Texte de Wad Louis sur facebook

 


Je crois qu’on vit dans une époque où tout le monde prétend avoir compris quelque chose d’essentiel à la vie, alors qu’en réalité personne ne comprend rien, mais comme on sait très bien imiter les autres, ça ne se voit plus. On recycle les opinions comme des capsules Nespresso, on réchauffe les mêmes pensées molles, et on les sert en se disant qu’on est “aligné”. Aligné avec quoi ? Probablement avec sa propre paresse intellectuelle, mais ça sonne moins bien sur Instagram.
 
On s’est habitués à exister en surface, à se lisser pour passer entre les gouttes, à coller des autocollants de sagesse sur des vies qui grincent dès qu’on les touche. Et quand ça craque trop, quand le vernis se fend, on appelle ça une “crise”. Avant, une crise, c’était un truc rare. Maintenant, c’est un mardi. La banalisation du chaos, c’est peut-être ça notre seule vraie réussite collective. On ne vit pas mieux, mais on s’habitue plus vite.
 
Je regarde les gens chercher du sens comme on cherche un truc qu’on a soi-même jeté. Ils tournent en rond, ils retournent les coussins, ils fouillent les tiroirs, puis ils finissent par conclure que “la vie est compliquée”. Non, elle n’est pas compliquée, elle est juste décevante quand on se contente de la regarder passer. La seule chose compliquée, c’est d’arrêter de se raconter des histoires pour justifier l’immobilité.
Ce qui est fantastique avec l’être humain moderne, c’est son talent pour travestir ses faiblesses en philosophies : la procrastination devient de la “gestion émotionnelle”, la lâcheté devient de la “préservation de soi”, l’égoïsme devient de la “priorité personnelle”, et la fuite devient un “choix de vie”. On n’assume plus nos échecs, on les décore. On les plante dans des pots design, on met un filtre sépia dessus et on appelle ça une leçon. Ça fait joli dans le salon intérieur.
 
On passe notre temps à répéter qu’on veut “aller mieux”, mais dès que quelque chose exige un peu de changement, on prend soudainement conscience que “ce n’est peut-être pas le bon moment”. Ah, le bon moment. Ce mythe moderne. C’est fou comme les gens arrivent à attendre toute leur vie quelque chose qui ne viendra jamais, juste pour éviter de faire quelque chose qu’ils pourraient faire maintenant. Le bon moment, c’est comme un ticket gagnant : tout le monde y croit, personne ne l’a.
 
On parle beaucoup du “chemin”, de “l’authenticité”, de “vivre pour soi”. C’est beau sur Pinterest. Dans la vraie vie, la plupart des gens vivraient très bien pour eux-mêmes… s’ils savaient encore qui ils sont. Mais pour ça, il faudrait arrêter cinq minutes de se dire qu’on est “en chemin” et accepter qu’on est juste perdus, mais que ça fait moins chic de le dire comme ça. Alors on enrobe le mal-être dans du vocabulaire spirituel, un peu comme on cache une poubelle pleine avec une bougie parfumée.
 
Ce qui est drôle — d’un humour noir, certes — c’est la manière dont les gens parlent de résilience. Ils prononcent ce mot comme s’il leur appartenait, alors qu’ils ont passé leur vie à contourner le moindre obstacle. La résilience, ce n’est pas d’envoyer une phrase inspirante après une mauvaise journée. C’est de continuer après dix mauvaises années. Mais bon, on ne peut pas demander à tout le monde de comprendre ça : c’est difficile de réfléchir quand on est occupé à se plaindre.
 
Je pourrais presque trouver ça touchant, toute cette agitation, tous ces objectifs, ces projets avortés, ces “nouvelles versions de soi-même” qu’on annonce comme des mises à jour Windows. Sauf qu’au final, personne ne change vraiment. On améliore juste la présentation. On corrige deux bugs de surface, on ajoute un fond d’écran motivant, et on espère que personne ne remarquera que le système plante toujours à l’intérieur. Le mensonge n’est plus un défaut, c’est devenu une compétence sociale.
 
Et la meilleure partie, c’est que malgré tout ça, malgré les illusions, les excuses, les pirouettes mentales, la plupart des gens continuent à se féliciter d’être “forts”. Parce qu’ils ont survécu. Survécu à quoi ? À eux-mêmes ? Ce serait presque admirable si ce n’était pas si ridicule.
 
À la fin, je ne sais pas ce qui est le plus triste : savoir que tout le monde triche un peu pour tenir debout, ou admettre qu’on fait exactement la même chose. La différence, peut-être, c’est que certains savent qu’ils trichent. Les autres appellent ça “vivre pleinement”.
 
Source: Wad Louis 

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