intelligence sans harmonie.

4. Fonction narrative :

C’est le monde du questionnement, du doute, du “comment ?”.
Là où les fourmis obéissent, les humains s’interrogent — mais ne savent pas écouter.
Leur drame est de penser sans appartenir.

 

📜 III. L’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu — Le plan métaphysique et universel

« Il n’y a pas de vérité absolue, seulement des points de vue plus ou moins relatifs. »

1. Nature du monde :

Ni humain ni animal, l’Encyclopédie est le texte sacré du roman.
Elle n’est pas “racontée”, elle règle les deux autres univers.
C’est la voix d’Edmond Wells, l’esprit libéré du corps, omniscient mais non dogmatique.

Chaque extrait agit comme une respiration métaphysique, un fil invisible reliant les expériences de la fourmi et de l’homme.

2. Thèmes dominants :

  • Relativité du savoir : il n’y a pas de vérité absolue, tout dépend du point de vue de l’espèce.
  • Émerveillement scientifique : la nature comme source d’enseignement spirituel.
  • Union du savoir et du mystère : science + philosophie + poésie.
  • Perspective cosmique : l’humanité et les fourmis comme fragments d’une intelligence universelle.

3. Symbolisme :

  • C’est le troisième plan de conscience : l’esprit pur, la synthèse des deux autres.
  • L’Encyclopédie joue le rôle de Logos, la parole divine du monde Werberien.
  • Elle relie les expériences biologiques et intellectuelles en une vision holistique du vivant.

4. Fonction narrative :

L’Encyclopédie est la médiation entre les deux mondes.
Elle commente, éclaire, et parfois prédit les événements du roman.
C’est la voix de l’auteur lui-même, la conscience universelle qui observe ses créatures.

 

🧭 IV. La relation entre les trois mondes

Werber ne juxtapose pas ces univers : il les emboîte comme des poupées russes.
Chaque niveau contient le précédent.

Niveau

Monde

Nature

Fonction symbolique

1

Les Fourmis

Physique / biologique

L’instinct, la matière, le collectif

2

Les Hommes

Psychologique / rationnel

L’individualité, la conscience réflexive

3

L’Encyclopédie

Spirituel / métaphysique

La sagesse, la connaissance unifiée

Ces trois niveaux correspondent aux trois plans de l’être :
Corps – Esprit – Âme.

Ainsi :

  • Les fourmis sont le corps de la Terre.
  • Les hommes sont le mental de la Terre.
  • L’Encyclopédie est l’âme de la Terre.

 

🕸️ V. La dynamique : communication ascendante et descendante

🔹 Communication ascendante :

Les fourmis → les humains → l’Encyclopédie.
= L’évolution du savoir, la montée de la conscience.
Chaque monde apprend du précédent sans le comprendre entièrement.
Les hommes croient dominer les fourmis, mais ce sont elles qui incarnent la sagesse instinctive.

🔹 Communication descendante :

L’Encyclopédie → les humains → les fourmis.
= L’inspiration, la révélation, le mythe.
Les idées de l’Encyclopédie influencent les humains (Nicolas lit Edmond Wells),
et les instincts des fourmis en sont le reflet biologique.

👉 L’ensemble forme un cycle infini :

“La connaissance monte, la sagesse descend.”

 

🧠 VI. Interprétation symbolique globale

Monde

Élément alchimique

Représentation spirituelle

Fourmis

Terre

Instinct, matière, inconscient

Hommes

Air

Raison, dualité, questionnement

Encyclopédie

Feu

Conscience, illumination

L’Eau, absente en tant que monde autonome, est le lien entre eux :
la circulation des savoirs, des phéromones, des pensées — le flux vital.

 

VII. Conclusion — Une architecture fractale de la conscience

  • Les trois univers ne sont pas hiérarchisés, mais complémentaires.
  • Werber construit une vision holistique du réel, où la connaissance scientifique et la sagesse spirituelle se rejoignent.
  • Le roman devient une allégorie de la conscience cosmique, où :
    • Les fourmis pensent collectivement,
    • Les humains pensent individuellement,
    • L’Encyclopédie pense universellement.

🪶 “Le roman n’oppose pas l’homme et la fourmi : il montre leur appartenance à un même être global, pensant à travers eux.”

 

                            Les fourmis et la science:  

Le roman, sous son apparence de fiction, est en réalité une méditation scientifique visionnaire, reliant biologie, éthologie, cognition, écologie et cybernétique.

Voici un tableau comparatif complet entre les aspects traités dans le roman et les découvertes scientifiques connues ou confirmées depuis les années 1990.


🧠 Tableau comparatif — “Les Fourmis” et la science

Thème / idée dans le romanDescription dans le romanDécouvertes ou théories scientifiques associéesConvergence / Écart
🐜 Communication chimique (phéromones)Les fourmis communiquent par odeurs, formant un langage complexe : émotions, ordres, récits.Éthologie moderne (E.O. Wilson, 1971–2000) : les fourmis utilisent plus de 100 signaux chimiques distincts. Leurs “phrases olfactives” structurent hiérarchie, guerre, amour, deuil.✅ Confirmé. Werber vulgarise à merveille la chimie sociale.
🧬 La fourmilière comme “cerveau collectif”La fourmilière pense globalement : chaque fourmi = un neurone, la cité = cerveau.Théorie des systèmes complexes (John Holland, 1992), théorie de l’émergence et swarm intelligence (Bonabeau & Dorigo, 1999).✅ Confirmé. Aujourd’hui, des modèles informatiques reproduisent le raisonnement collectif des fourmis.
🧠 La conscience comme propriété émergenteWerber compare la pensée des fourmis à celle du cerveau humain : la conscience émerge du collectif.Neurosciences modernes : la conscience est une propriété émergente du réseau neuronal (Tononi, Integrated Information Theory, 2004).✅ Étonnante anticipation. Werber a saisi la structure “holographique” du cerveau avant son formalisme scientifique.
🔄 Auto-organisation des sociétés animalesLes fourmis organisent le trafic, la guerre, le stockage sans chef.Science de l’auto-organisation (Ilya Prigogine, prix Nobel 1977) : systèmes dissipatifs créent ordre et stabilité sans commandement central.✅ Confirmé : les sociétés d’insectes sont modèles d’intelligence décentralisée.
🌿 Symbiose et mutualismeLes fourmis élèvent des pucerons, cultivent des champignons, exploitent des plantes.Écologie symbiotique : documentée depuis 1960, mais approfondie depuis 1990 (Atta et Acromyrmex cultivent réellement des champignons).✅ Exactitude remarquable : Werber décrit les pratiques agricoles de fourmis coupeuses de feuilles avant qu’elles soient largement médiatisées.
⚙️ Langage et cognition non humaineLes fourmis “pensent” sans mots, par signaux.Cognition animale (Frans de Waal, 2000s) : les animaux ont des formes de pensée symbolique non verbale.✅ Cohérent : Werber pressent l’idée d’une “intelligence sans ego”.
⚛️ Relativité du savoir (Encyclopédie)Le savoir dépend du point de vue de l’espèce.Anthropologie cognitive et épistémologie relativiste (Kuhn, 1962 ; Haraway, 1988) : la vérité est construite par le contexte biologique et culturel.✅ Vision scientifique moderne : la connaissance est située.
🌐 Interconnexion du vivantL’ensemble des espèces forment un réseau interdépendant.Gaia Hypothesis (James Lovelock, 1972) : la Terre est un système autorégulé. + Biologie des réseaux (Barabási, 1999).✅ Werber illustre intuitivement la théorie de Gaïa.
🧬 Immortalité collective vs mortalité individuelleUne fourmi meurt, mais la fourmilière vit éternellement.Biologie évolutive : distinction entre “immortalité génétique” et “mort cellulaire programmée” (apoptose).✅ Correspondance conceptuelle. Werber transpose la biologie moléculaire à l’échelle sociale.
🪞 Anthropomorphisme inverséLes fourmis sont “humanisées” mais les humains “animalisés”.Éthologie cognitive : remise en question du dualisme homme/animal (Nagel, De Waal).✅ Approche éthique et scientifique précurseuse.
⚔️ Guerre et sélectionLes guerres fourmilières obéissent à des lois d’équilibre et de régénération.Écologie comportementale : les guerres inter-colonies maintiennent diversité génétique (Adams, 2000).✅ Conforme à la biologie moderne.
🌌 Conscience planétaire / réseau universelL’Encyclopédie décrit la Terre comme un être pensant.Neurosciences planétaires, Gaia 2.0 hypothesis (Lenton, 2018) : l’humanité devient conscience réflexive de la planète.✅ Vision anticipatrice. Werber pressent la noosphère de Teilhard de Chardin.
🕸️ Toile de l’araignée comme métaphore du cosmosL’araignée tisse la toile de la vie, reliant tout.Réseaux neuronaux et Internet : la toile comme modèle d’interconnexion (WWW créé en 1990).✅ Vision prophétique. Le roman paraît la même année que le Web.
💀 La mort comme recyclage biologiqueRien ne se perd : la mort nourrit la vie.Biologie systémique : la mort est un élément de régénération des écosystèmes.✅ Exact et poétique à la fois.
🧩 Hiérarchie fractale du vivantChaque monde (fourmi, homme, Terre, cosmos) reproduit les mêmes structures.Fractales et auto-similarité (Benoît Mandelbrot, 1980s) ; Biologie des échelles (West & Brown, 1997).✅ Werber applique intuitivement la fractalité au vivant.

🧬 Synthèse : ce que Werber a anticipé

Domaine scientifiqueConcept anticipé ou vulgarisé dans Les Fourmis
ÉthologieLangage chimique, structure sociale des insectes, symbiose.
Systèmes complexesIntelligence collective, auto-organisation, réseaux émergents.
NeurosciencesConscience émergente, analogie cerveau-fourmilière.
Écologie globaleVision de la Terre comme organisme vivant (pré-Gaïa 2.0).
Philosophie des sciencesRelativité du savoir, interdisciplinarité, lien science/spiritualité.
Technologie et cybernétiqueInternet, intelligence en réseau, bio-informatique.

🧠 Werber, vulgarisateur ou visionnaire ?

  • En 1991, la “swarm intelligence” (intelligence en essaim) n’était pas encore formalisée. Werber la met pourtant en fiction vivante.

  • Il pressent l’idée de cerveau global, qui deviendra centrale dans les recherches sur les réseaux neuronaux artificiels et Internet.

  • Son intuition de la fractalité du vivant (chaque niveau contient le tout) rejoint les modèles récents en physique systémique et en biologie intégrative.

📘 En somme : Les Fourmis fonctionne comme une métaphore scientifique intégrée, un roman total où chaque idée narrative correspond à un concept biologique réel ou à une intuition scientifique confirmée depuis.


🔭 Écart ou tension avec la science actuelle

Aspect romanesqueCe que la science nuance ou réfute
Les fourmis “pensent” en phrases olfactivesLes signaux sont complexes, mais pas syntaxiques. Werber poétise un peu le phénomène.
Les sociétés fourmilières ont une conscience globaleCe n’est pas une conscience, mais un comportement émergent. Werber humanise la métaphore.
Transmission d’idées ou de mémoire entre espècesScientifiquement non démontré, mais thématiquement cohérent avec l’idée d’inconscient collectif.
Fusion homme/fourmiMétaphore symbolique, pas biologique — mais anticipation de la biotechnologie symbiotique (post-humanisme).

🌍 Conclusion : science et mythe unifiés

Les Fourmis n’oppose pas la science et la fiction — il les fusionne dans une vision épistémologique du vivant.

Werber réconcilie la science expérimentale (observation) et la science contemplative (philosophie). Son intuition rejoint des courants scientifiques postérieurs:

La théorie des systèmes vivants (Maturana, Varela) 

La cognition incarnée (enactivism) 

La biologie des réseau 

La pensée écologique profonde (deep ecology)


 

 

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