Conseils d'écriture de Bernard WERBER

Les clés de la narration selon Bernard Werber : un guide pour Débutants

 

Bernard Werber, auteur prolifique, conçoit l'écriture comme un jeu passionnant et une source de plaisir. Pour les écrivains débutants, ses méthodes peuvent parfois sembler intimidantes. Ce guide a pour but de simplifier trois de ses outils fondamentaux. Nous allons explorer la montée dramatique, le personnage paradoxal et la chute épiphanique pour vous aider à structurer vos récits de manière efficace et captivante.

1. La montée dramatique : construire la tension du récit

1.1. Le Squelette de votre histoire

Pour Bernard Werber, la montée dramatique est le "squelette" d'un roman. C'est la structure fondamentale qui permet d'organiser la matière première de votre récit. Il la perçoit comme un être humain, composé de trois parties indispensables :

  • Une tête : Le démarrage, l'exposition de l'histoire.
  • Un ventre : L'intrigue principale, le développement.
  • Des pieds : La conclusion, que Werber appelle la "chute".

Cette structure de base assure que l'histoire est bien proportionnée et qu'elle tient debout, vous évitant ainsi les déséquilibres.

1.2. Les étapes clés de la montée dramatique

Le modèle de la montée dramatique, souvent utilisé dans les écoles de scénario américaines, suit une progression précise pour maximiser l'impact sur le lecteur.

  1. Le Héros et son Adversité : L'histoire commence avec un héros. Ce dernier ne se définit pas par ses qualités, mais par sa lutte contre une adversité. La règle est simple : "plus l'adversité est forte, plus le héros est méritant".
  2. Les Épreuves : Le récit est une initiation. Le héros traverse une série d'épreuves qui lui permettent de découvrir des facettes de lui-même qu'il ignorait. Ces difficultés le forcent à évoluer.
  3. Le Point Culminant (Climax) : C'est l'épreuve la plus difficile du roman, le moment de tension maximale où le lecteur pense que le héros va inévitablement échouer.
  4. La Résolution Inattendue : Alors que tout semble perdu, un élément inattendu, que Werber nomme le "Deus Ex Machina", survient et permet au héros de s'en sortir contre toute attente.

Werber cite Monte-Cristo comme l'exemple parfait de cette structure : un héros injustement accusé, qui endure les pires épreuves en prison, s'évade et se venge méthodiquement, créant une tension qui captive universellement le lecteur.

1.3. L'Objectif : L'art de la frustration

Le but principal de la montée dramatique est de générer une tension qui donne au lecteur l'envie irrépressible de tourner les pages. Pour y parvenir, Werber préconise l'art de la frustration.

Sa technique consiste à ne pas donner immédiatement au lecteur ce qu'il attend. En créant un manque et un désir, vous valorisez la récompense finale. Plus la frustration est maîtrisée, plus le lecteur ressentira de plaisir lors de la révélation.

Une fois le squelette de l'histoire en place, il faut le peupler d'un être de chair et de sang : le personnage.

2. Le personnage paradoxal : créer des héros mémorables

2.1. Définition du paradoxe

Selon Bernard Werber, un personnage intéressant est presque toujours un personnage paradoxal. La définition est simple : il s'agit d'un personnage qui se présente d'une certaine manière mais qui est, en réalité, le contraire de cette apparence. Ce conflit interne, cette dualité entre son masque social et sa véritable nature, est le moteur qui le rend fascinant et attachant pour le lecteur.

Mais comment trouver de tels personnages ? Pour Werber, la clé est simple : l'observation intense et la curiosité. Il vous encourage à « s'intéresser aux autres êtres humains », à les écouter attentivement pour déceler leurs contradictions, leurs secrets, et ce qu'il nomme leur « vraie folie ». C'est en devenant un analyste du réel que vous trouverez la matière première pour créer des héros de fiction inoubliables.

2.2. Le moteur de la transformation : L'arc narratif

L'histoire n'est pas qu'une suite d'événements ; elle est un "laboratoire alchimique" qui transforme les personnages. L'arc narratif décrit cette transmutation fondamentale.

Début de l'histoire

Fin de l'histoire

Le personnage est défini par son paradoxe et son masque social.

Le personnage est transformé ; il est devenu l'opposé de ce qu'il était au départ.

L'histoire devient alors, selon les mots de Werber, "un révélateur de qui sont réellement les gens". Le parcours du héros lui permet de surmonter son paradoxe et de devenir ce qu'il est vraiment.

2.3. L'impact : pourquoi ce Personnage nous marque

Un personnage paradoxal nous marque profondément car son évolution est le cœur même du récit. C'est sa différence avec les "gens normaux" et le spectacle de sa transformation qui captivent le lecteur et le poussent à s'investir émotionnellement dans son parcours.

Mais un héros mémorable, même transformé, a besoin d'une conclusion à la hauteur de son parcours. C'est le rôle de la chute.

3. La Chute épiphanique : offrir une révélation inoubliable

3.1. Plus qu'une fin : Le choc et la révélation

La "chute épiphanique" est bien plus qu'une simple conclusion. C'est la révélation finale qui provoque un choc et une épiphanie (une compréhension soudaine et extraordinaire) chez le lecteur.

Bernard Werber compare l'écrivain à un prestidigitateur : le roman construit la diversion, et la chute est le moment où il "sort le lapin du chapeau", provoquant un étonnement total.

3.2. La règle d'or du romancier

Pour réussir cet effet, Werber insiste sur une règle fondamentale, la plus importante de toutes :

"Le vrai art du romancier est de bien terminer sa chute. Pour bien terminer sa chute, il faut penser à la chute avant de commencer l'écriture du livre lui-même."

Cette préparation vous permet d'éviter l'écueil du Deus Ex Machina paresseux, où la solution sort de nulle part. Pour Werber, un rebondissement magistral n'est pas une tricherie. Au contraire, il doit respecter une règle d'honnêteté avec le lecteur : « il faut que le lecteur ait la possibilité de trouver la fin et que s'il ne l'a pas trouvé c'est juste parce qu'il n'a pas fait suffisamment attention ». Les indices doivent être là, visibles mais discrets, pour que la surprise finale soit à la fois un choc et une évidence.

3.3. La récompense du lecteur

Cette chute est la récompense ultime pour le lecteur. C'est un "moment de jouissance pure" qui le remercie de son investissement dans l'histoire. Elle lui donne le sentiment que le spectacle est parfaitement bouclé, comme "la petite cerise sur le gâteau" qui vient couronner le plat.

Une fin réussie est la meilleure façon de fidéliser votre lecteur. Comme le souligne Werber, un lecteur satisfait se dira : « bon vu qu'il m'a bien eu dans cette fin j'aime bien cet auteur et je vais lui laisser une autre chance ». Vous ne terminez pas seulement une histoire ; vous lancez une invitation pour la prochaine.

Ces trois piliers—la structure, le personnage et la chute—ne sont pas des éléments isolés, mais les pièces maîtresses d'un mécanisme narratif cohérent.

Conclusion

La montée dramatique, le personnage paradoxal et la chute épiphanique forment une boîte à outils puissante pour tout écrivain en herbe. Le squelette de la montée dramatique donne une structure solide à votre histoire ; le personnage paradoxal lui insuffle une âme et un moteur de transformation ; et la chute épiphanique offre une récompense inoubliable au lecteur. N'ayez pas peur de recommencer votre travail à zéro pour améliorer ces éléments. Considérez avant tout l'écriture comme un plaisir et un jeu fascinant avec votre lecteur.

 

Synthèse des ateliers d'écriture de Bernard Werber

L'approche de Werber est avant tout celle d'un artisan : il démystifie l'écriture en la présentant comme un savoir-faire qui s'acquiert par la pratique, la discipline et la maîtrise de techniques spécifiques, plutôt que par une inspiration insaisissable. Le cœur de sa méthode repose sur l'art du suspense, qui consiste à créer et maintenir une frustration calculée chez le lecteur pour décupler le plaisir de la révélation finale. Pour y parvenir, il préconise l'élaboration rigoureuse d'un plan et d'une structure narrative solide ("montée dramatique"), comparant le récit à un squelette qu'il faut ensuite habiller.

L'inspiration, selon Werber, se nourrit d'une curiosité insatiable pour le monde, englobant la science, l'histoire, la spiritualité et l'observation attentive des autres. Il insiste sur l'importance de l'expérience personnelle, des voyages et de l'apprentissage continu comme matière première essentielle. Le processus d'écriture lui-même est marqué par une discipline stricte (écrire chaque matin) et, surtout, par un cycle de réécriture intensive, allant jusqu'à recommencer un roman entièrement à zéro pour l'améliorer. Enfin, Werber souligne la nécessité pour un auteur de faire un choix stratégique clair : écrire pour le grand public, en privilégiant une intrigue forte et un style accessible, ou pour la critique littéraire, au risque de sacrifier le premier.

1. La philosophie de l'écriture : L'artisanat avant tout

Bernard Werber aborde l'écriture non pas comme un art mystique, mais comme un artisanat comparable à la cuisine ou à la prestidigitation. Ce savoir-faire s'acquiert par la pratique régulière et la maîtrise de techniques spécifiques, notamment en commençant par des formats courts (nouvelles) avant d'aborder le roman.

L'Art du suspense et de la frustration

Le principal talent de l'écrivain est de maintenir le lecteur en haleine.

  • Moteur du Récit : Le désir du lecteur de savoir ce qui va se passer est le principal moteur qui le pousse à tourner les pages.
  • Technique de la Frustration : L'art du romancier consiste à positionner un secret ou une révélation et à retarder sa divulgation. Cette frustration maîtrisée crée une tension qui augmente le plaisir de la découverte finale.
  • La Métaphore du Magicien : L'écriture est comparée à un tour de magie. L'auteur doit préparer son "lapin dans le chapeau" (la révélation finale) à l'avance et créer une diversion pour surprendre le lecteur. La politesse d'un bon écrivain est de surprendre, surtout à la fin.

L'Importance fondamentale du plan

Contrairement aux auteurs qui écrivent de manière intuitive comme Stephen King, Werber est un fervent partisan du plan.

  • Structure et Dosage : Le plan permet de doser le suspense, de répartir les scènes fortes (début, milieu, fin) et d'assurer un équilibre global au récit. Werber conçoit un roman comme un être humain : "il a des pieds, un ventre et une tête".
  • Montée Dramatique : Il utilise la structure classique de la montée dramatique, étudiée dans les écoles de scénario, qui comprend une exposition, une série d'épreuves croissantes, un point culminant (climax), et une résolution.
  • Éviter "d'Enfiler des Perles" : Il met en garde contre la simple accumulation de belles phrases, qui peut donner une forme de poésie mais ne crée ni suspense, ni émotion, ni adhésion du lecteur.

Le plaisir comme moteur

Werber insiste sur la nécessité de libérer l'écriture de la peur du jugement (le "petit prof de français intérieur").

  • Écrire pour Soi : L'écriture est avant tout un plaisir, un moyen d'expression qui permet de faire le point avec soi-même et d'éviter "25 ans de psychanalyse". Il faut renoncer à plaire aux autres et se concentrer sur son authenticité.
  • Un Rendez-vous : Il conseille de considérer le manuscrit comme un être vivant avec qui l'on a un rendez-vous régulier, afin d'instaurer une discipline basée sur le plaisir et non sur la contrainte.

2. Le Processus créatif de l'auteur

Le travail de Werber est encadré par une routine rigoureuse et des méthodes de travail éprouvées, où la réécriture occupe une place centrale.

La routine et la discipline

  • Pratique Quotidienne : Inspiré par Frédéric Dard, Werber préconise d'écrire chaque matin de 8h à 12h30. La régularité est le secret de la réussite ; c'est un "muscle imaginaire" qu'il faut entretenir en permanence.
  • Génération d'Idées : Il note une idée de roman ou de nouvelle chaque jour, ce qui lui en procure près de 300 par an. Certaines sont développées en nouvelles, et les plus prometteuses deviennent des romans.

La Réécriture comme clé de voûte

La première version d'un texte est rarement la bonne.

  • Le Principe Fondamental : Sa formule clé est : "Ne pas tomber amoureuse de sa première version."
  • Recommencer à Zéro : Plutôt que de corriger une version existante, il préconise de recommencer entièrement à zéro. Il utilise la métaphore d'une barque qui prend l'eau : plutôt que de poser des rustines, il vaut mieux revenir au port et construire un nouveau bateau en tenant compte des faiblesses du premier.
  • Nombre de Versions : Il est passé de 120 versions pour Les Fourmis à environ 12 versions pour ses romans plus récents, limitant désormais le processus à 9 mois par livre.

Le développement des personnages

  • L'Action Révèle la Psychologie : Werber privilégie cette approche plutôt que l'inverse. Une phrase comme "Il ouvrit la porte et recula de surprise" crée immédiatement de l'intérêt et définit le personnage par son action, avant même toute description.
  • Le Paradoxe et l'Arc Transformationnel : Un personnage intéressant est porteur d'un paradoxe (il est le contraire de ce qu'il prétend être). L'histoire doit être une "machine à laver" qui transforme les personnages ; ils doivent être différents entre le début et la fin (l'arc).
  • S'inspirer du Réel : Il puise ses personnages dans ses rencontres, en s'intéressant profondément aux gens qu'il écoute. Il conseille de mélanger les traits de plusieurs personnes réelles et une part de soi-même pour créer un personnage hybride et crédible.

3. Les sources d'inspiration et la matière première

L'univers de Werber est le fruit d'une accumulation massive de connaissances et d'expériences issues de sources variées.

Les maîtres et leurs enseignements

Trois auteurs de science-fiction ont été fondamentaux dans sa formation intellectuelle et thématique.

Maître

Œuvre Clé

Enseignement Principal

Isaac Asimov

Fondation

L'auteur doit être un prospectiviste, alliant les métiers de politicien, économiste, psychologue, et architecte pour prévoir le futur.

Frank Herbert

Dune

La nécessité de construire des écosystomes complexes et organiques, en s'inspirant de la nature et de structures profondes comme le tarot ou l'arbre de vie de la Kabbale.

Philip K. Dick

(Toute son œuvre)

L'écrivain doit être un visionnaire explorant les frontières de la pensée, en maîtrisant la philosophie, la psychiatrie, le chamanisme et les mystiques.

L'cxpérience personnelle et la curiosité

  • Vivre pour Écrire : Werber considère qu'on ne peut parler que de ce que l'on connaît. Il recommande aux aspirants écrivains de voyager, de mener des expériences (sportives, sentimentales) et d'utiliser leur vécu comme matière première pour garantir la vraisemblance.
  • Apprentissage Continu : Il cultive une curiosité constante depuis l'âge de 13 ans, apprenant chaque jour via des podcasts d'histoire, de sciences, etc. Pour lui, un auteur doit développer sa "capacité de curiosité et d'émerveillement".
  • Le Journalisme : Son expérience de 7 ans au Nouvel Observateur lui a permis de comprendre les coulisses de l'information, la manipulation médiatique, et les dynamiques d'entreprise (l'inertie, la hiérarchie), ce qui a nourri son œuvre, notamment Les Fourmis.

Les outils de l'imaginaire

  • Les Rêves : Il note ses rêves chaque matin, les considérant comme une source directe d'inspiration.
  • L'Actualité : Les nouvelles le mettent souvent en colère, et il utilise la métaphore romanesque pour "rétablir la vérité" qu'il perçoit.
  • Exploration Intérieure : La méditation, l'hypnose et l'auto-hypnose sont pour lui des outils de documentation au même titre qu'un livre ou Wikipédia.
  • Échanges Intellectuels : Il déjeune chaque jour avec des amis créatifs (historiens, magiciens, scénaristes) pour échanger des idées et s'enrichir mutuellement.

4. Structure narrative avancée : Le tarot comme guide

Werber utilise les 22 arcanes majeurs du Tarot de Marseille non comme un outil divinatoire, mais comme une structure narrative universelle décrivant un cheminement initiatique. Chaque arcane représente une étape de l'évolution d'un personnage.

  1. Le Bateleur : Le héros au début de son parcours. Il a du potentiel (les outils) mais vit dans l'illusion et est tourné vers le passé.
  2. La Papesse : La rencontre avec la connaissance et les livres. Le début du cheminement spirituel.
  3. L'Impératrice : La confrontation avec le pouvoir matériel et la femme de pouvoir.
  4. L'Empereur : Le pouvoir installé, qui hésite entre la gestion et la conquête.
  5. Le Pape : Le maître qui transmet son savoir.
  6. L'Amoureux : La difficulté du choix (souvent entre le passé/la mère et le futur/la maîtresse). La première connexion au "ciel".
  7. Le Chariot : Le succès matériel et la gloire superficielle, après avoir fait un choix.
  8. La Justice : La confrontation avec les règles et les limites imposées par la société.
  9. L'Ermite : La période d'introspection nécessaire, où le héros doit avancer seul.
  10. La Roue de Fortune : L'instabilité de la vie, les hauts et les bas aléatoires.
  11. La Force : La découverte et la maîtrise de sa propre force intérieure et de son agressivité.
  12. Le Pendu : La situation de blocage qui force à voir le monde différemment, à l'envers.
  13. L'Arcane sans Nom (La Mort) : La fin d'un cycle, la nécessité de "couper" avec le passé pour renaître.
  14. Tempérance : La recherche de l'équilibre intérieur, le mélange des énergies contraires.
  15. Le Diable : L'addiction, la servitude volontaire qui bloque l'évolution.
  16. La Maison Dieu : L'effondrement de ce qui a été mal construit (divorce, perte d'emploi). La nécessité de rebâtir sur des bases saines.
  17. L'Étoile : La connexion à sa guidance intérieure, le besoin de "ranger" sa vie et de regarder vers le ciel.
  18. La Lune : Le travail sur l'inconscient, les secrets et les traumatismes du passé qui empêchent d'avancer.
  19. Le Soleil : L'harmonie, la communication simple et évidente, la rencontre avec son "âme jumelle".
  20. Le Jugement : Le renouveau spirituel, la renaissance décidée par le "ciel".
  21. Le Monde : L'accomplissement, la joie et l'équilibre total avec les quatre éléments. La fin du cheminement.
  22. Le Mat : La carte sans nombre. Une fois l'accomplissement atteint, le voyage recommence. C'est le passage d'une vie à l'autre, tourné vers le futur.

5. La relation avec le public et le monde de l'édition

Le choix fondamental : public ou critique

Dès le début de sa carrière, son éditeur lui a posé un choix clair, qu'il estime fondamental pour tout auteur :

  • Écrire pour les Critiques : Implique de privilégier le style, les phrases longues, la psychologie et de suivre les codes du "Nouveau Roman" (non-nécessité de l'intrigue). Le public suit rarement.
  • Écrire pour le Public : Exige une intrigue forte, du suspense et une écriture accessible, inspirée du cinéma. Cela signifie souvent s'attirer l'hostilité de la critique. Werber a choisi le public, en particulier le jeune public, habitué à l'efficacité narrative du cinéma.

Le parcours vers la publication

  • Soigner le Démarrage : Les manuscrits sont souvent lus par des lecteurs externes qui prennent leur décision sur les 7 premières pages. Il est donc crucial de soigner l'incipit (la première phrase) pour qu'il soit énergétique et surprenant.
  • Trouver des Lecteurs de Référence : Avant de soumettre un texte, il faut le faire lire par des personnes capables de donner un avis technique et constructif, et non un simple "j'aime / j'aime pas".
  • L'Auto-édition : Werber voit les plateformes d'auto-édition (comme Amazon KDP) comme une "opportunité extraordinaire" qui permet au public de juger directement une œuvre, contournant ainsi le filtre parfois conservateur des maisons d'édition traditionnelles.

6. Pédagogie et transmission : la méthode des masterclass

Werber a développé une approche pédagogique visant à débloquer la créativité en s'amusant.

  • Libérer du Jugement : L'objectif principal est de libérer les participants de la peur d'être jugé, qui est le principal frein à l'écriture. Il compare l'acte d'écrire à un cheval qui galope par plaisir, et non pour gagner une course.
  • Exercices Pratiques :
    • L'Épochè (Suspension du Jugement) : Un exercice d'écriture automatique de 6 minutes sur une musique de film, où l'on doit écrire sans s'arrêter, même si c'est "n'importe quoi", pour prouver à soi-même qu'on en est capable.
    • La Plus Mauvaise Idée : Les participants doivent trouver le sujet le plus inintéressant possible (la poussière, les chaussettes) et construire dessus une histoire d'amour, une histoire d'espionnage et un polar, démontrant qu'une bonne intrigue peut naître de n'importe quel sujet.

 

En conclusion des sources fournies, l'écriture selon Bernard Werber n'est pas un don magique, mais un artisanat exigeant qui repose sur la pratique régulière, une structure rigoureuse et une curiosité insatiable pour le monde. Voici les piliers fondamentaux qui ressortent de ses conseils et de son expérience :

1. La maîtrise technique et structurelle

Werber insiste sur le fait que le savoir-faire s'acquiert par la pratique : il conseille de commencer par des formes courtes (haïkus, nouvelles) avant de s'attaquer au roman. La structure est le "squelette" indispensable du récit :

  • Le Plan : Contrairement à d'autres auteurs, Werber croit fermement à la nécessité d'un plan pour doser le suspense et éviter les déséquilibres narratifs.
  • Le Suspense : Il définit le talent du romancier comme l'art de frustrer le lecteur en lui donnant envie de tourner les pages pour découvrir un secret, tout en préparant un "cadeau" final : une surprise extraordinaire ou "épiphanie".
  • Le Tarot comme outil : Il utilise les 22 arcanes majeurs du tarot comme une structure symbolique pour représenter l'évolution initiatique d'un personnage.

2. Une discipline de vie et d'observation

Le métier d'auteur demande une hygiène de travail stricte :

  • La régularité : Le secret réside dans l'écriture quotidienne, idéalement de 8h30 à 12h30 chaque matin, pour entretenir le "muscle imaginaire".
  • L'alimentation de l'esprit : Un écrivain doit être un "visionnaire" et un observateur qui s'intéresse à tout : science, histoire, psychologie et philosophie.
  • Le vécu personnel : L'auteur doit voyager et utiliser ses propres émotions et rencontres pour donner de la crédibilité et de la chair à ses personnages.

3. La psychologie et la création de personnages

Pour Werber, l'action doit révéler la psychologie. Un personnage marquant doit être porteur d'un paradoxe et subir une transmutation alchimique tout au long du récit : il entre dans l'histoire d'une certaine couleur et en ressort transformé par les épreuves.

4. Le rapport au lecteur et à l'édition

Il est crucial de définir son public dès le départ : choisir entre plaire aux critiques (style complexe) ou au grand public (intrigue et suspense).

  • L'Incipit : Les sept premières pages sont décisives pour capter l'attention de l'éditeur et du lecteur.
  • Le travail de réécriture : Il ne faut pas "tomber amoureux" de sa première version. Werber recommande de recommencer de zéro plusieurs fois pour affiner le récit, comparant le premier jet à un brouillon ou à une barque pleine de fuites qu'il vaut mieux reconstruire plutôt que de simplement réparer.

En somme, l'écriture est un acte de générosité où l'auteur s'amuse avec son lecteur pour lui transmettre une part de merveilleux et de réflexion.

Pour mieux comprendre ce processus, on peut imaginer l'écrivain comme un prestidigitateur : il doit préparer minutieusement son "lapin dans le chapeau" (la chute) bien avant d'entrer en scène, et utiliser tout son savoir-faire pour détourner l'attention du public par des fausses pistes, afin que la révélation finale soit vécue comme un véritable tour de magie.

 

Source: NotebookLM 

0 Commentaires

Bonjour, ceci est un espace qui vous est dédié, soyez respectueux de vos interlocuteurs.

Enregistrer un commentaire

Bonjour, ceci est un espace qui vous est dédié, soyez respectueux de vos interlocuteurs.

Post a Comment (0)

Plus récente Plus ancienne