Fiche de lecture de : "Mémoires d'une fourmi" de Bernard Werber

  "Mémoires d'une fourmi" de Bernard Werber

 


Introduction : La Genèse d'un monde 

Dans son autobiographie, Mémoires d'une Fourmi, Bernard Werber se livre à un exercice d'introspection rare, retraçant avec une précision quasi clinique les événements, les rencontres et les réflexions qui ont façonné l'homme et l'écrivain. Ce document, en s'appuyant exclusivement sur les extraits fournis de cette œuvre, se propose de reconstituer de manière chronologique ce parcours singulier. Loin d'être une simple succession d'anecdotes, cette fiche de lecture vise à analyser le parcours initiatique qui a mené à la création d'une œuvre littéraire unique, à la croisée des genres. Nous y découvrirons comment les épreuves de l'enfance, les confrontations avec les systèmes établis et les quêtes spirituelles ont nourri un imaginaire hors-norme, dont l'ambition a toujours été de comprendre l'humanité en adoptant un point de vue extérieur.

1. Les années de formation : L'éclosion d'un imaginaire (enfance à 17 ans)

Les premières années de la vie de Bernard Werber sont marquées par une série d'épreuves et de rencontres fondatrices qui, loin de le briser, nourrissent son besoin viscéral d'évasion par l'imaginaire. C'est dans cette période que se forgent sa vision singulière du monde, son statut d'observateur en marge et les thèmes majeurs qui irrigueront toute son œuvre future. Chaque difficulté devient un catalyseur, chaque mentor une porte vers un autre niveau de conscience.

1.1. Premières épreuves et mondes refuges

La petite enfance de Werber est un terreau fertile où les contraintes du réel le poussent à développer des mondes intérieurs d'une richesse exceptionnelle. Plusieurs événements clés structurent cette période :

  • L'influence parentale : Il reçoit un double héritage déterminant. Son père, François, lui transmet le goût des histoires à travers les mythes grecs et les contes du monde entier, mais aussi celui de la stratégie via les échecs. Sa mère, Céline, qui projeta sur lui ses propres aspirations artistiques issues de son père peintre, l'encourage inlassablement à pratiquer le dessin, faisant de cet art un premier refuge.
  • Les difficultés scolaires : Confronté très tôt à un manque de mémoire qui le handicape dans les apprentissages classiques, il compense par une imagination débordante. Ce décalage le positionne déjà en marge du système scolaire, le forçant à inventer ses propres méthodes pour appréhender le monde.
  • La maladie comme catalyseur : Le diagnostic de la spondylarthrite ankylosante à l'âge de 9 ans est une épreuve physique majeure. Cette condition, qui le contraint parfois à marcher avec une canne, renforce son statut d'observateur. L'immobilité forcée devient une occasion de réflexion, une pause contrainte qui l'ancre dans un personnage d'introverti.
  • L'expérience Corse : À 14 ans, une agression quasi mortelle par un homme armé d'un revolver devient une expérience psychologique fondatrice. Au moment où le canon est sur sa nuque, il expérimente une forme de décorporation, observant la scène de l'extérieur, sans panique, une prise de conscience de son détachement émotionnel face au danger extrême.

1.2. L'Arcane V - Le Pape : L'éveil Spirituel

La rencontre avec Jacques Padovani, à 13 ans, constitue un tournant spirituel majeur. Cette rencontre incarne l'archétype de l'Arcane V, Le Pape : le maître qui transmet un enseignement spirituel à un disciple prêt à l'écouter, ouvrant les portes des mondes intellectuel et spirituel. Ce mentor l'initie à des concepts qui deviendront des piliers de sa pensée et de son œuvre :

  • La méditation et la maîtrise de la respiration : Padovani lui apprend les bases du yoga comme un outil de contrôle de soi, lui permettant de ralentir son rythme cardiaque et de faire le vide dans son esprit.
  • La philosophie du non-désir : Il lui expose une vision du monde où la souffrance naît du désir insatisfait. Pour être heureux, il faut se libérer de l'attente, une philosophie de "lâcher-prise" qui entre en résonance avec sa nature profonde.
  • Le "voyage astral" : L'initiation à la décorporation volontaire, qu'elle soit perception réelle ou puissante construction de son imaginaire, sème les graines de son futur roman, Les Thanatonautes, en lui ouvrant les portes d'une exploration de la conscience au-delà des limites du corps.

1.3. La confrontation avec la Hiérarchie

À 17 ans, une expérience de moniteur dans une colonie de vacances d'enfants de militaires le confronte brutalement à la politique des groupes. En tentant de protéger un enfant harcelé, il s'attire les foudres de sa hiérarchie, qui lui reproche de ne pas avoir su "manipuler" la situation en s'alliant avec le leader du groupe. Cette leçon cynique sur le pouvoir solidifie sa conviction qu'il doit vivre et créer "hors des sentiers battus", en dehors des systèmes hiérarchiques dont il rejette la logique.

Armé de cette conviction de devoir créer en marge des systèmes, Werber était désormais prêt à affronter les hiérarchies du monde adulte, où ses idéaux seraient mis à rude épreuve.

2. L'apprentissage du monde : du journalisme à l'autonomie (18 à 27 ans)

Cette période est celle de la confrontation avec les institutions et de la lente gestation de son premier roman. C'est surtout l'époque où Werber trouve dans la philosophie d'Henri Laborit la clé intellectuelle de son existence. Face aux trois réponses possibles à l'agression sociale – le combat, l'inhibition ou la fuite –, il choisit consciemment la troisième voie : la fuite dans l'imaginaire. Son parcours devient alors une quête délibérée pour s'extraire des systèmes de pouvoir et conquérir son autonomie créatrice.

2.1. Les études et les premiers Écrits

Son passage à l'université en droit puis en criminologie est vécu sans "feu sacré". Cependant, il y puise des connaissances sur la psychologie humaine et la structure narrative à travers l'étude des procès, tout en continuant à travailler sur son roman sur les fourmis. Un voyage précaire aux États-Unis, où il vit comme un SDF, enrichit encore sa galerie de personnages et sa compréhension des marges de la société.

2.2. L'épreuve du Nouvel Observateur

Son expérience en tant que journaliste scientifique est une immersion dans un microcosme qui va cristalliser sa vision du monde. C'est là qu'il découvre la grille de lecture qui structurera une grande partie de son œuvre.

  1. Un environnement hostile : La rédaction est une arène de cynisme et de luttes de pouvoir, incarnée par sa cheffe de service tyrannique, Christine, qui sabote le travail de ses subordonnés pour asseoir son autorité.
  2. La solitude de l'innovateur : Werber se sent en décalage, ses propositions de sujets avant-gardistes, comme un dossier sur Le Seigneur des anneaux, étant systématiquement rejetées par une rédaction manquant de curiosité et prisonnière de ses préjugés.
  3. L'épiphanie de la "formule sociale" : La découverte de l'étude du professeur Didier Desor sur les rats est une révélation. L'expérience met en lumière une hiérarchie immuable au sein de chaque groupe : deux exploiteurs, deux exploités, un autonome, un souffre-douleur. Cette "formule sociale" devient pour Werber la clé universelle de compréhension de toutes les hiérarchies, y compris celle du journal. Il s'identifie à "l'exploité" et cette formule, qui deviendra un motif structurel dans ses romans, solidifie son objectif de vie : atteindre le statut de "l'autonome".

2.3. L'Arcane XVI - La maison-Dieu : Le Bouleversement

Le point de rupture est aussi paradoxal que violent. L'obtention d'un prix journalistique pour un article sur Singapour déclenche une jalousie féroce, notamment de la part de la rédactrice en chef Josiane. S'ensuit une situation chaotique où la prestigieuse Françoise Giroud intervient en sa faveur auprès du dirigeant Claude Perdriel, pendant que Josiane obtient son licenciement auprès d'un autre chef, Justinien. Cet événement est l'incarnation parfaite de l'Arcane XVI, La Maison-Dieu : la foudre d'un succès inattendu qui frappe la tour de son ambition journalistique, non pour le détruire, mais pour le libérer de ses fondations précaires. Ce licenciement, vécu comme une injustice, est en réalité le "bouleversement" nécessaire qui le contraint à conquérir son autonomie et à se consacrer entièrement à son destin d'écrivain.

Libéré de la "cage de rats", il lui reste désormais à affronter le long et difficile chemin vers la publication de l'œuvre qui l'obsède depuis l'enfance.

3. L'émergence de l'écrivain : La conquête d'un univers (27 à 35 ans)

Après son licenciement, Bernard Werber entre dans une phase de persévérance acharnée. C'est une période de doute et de précarité, mais surtout d'une intense focalisation créative qui aboutit enfin à la publication de son œuvre-monde. Parallèlement, cette conquête du monde littéraire s'accompagne d'une nouvelle quête de sens, l'ouvrant à une dimension spirituelle qui va profondément transformer sa vision de l'existence.

3.1. La naissance des Fourmis

La finalisation et la publication du roman Les Fourmis sont un parcours du combattant de douze ans qui met sa détermination à rude épreuve.

  • L'influence de Stephen King : Il perfectionne sa technique narrative en s'inspirant du maître de l'épouvante, notamment en adoptant le principe du "cliffhanger" pour créer une frustration et une attente chez le lecteur.
  • Les refus répétés : Son manuscrit, jugé inclassable, est rejeté par de nombreux éditeurs, y compris une première fois chez Albin Michel.
  • La rencontre providentielle : Alors qu'il est sur le point de signer ailleurs, l'éditrice Brigitte Massot, chez Albin Michel, demande à lire le manuscrit et décide de le publier immédiatement.
  • La dépression post-publication : L'accomplissement de ce rêve mène à un profond sentiment de vide. Une fois son projet né, l'auteur se sent dépossédé, révélant l'intensité du lien fusionnel qu'il entretenait avec son œuvre.

3.2. premiers échos et nouvelles explorations

La réception initiale du livre est difficile, les médias l'ignorant largement. Sa première apparition télévisée est un échec et un voyage en Inde se révèle désenchanteur. Loin de l'abattre, ces expériences le confortent dans la nécessité d'établir une discipline d'écriture quotidienne rigoureuse, qu'il compare à un marathon. Les difficultés rencontrées pour adapter son univers à l'audiovisuel le confirment dans son statut d'innovateur solitaire.

3.3. L'Arcane II - La Papesse : la rencontre spirituelle

La rencontre avec la médium Monique Parent Baccan est un tournant majeur, incarnant l'archétype de l'Arcane II, La Papesse, celle qui initie à la spiritualité et révèle les secrets du destin. Ce cadre spirituel n'est pas un rejet de son scepticisme scientifique, mais un puissant outil narratif qui lui permet de donner une nouvelle cohérence à sa propre histoire.

  • L'ange gardien "Barnabé" : Cette figure lui permet de recoder les "hasards" heureux de sa vie (l'agression évitée en Corse, son licenciement providentiel) en interventions signifiantes, transformant le sentiment d'injustice en gratitude.
  • La réincarnation comme explication : Le concept de réincarnation offre une trame narrative pour donner un sens à ses épreuves passées et à ses talents inexpliqués, comme sa facilité déconcertante pour la "canne de combat", qu'il relie à une hypothétique vie antérieure de samouraï.

Cette nouvelle dimension spirituelle dote son existence d'une cohérence littéraire qu'elle n'avait pas auparavant, une profondeur nouvelle qui va profondément infuser et enrichir son œuvre à venir.

4. L'expansion des mondes : maturité et partage (35 ans et plus)

Fort de ses succès et de sa nouvelle compréhension spirituelle, Werber entre dans une phase de maturité où il explore de nouveaux thèmes, diversifie ses modes d'expression et cherche à transmettre son savoir. C'est l'âge de l'expansion, où l'univers de l'auteur s'étend de la page à la scène, et de la création solitaire au partage collectif.

4.1. L'éxploration de l'invisible et de l'humain

Ses romans de la maturité sont nourris par des expériences personnelles intenses qui brouillent les frontières entre le réel, l'imaginaire et le spirituel.

  • Les relations et les muses : Sa relation avec Véronique, qu'il associe à l'Arcane VI - L'Amoureux (le choix), devient une source d'inspiration directe pour L'Empire des anges, enrichissant sa réflexion sur le couple.
  • Les voyages intérieurs : Il expérimente l'hypnose régressive, une "visite" de l'Atlantide qui lui offre une vision d'une civilisation apaisée et une nouvelle matière romanesque.
  • La confrontation des réalités : Ses rencontres avec des mondes marginaux (détenus, SDF), chacun avec ses propres codes, ne sont pas de simples anecdotes mais deviennent le matériau brut de son exploration des "réalités parallèles", un thème central du Miroir de Cassandre.
  • La place du créateur : Sa passion pour le jeu de stratégie Civilization inspire son plus grand succès, la trilogie Nous les dieux, et marque un tournant narratif : il passe du point de vue de l'observateur (la fourmi) à celui du manipulateur de destins (le dieu).

4.2. De la page à la scène

Werber ressent le besoin de sortir de la solitude de l'écriture. Sa première expérience sur la scène de "la Veillée" est une révélation : il découvre le plaisir de la réaction immédiate du public et réalise que l'oralité est une part essentielle de sa fonction de "raconteur d'histoires". Cette démarche trouve son aboutissement dans un one-man-show, l'accomplissement symbolisé par l'Arcane XXI - Le Monde, où il partage son parcours avec le public dans une danse joyeuse et libérée.

4.3. La transmission

La dernière phase de son parcours est marquée par une volonté de partage et de transmission.

  • L'enseignant : Il crée des ateliers d'écriture visant à décomplexer les participants et à leur faire retrouver la "joie de créer", démontrant que l'imagination peut transformer n'importe quel sujet en une histoire captivante.
  • Le père : Lors d'une dernière conversation avec son père mourant, Werber lui exprime sa gratitude pour le plus beau des cadeaux : la confiance et la liberté d'être lui-même. Il prend alors conscience que c'est cet héritage qu'il souhaite à son tour transmettre à ses propres enfants.
  • Le survivant : Confronté à une étudiante suicidaire en Corée, il doit mobiliser en quelques instants toute son expérience. Il utilise une stratégie psychologique précise, issue des enseignements de Padovani : il la sort de l'intellect pour la ramener à son corps, lui faisant contrôler sa respiration, se concentrer sur des sensations physiques, et visualiser sa future elle. Cet instant où il doit "trouver les mots exacts pour sauver une vie" est l'application la plus critique des leçons de son existence.

Conclusion : La boucle est bouclée

L'autobiographie de Bernard Werber révèle un parcours d'une cohérence remarquable, où chaque épreuve est transmutée en force créatrice. Les grands thèmes de sa vie sont les miroirs de ceux de son œuvre : la fuite dans l'imaginaire comme mécanisme de survie face à un monde jugé absurde ; la quête d'un point de vue extérieur – celui de la fourmi, de l'ange ou du dieu – pour mieux décrypter l'espèce humaine ; et enfin, la conviction profonde que l'écriture est un outil d'exploration, de guérison et d'évolution. Comme il le conclut lui-même, la leçon ultime de cette existence foisonnante est un appel à la conscience : être encore plus attentif pour apprécier chaque instant de la vie.

 

Les cartes du tarot et les événements de la vie de l'auteur: 

 

Voici une correspondance entre les arcanes du tarot de Marseille et les événements marquants de la vie de Bernard Werber, telle qu'il l'établit lui-même dans ses mémoires :

Les arcanes de la jeunesse et de l'apprentissage

  • Arcane sans nombre : Le Mat (0 ou XXII) : Cet arcane représente le commencement de toutes les initiations et la fuite dans l'imaginaire. Pour Werber, il est lié à ses 14 ans, lorsqu'il a frôlé la mort en Corse avec un revolver sur la nuque, réalisant qu'il n'avait encore rien accompli. Il symbolise aussi son départ de Toulouse pour Paris à 20 ans.
  • Arcane I : Le Bateleur : Il incarne l'élève qui a soif de progresser malgré ses lacunes. À 16 ans, lors d'une randonnée éprouvante dans les Pyrénées, Werber découvre grâce à une blague sur une « balle de tennis jaune » le pouvoir du suspense pour apaiser les souffrances et captiver un auditoire.
  • Arcane XII : Le Pendu : C'est la carte de l'immobilisme forcé qui offre une vision différente du monde. À 9 ans, Werber est diagnostiqué avec une spondylarthrite ankylosante (SPA), une maladie génétique qui le paralyse régulièrement et le force à devenir un spectateur distant et observateur de la vie.
  • Arcane V : Le Pape : Représente la rencontre avec un maître qui transmet sa sagesse. À 13 ans, il rencontre Jacques Padovani, qui l'initie au raja yoga, à la méditation et au voyage astral, lui ouvrant de nouvelles perspectives spirituelles.
  • Arcane XI : La Force : Symbolise la maîtrise de sa propre énergie. À 17 ans, Werber s'impose une discipline d'écriture quotidienne stricte (8h-12h30), posant chaque jour une pierre à l'édifice de ce qui deviendra sa saga sur les fourmis.

Les arcanes de la vie professionnelle et des rencontres

  • Arcane XV : Le Diable : Évoque la perte du libre arbitre et la dépendance au système. À 23 ans, il entre au journal Le Nouvel Observateur, où il se sent « tenu en laisse » par un emploi salarié régulier dans une structure hiérarchique étouffante.
  • Arcane XVI : La Maison-Dieu : Représente un bouleversement brutal et l'effondrement d'un système. À 29 ans, après sept ans d'attente pour une titularisation, il est brutalement licencié du Nouvel Observateur, un choc qui s'avère être un service rendu pour le libérer.
  • Arcane VIIII : L’Ermite : La carte de la solitude et de la traversée du désert. Suite à son licenciement, il connaît une période de précarité financière et de solitude, mais continue d'écrire avec acharnement la version « N » des Fourmis.
  • Arcane III : L’Impératrice : Rencontre avec une femme d'intelligence et de pouvoir. À 22 ans, il rencontre Reine Silbert, sa rédactrice en chef et « coach de vie », qui est l'une des premières à croire en son manuscrit des Fourmis.
  • Arcane IIII : L’Empereur : L'homme de pouvoir qui concrétise l'action. À 29 ans, il rencontre Richard Ducousset chez Albin Michel, ce qui mène enfin à la signature de son premier contrat d'édition après douze ans d'écriture.
  • Arcane VII : Le Chariot : La carte de la réussite et du voyage dans le monde. À 34 ans, son roman Les Fourmis devient un succès planétaire, notamment en Corée, et il commence à parcourir le globe pour rencontrer son public.

Les arcanes de la maturité et de la spiritualité

  • Arcane XVIIII : Le Soleil : Représente les âmes sœurs qui s'éclairent mutuellement. À 30 ans, il rencontre son beau-frère Gérard Amzallag, un biologiste qui lui transmet sa vision lamarckienne de l'évolution, influençant profondément son œuvre future.
  • Arcane II : La Papesse : La femme de la spiritualité qui initie aux destins. À 35 ans, il rencontre la médium Monique Parent Baccan, qui lui fait découvrir ses vies antérieures et l'existence de son ange gardien, inspirant son cycle sur les anges.
  • Arcane VI : L’Amoureux : La carte des choix et des engagements sentimentaux. À 37 ans, il rencontre Véronique Lamoureux, qui devient sa muse pour l'écriture de L’Empire des anges et l'initie à l'analyse du couple par les chakras.
  • Arcane X : La Roue de Fortune : Symbolise l'alternance de succès et d'échecs sans raison apparente. Il y associe l'échec commercial initial de son roman Les Thanatonautes, suivi du succès de La Révolution des fourmis, lui apprenant que rien n'est jamais acquis.
  • Arcane XIII : La Mort : Signifie la fin d'un cycle et une renaissance nécessaire. À 48 ans, la découverte fortuite d'une artère coronaire bouchée le force à changer radicalement son mode de vie et l'incite à écrire son « livre-testament », Troisième Humanité.
  • Arcane XX : Le Jugement : La carte de la communication avec le monde invisible. À 56 ans, suite à sa rencontre avec la médium Patricia Darré, il reçoit des messages de son père et de son grand-père défunts, confirmant son lien avec l'au-delà.
  • Arcane XXI : Le Monde : L'aboutissement de l'œuvre et la liberté joyeuse. À 58 ans, il monte enfin sur scène pour ses spectacles de méditation guidée (Voyage Intérieur), trouvant une nouvelle forme de liberté dans le contact direct et oral avec son public.

Pour Werber, une vie ressemble à cet enchaînement de cartes où chaque arcane est une étape nécessaire à l'évolution personnelle. C'est un peu comme si l'existence était un jeu dont le Tarot nous fournit les règles du suspense.

 

Evénements marquants de la vie de l'auteur: 

 

Voici un tableau chronologique des événements marquants de la vie de Bernard Werber, structuré selon les âges et les étapes clés de son évolution personnelle et littéraire :

Âge / PériodeÉvénement marquant
5 ansSon père lui raconte des histoires de la mythologie grecque tous les soirs, lui donnant le goût du récit.
7-8 ansApprentissage des échecs avec son père ; première rédaction de fiction ("Souvenirs d'une puce") ; observation des fourmis dans le jardin de ses grands-parents.
9 ansDiagnostic de la spondylarthrite ankylosante (SPA), une maladie génétique qui le paralyse régulièrement.
11 ansRencontre avec Michel Vidal qui l'initie à l'électronique et à l'Atlantide ; début de la rédaction de son Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu.
13 ansRencontre avec Jacques Padovani qui l'initie au raja yoga, à la méditation et au voyage astral ; échec du passage en section scientifique.
14 ansExpérience de mort imminente en Corse : il est menacé d'un revolver sur la nuque par un restaurateur blessé.
15-16 ansCréation du journal lycéen "La Soupe à l'Ozenne" ; découverte du pouvoir du suspense (blague de la balle de tennis jaune) lors d'une randonnée.
17 ansAdoption d'une discipline d'écriture quotidienne (8h-12h30) qu'il gardera toute sa vie.
18-19 ansÉtudes de droit et de criminologie à Toulouse ; périple aux États-Unis en tant que SDF après avoir perdu ses économies au bonneteau.
20 ansDépart pour Paris ; inscription en école de journalisme ; achat de son premier ordinateur et installation d'une fourmilière dans sa baignoire.
21-22 ansGrand reportage en Côte d'Ivoire sur les fourmis magnans ; rencontre avec sa "coach de vie", Reine Silbert.
23 ansEntrée au journal Le Nouvel Observateur en tant que journaliste scientifique.
28-29 ansReportage à Singapour ; licenciement brutal du Nouvel Observateur ; signature de son premier contrat d'édition chez Albin Michel.
30 ansPublication et succès des "Fourmis" (1991) ; mariage avec Catherine et voyage de noces en Inde ; rencontre avec Gérard Amzallag.
31-33 ansApprentissage de l'hypnose ; échec commercial initial des "Thanatonautes" ; rencontre avec Alejandro Jodorowsky (initiation au Tarot).
34-35 ansDivorce ; publication du "Livre du voyage" ; rencontre avec la médium Monique Parent Baccan qui lui parle de ses vies antérieures.
37-38 ansRencontre avec Véronique Lamoureux ; expériences de régression sous hypnose ; plongée avec les dauphins bélugas.
44-48 ansRéalisation du film "Nos amis les Terriens" ; découverte fortuite d'une artère bouchée, imposant une heure de sport quotidienne obligatoire.
54-56 ansNaissance de son fils Benjamin ; rencontre avec Amélie ; mort de son père François ; début de ses ateliers d'écriture.
58-60 ansCréation du spectacle "Voyage Intérieur" ; écriture de ses mémoires ; décès de sa mère Céline.

La vie de l'auteur ressemble à un jeu d'échecs géant où chaque épreuve, même la plus douloureuse comme la maladie ou le licenciement, a été utilisée comme un pion stratégique pour avancer vers sa réalisation en tant qu'écrivain.

 Les grandes thématiques abordées dans la biographie 

 Dans son ouvrage autobiographique, Bernard Werber aborde de nombreuses thématiques qui entremêlent son parcours personnel, ses recherches scientifiques et sa quête spirituelle. Voici une liste des thématiques principales :

1. Le Tarot de Marseille comme structure de vie

L'auteur utilise les 22 arcanes du Tarot comme une grille de lecture pour comprendre sa propre existence. Chaque carte représente une étape, une épreuve ou une rencontre clé, transformant sa vie en un chemin initiatique où chaque événement a un sens caché.

2. Le monde des fourmis et des insectes

C’est le thème central qui a lancé sa carrière. Werber utilise les fourmis pour porter un regard extérieur et non humain sur l'humanité. Il décrit leur société comme une « république des initiatives personnelles » bien plus harmonieuse que la nôtre.

3. Le journalisme et les systèmes sociaux

Il relate ses années au Nouvel Observateur, qu'il compare à une « cage de rats » régie par des rapports de force entre exploiteurs, exploités et souffre-douleur. Il y dénonce le manque de curiosité médiatique et la stagnation des structures hiérarchiques.

4. La spiritualité, l'au-delà et la réincarnation

Werber explore abondamment les thèmes de l'invisible, notamment à travers le voyage astral, la méditation et la communication avec les anges gardiens. Il aborde la mort non comme une fin, mais comme une « nouvelle frontière » à explorer, notamment via les expériences de mort imminente (NDE).

5. La science et les futurs possibles

Passionné par l'intelligence artificielle, le clonage et la rudologie (l'étude des déchets), il cherche à anticiper l'évolution de l'humanité. Il a notamment créé le concept de « l'Arbre des possibles », un site visant à imaginer tous les scénarios futurs de notre espèce.

6. L'art de l'écriture et le suspense

L'auteur détaille sa méthode de travail, une discipline de fer qu'il appelle « artisanat », consistant à écrire tous les matins de 8h à 12h30. Il explique sa maîtrise du suspense à travers la métaphore de la « balle de tennis jaune », un secret narratif qui maintient le lecteur en haleine.

7. La biologie et le comportement animal (Éthologie)

Il s'inspire d'expériences scientifiques, comme celle des rats nageurs de Didier Desor, pour analyser les comportements humains en entreprise. Il explore également la sensibilité des arbres et la sagesse des dauphins ou des chats.

8. La santé et la résilience

Atteint d'une maladie génétique paralysante (la SPA), il développe le concept d'« écritothérapie ». L'écriture devient pour lui un moyen de transformer la souffrance physique et les échecs en force créative.

9. La fuite et l'imaginaire

Inspiré par L'Éloge de la fuite de Laborit, il considère que la création de mondes imaginaires est la meilleure réponse face aux conflits de la réalité. Pour lui, s'évader par l'esprit est une nécessité pour survivre dans un monde où il ne se sent pas intégré.

Pour Werber, une vie est un grand laboratoire d'expérimentation. C’est un peu comme si l’existence était une partie d'échecs géante où l’imaginaire est le meilleur coup pour transformer un échec apparent en réussite.

                                              Le podcast: 

                                de l'exploité à l'autonome

 

Pour aller plus loin :

Bien que Bernard Werber soit très prolixe dans ses mémoires, plusieurs angles morts ou zones d'ombre subsistent et pourraient être exploités pour approfondir la compréhension de l'homme et de son œuvre :

1. Le "revers de la médaille" de la vie d'écrivain

L'un des angles morts les plus intrigants est l'avertissement de Claude Klotz (Patrick Cauvin). Alors que Werber idéalise sa vie d'écrivain, Klotz le prévient qu'il y a un « revers de la médaille » qu'il devra découvrir avec le temps. Werber admet en 2010 ne toujours pas avoir identifié avec certitude ce secret. On en perçoit des bribes à travers sa solitude lors des dédicaces désertes au début de sa carrière ou le « baby blues » profond (allant jusqu'à des pensées suicidaires) qu'il ressent une fois son manuscrit publié, ayant l'impression de n'être plus qu'un "écrin vide".

2. Le paradoxe entre rationalisme et mysticisme

Werber se définit comme un ancien journaliste scientifique qui « ne croit que ce qu'il voit », tout en pratiquant le voyage astral, en consultant des médiums et en fondant ses intrigues sur la réincarnation. Il affirme : « J'écris sur la spiritualité, mais je ne suis pas croyant ». Ce tiraillement entre son éducation de sceptique et ses expériences irrationnelles (comme l'arrêt exceptionnel du train par Patricia Darré) crée une zone de tension fascinante : il utilise le mysticisme comme un outil de confort ou de narration sans jamais lui accorder une foi absolue.

3. Le traumatisme caché derrière l'humour

L'auteur utilise souvent l'humour et le suspense comme des mécanismes de défense (la blague de la "balle de tennis jaune" pour oublier le froid et la peur en montagne). Cependant, certains récits révèlent une violence sous-jacente peu analysée, comme l'humiliation publique de son ami Claude par sa mère ou la cruauté des fils de militaires en colonie de vacances. Werber observe ces scènes avec un détachement quasi clinique, se décrivant comme un « spectateur distant de sa propre vie ». Cet angle mort — la possible dissociation émotionnelle suite à sa maladie paralysante (SPA) — est une clé de son style "extérieur".

4. L'échec de son "livre-testament"

Werber consacre une énergie monumentale à la saga Troisième Humanité, qu'il considère comme son œuvre la plus ambitieuse et son testament intellectuel. Pourtant, il note avec amertume que le public n'a pas suivi et que l'éditeur lui a conseillé d'arrêter après trois volumes au lieu des sept prévus. Explorer les raisons de ce décalage entre sa vision la plus profonde et l'attente de ses lecteurs permettrait de mieux comprendre les limites du "système Werber".

5. Le "Motif dans le tapis"

Enfin, Werber invite lui-même à chercher un « motif caché dans le tapis » à travers ses 30 romans. Il mentionne des indices précis :

  • Le numéro de la fourmi 103 683.
  • Le nombre de passagers du Papillon des étoiles.
  • Les noms de famille récurrents de ses personnages (Wells, Pinson, etc.).

Cet angle mort est une énigme délibérée laissée à ses lecteurs pour "aller plus loin" dans la structure cryptée de son œuvre, qu'il compare à une pierre philosophale ou à l'architecture d'une cathédrale.

Analogie : La biographie de Werber est comme une fourmilière à parois de verre. On croit tout voir de l'organisation sociale et des galeries, mais l'essentiel de la communication se passe par phéromones : des signaux invisibles et subtils (le "revers de la médaille", le motif caché) qui dirigent l'ensemble de la structure sans que l'observateur extérieur ne puisse les déchiffrer au premier regard.

 

Source : NotebookLM 

 

 

 

 

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